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« AUTONOMIE ALIMENTAIRE ET PRUDENCE SUR TOUS LES FRONTS »

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Alain et Bernard Tirbois achètent peu mais ils expriment aussi un savoir-faire tout simple sur une multitude de postes, qui se traduit par une certaine stabilité économique.

C'EST UNE EXPLOITATION DE POLYCULTURE-ÉLEVAGE BANALE DU SUD-OUEST. Effectivement, au premier coup d'oeil, il ne se passe rien d'exceptionnel au Gaec de Lespinasse : 450 000 l pour deux UTH, 40 ha de SFP, autant de cultures céréalières, 53 prim'holsteins. Mais avec 110 500 € d'EBE, cela pose un certain niveau de performance. Il s'agit certes de l'exercice favorable de mars 2008 à avril 2009, mais le groupe de référence Nord-Aquitaine, qui compte...
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C'EST UNE EXPLOITATION DE POLYCULTURE-ÉLEVAGE BANALE DU SUD-OUEST. Effectivement, au premier coup d'oeil, il ne se passe rien d'exceptionnel au Gaec de Lespinasse : 450 000 l pour deux UTH, 40 ha de SFP, autant de cultures céréalières, 53 prim'holsteins. Mais avec 110 500 € d'EBE, cela pose un certain niveau de performance. Il s'agit certes de l'exercice favorable de mars 2008 à avril 2009, mais le groupe de référence Nord-Aquitaine, qui compte quinze exploitations laitières, n'était alors qu'à 55 250 € de moyenne.

Comme tous les éleveurs, Bernard et Alain Tirbois ont accusé le coup en 2009, mais sans craindre pour l'avenir de leur entreprise ni pour leur trésorerie. Cette efficacité du système de production, Michel Galinou, ingénieur réseau lait à la chambre d'agriculture, la résume très facilement : « Faire simple, être attentif à tout ce qui construit le revenu et avoir le goût du travail bien fait. »

UNE RATION FONDÉE SUR LES STOCKS

Commençons par le coût alimentaire : 100 €/1 000 l en 2008 (135 €/1 000 l pour le groupe de référence). Ici pas de pâturage pour les vaches laitières. Les prairies sont éloignées des bâtiments et les terres argilo-calcaires sont peu portantes et séchantes en été. « Notre système fourrager est construit sur des stocks d'herbe au printemps et sur l'ensilage de maïs », expliquent les frères Tirbois. La ration de base semi-complète, identique tout au long de l'année, est composée d'ensilage de maïs (22 kg) d'enrubannage de luzerne et de raygrass (4 kg + 4 kg) et de foin de luzerne (2,5 kg). Voilà sans doute un élément clé du succès.

Dans une région où l'ensilage de maïs irrigué atteint 18 t de MS/ha, il entre à moins de 50 % dans la ration, associé à des fourrages appétents, riches en protéines et en fibres. Résultat : des vaches en parfaite santé et une meilleure autonomie en protéine. Celle-ci est encore accentuée par les cultures de féverole et de lupin autoconsommées. « Au départ, c'est la fiscalité du forfait qui nous a incités à autoconsommer plutôt que vendre nos céréales. Nous nous sommes donc équipés pour le stockage et la fabrication de l'aliment. Ensuite, nous avons perçu l'intérêt qu'il y a d'être ainsi protégés des fluctuations de prix sur les concentrés azotés, même si nous en achetons toujours un peu (1 kg/VL/j) afin d'équilibrer la ration. Les rendements de féverole (40 q/ha) et de lupin (35 q/ha) peuvent être variables d'une année sur l'autre, mais globalement, nous apprécions cette autonomie. Ce sont deux cultures économes en intrants et d'excellents précédents pour les céréales. » Au final, le coût de concentré est à 55 €/1 000 l (89 € pour le groupe lait). L'enrubannage n'est pas un fourrage très bon marché, pensez-vous. « L'ensilage d'herbe non plus quand il est mal maîtrisé », répond aussitôt Bernard Tirbois. « Avec l'enrubannage, nous maîtrisons notamment la qualité de la luzerne, du champ jusqu'à l'auge, grâce à la maîtrise du chantier et à l'excellente conservation. Nous récoltons au total une dizaine d'hectares de luzerne. La première coupe est enrubannée, les suivantes en foin. C'est une plante formidable qui s'associe parfaitement au maïs, mais qui demande du soin et de l'attention pour être rentable. »

SEULEMENT TRENTE INSÉMINATIONS ARTIFICIELLES PAR AN

Les autres charges opérationnelles connaissent le même niveau de maîtrise : frais de santé (vétérinaire, hygiène de traite, GDS) à 10 €/1 000 l (13,40 € pour le groupe), la reproduction : 5 €/1 000 l. « Nous ne faisons qu'une trentaine d'IA par an, le reste c'est pour le taureau. » Un choix facilité par une longévité des vaches exceptionnelle : le nombre moyen de lactations est de 3,4, contre 2,8 pour le département. Les charges opérationnelles se tiennent donc à 131 €/1 000 l (191 € pour le groupe). Le niveau des charges de structures est aussi très contrôlé : 118 €/1 000 l.

« C'est le résultat d'une politique d'investissement très prudente », explique Michel Galinou. Les éleveurs ne font pas appel à la Cuma, mais savent se limiter au strict nécessaire sur le matériel : un tracteur récent de 100 ch, un bol mélangeur et une enrubanneuse. Tout le reste est largement amorti et bien entretenu. Le bâtiment à logettes paillées a été construit en 1989 puis agrandi, toujours en autoconstruction. Pour la mise aux normes, les éleveurs ont choisi de gérer du fumier mou avec raclage au tracteur, fumière et système de lagunage en quatre bassins. La salle de traite 2 x 4 de 1991 a été agrandie en 2 x 5 en 2008. « Certes, nous avons été très économes sur les coûts de construction, mais sur le moment, c'est beaucoup de travail. Il faut être deux pour se le permettre », relativise Alain. Pendant l'année civile 2009, le prix moyen du lait livré laiterie a été de 310,60 €/1 000 l, pour un prix de base moyen de 271,90 €/1 000 l. Les taux moyens étaient de 42,6 g/l de TB et 33,2 g/l de TB. « Le prix du lait, relativement préservé en 2009, est aussi le résultat d'une alimentation diversifiée, riche en fibres efficaces et d'une maîtrise des cellules grâce à l'hygiène générale du troupeau. À titre de comparaison, les livraisons de lait de l'année 2007 avaient été payées 324 /1 000 l et celles de 2006 étaient à 295 /1 000 l. La crise qui a touché les producteurs de lait était liée autant à la baisse de la rémunération du produit lait qu'à l'augmentation du prix des intrants. Du fait de leur autonomie alimentaire et de cultures légumineuses très économes, les frères Tirbois ont amorti cette volatilité des cours », analyse Michel Galinou.

SOUS-RÉALISATION ET BÂTIMENT SATURÉ

Autre élément particulier à certains départements du Sud-Ouest : le quota n'est pas un facteur limitant. Le Gaec de Lespinasse est d'ailleurs régulièrement en sous-réalisation. « Avec 55 vaches et les génisses d'élevage, le bâtiment est saturé. Notre moyenne économique est stabilisée à 8 200 kg/VL. Nous pourrions intensifier davantage à l'animal mais le prix du lait ne nous incite pas à le faire. Les litres supplémentaires peuvent coûter cher et déstabiliser l'équilibre général du troupeau », explique les éleveurs. En 2009-2010 ils ont fait le chemin inverse avec seulement 420 000 l livrés. Était-ce un bon choix économique ? « Il faut se replacer dans le contexte de l'année 2009. Nous avions peu de visibilité sur le prix du lait après avoir reçu des paies à moins de 250 au deuxième trimestre. Nous avons donc fait le choix de freiner sur toutes les dépenses, quitte à impacter la production par vache. »

DOMINIQUE GRÉMY
© © DOMINIQUE GRÉMY
L'EXPLOITATION

- À Lavergne (Lot-et-Garonne)

- Deux associés, installés en 1991 et 1999

- 470 000 l de quota (420 000 l produits en mars 2010)

- 53 prim'holsteins et le renouvellement

- 82 ha de SAU, 22 ha de maïs irrigué dont 12 en ensilage, 10 ha de luzerne, 11 ha de dactyle + fétuque + trèfle blanc, 7 ha de féverole, 4 ha de lupin, 15 ha de blé et 7 ha de colza

- Rendements moyens par ha : maïs 110 q, blé 56 q, colza 35 q, féverole 40 q et lupin 35 q

COMMENT VOYEZ-VOUS LA SUPPRESSION DES QUOTAS SUR VOTRE EXPLOITATION ?

« Pour nous et pour beaucoup d'exploitations laitières d'Aquitaine, le quota n'est plus un carcan du fait de la sous-réalisation régionale. Pour autant, nous ne produisons pas la totalité de notre référence. Quota ou pas, nous ne pensons pas que le revenu soit directement lié au volume produit. Le modèle d'une exploitation à 1 Ml et plus dont on nous rebat parfois les oreilles, nous n'y croyons pas chez nous et, surtout, nous n'en avons aucune envie. Notre bâtiment est aujourd'hui saturé et il n'est pas question d'investir pour produire plus dans la conjoncture actuelle. À l'avenir, l'essentiel sera de continuer dans la voie de l'autonomie alimentaire pour une production toujours très économe. Dans l'hypothèse où le prix du lait retrouverait un niveau très rémunérateur, nous gardons la possibilité d'intensifier un peu sur les animaux. Admettons 15 % de production supplémentaire. Au-delà, je ne vois pas. Plus que la fin des quotas, nous craignons la Pac de l'après-2013 et la pérennité des aides directes. Chez nous, cela représente 47 €/1 000 l. »

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