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Dossier. Aucun recoin n’échappe à ces trois robots

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Le robot mayennais se guide à partir de deux capteurs Lidar (faisceau laser), une fois le bâtiment cartographié et les passages dans les différentes zones programmés © cRD

La robotisation du raclage des couloirs fait son entrée dans les élevages. Le robot à lisier passe en plus dans les couloirs interlogettes, voire dans les aires d’attente de traite. C’est son grand intérêt.

Les robots collecteurs de lisier sur sols pleins s’installent sur le marché de la robotique laitière. Leur grand intérêt est de nettoyer les zones auxquelles ne peuvent pas accéder les racleurs classiques à corde, câble, chaîne ou hydrauliques. « Ils passent dans les couloirs entre les logettes, qui sont difficiles à entretenir, surtout s’ils ont un abreuvoir », analysent Vincent Deguelle et Emmanuel...
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Les robots collecteurs de lisier sur sols pleins s’installent sur le marché de la robotique laitière. Leur grand intérêt est de nettoyer les zones auxquelles ne peuvent pas accéder les racleurs classiques à corde, câble, chaîne ou hydrauliques. « Ils passent dans les couloirs entre les logettes, qui sont difficiles à entretenir, surtout s’ils ont un abreuvoir », analysent Vincent Deguelle et Emmanuel Hérouard, conseillers bâtiments à la chambre d’agriculture de la Manche. « En système raclage, le nettoyage manuel deux à trois fois par semaine ne suffit pas. Les couloirs sont constamment humides et néfastes à la santé des pieds des vaches. De plus, ce travail est pénible. » Dans les bâtiments existants, cela oblige à supprimer la marche des passages entre les rangées de logettes pour les mettre au même niveau que les couloirs arrière et d’alimentation. La fréquence de nettoyage n’est pas forcément plus élevée, en moyenne, qu’un racleur, qui passe 7 fois en vingt-quatre heures, mais le robot collecteur évite la vague de déjections créée par le racleur. Surtout, il cible les zones à nettoyer en priorité par des passages plus fréquents. C’est son autre grand intérêt. « Deux zones en particulier sont privilégiées : au pied des logette­s pour des pattes et un couchage propres et devant le robot de traite s’il y en a un. L’éleveur peut programmer un passage toutes les heures et demie, par exemple », indiquent Vincent Deguelle et Emmanuel Hérouard. Les robots collecteurs peuvent soulager aussi du nettoyage manuel du parc d’attente de traite ou évitent d’investir dans une fosse sous caillebotis devant le ou les robots de traite.

Trois entreprises sur le marché français : CRD, DeLaval et Lely

Lely rentre dans une phase active de commercialisation après avoir lancé son Discovery 120 Collector discrètement il y a quatre ans. Dans le très laitier département de la Manche, le groupe néerlandais affiche 50 élevages équipés ces deux dernières années tandis que Lely France en déclare 650 déjà installés. « Un investissement sur deux en robots laitiers s’accompagne de robots aspirateurs », affirme Frédéric Duchemin, de Lely Center – Condé-sur-Vire.

Deux autres entreprises sont en phase de lancement : DeLaval à partir du système conçu par le constructeur néerlandais Joz, et le mayennais CRD. « Nos deux robots DeLaval Collector RC550 et RC700 sont proposés à la commercialisation depuis le mois de février. L’objectif est soixante installations d’ici à la fin 2021 », indique William Léquippé, chef de produit alimentation et effluents chez DeLaval. « Nous avons quatre-vingts Aspi’Concept qui tournent en France et une centaine sont commandés », annonce, de son côté, Jean-Claude Blin, directeur commercial de CRD. Les prix varient entre 29 000 € et 35 000 € selon les options retenues.

Comment fonctionnent les robots ?

Deux principes sont proposés. Les robots Lely et CRD aspirent le lisier via une pompe à vide et l’envoient dans un réservoir de 340 litres ou 350 l, selon la marque. Pour faciliter l’aspiration, le robot peut humidifier le sol en l’aspergeant de gouttelettes d’eau (réserve d’eau de 70 litres).

Le système DeLaval-Joz, lui, est mécanique : il envoie le lisier dans un container de 350 l ou 500 l, selon le modèle, par un rotor équipé de trois pales élévatrices.

Les trois robots sont dotés d’un système de guidage qui fonctionne par Wi-Fi (CRD, DeLaval) ou Bluetooth (Lely) et réclamant au préalable de cartographier le bâtiment. Ils se guident tous par des capteurs. Les Lely et CRD se repèrent à partir des murets de tables d’alimentation, de logettes et des bastaings posés à des endroits stratégiques. De son côté, le Collector de DeLaval suit les murets par les capteurs de la barre de raclage et cale ou recale sa trajectoire à l’aide de transpondeurs implantés dans le sol, là aussi, à des endroits spécifiques. Après chaque collecte, les trois robots retournent à leur station de vidange et déversent le lisier. La vidange du robot s’accompagne d’une recharge des batteries.

Combien faut-il de robots dans un bâtiment ?

Comme les robots de traite à leur lancement, leur calibrage au nombre de vaches et à la surface nettoyée reste à affiner. « Il y a vingt ans, les constructeurs affichaient un robot de traite pour 70 vaches. On sait aujourd’hui que tout dans la conduite du troupeau doit être optimisé pour atteindre ce niveau. C’est la même chose avec les robots à lisier. Selon le nombre de vaches et la surface à nettoyer, faut-il par exemple un robot au taquet ou deux robots qui apportent plus de souplesse avec davantage de passages dans la journée ? » interrogent Vincent Deguelle et Emmanuel Hérouard. La réponse se trouve, bien sûr, dans l’objectif que fixe l’éleveur et les perspectives d’agrandissement, ou pas, du troupeau.

Si les trois entreprises se basent sur une production de lisier de 70 litres par vache par jour (3 litres/heure ou 0,07 m3/jour en système tout lisier), les capacités de collecte différentes qu’elles affichent ne permettent pas aujourd’hui une réponse simple.

CRD 60 à 80 vaches par robot

Les capacités qu’indiquent CRD dépendent de la durée de la batterie. « Avec deux batteries gel, sur vingt-quatre heures, le robot travaille dix heures et couvre un troupeau de 60 à 80 vaches. Le nombre de vaches dépend du point de vidange : dans le bâtiment ou à côté de la fosse, ce qui nécessite plus de trajets », dit Jean-Claude Blin. Sans donner de surface de raclage, il dimensionne le bâtiment à une logette et à une place aux cornadis par vache. « Le temps de travail monte à quatorze heures trente minutes si les deux batteries sont au lithium. On raccourcit la durée de recharge, ce qui augmente la capacité à 100 vaches. De même, il est possible de gagner du temps à la vidange par un flushing, ajoute-t-il. Une pompe installée dans la fosse se déclenche, propulse du lisier dans la cuve puis transfère l’effluent collecté vers la fosse. En deux minutes, elle est vidée. » CRD impose ce système si la vidange se fait à la fosse.

LELY 100 vaches ou 500 m² par robot

Lely et DeLaval expriment chacun à leur manière le point de basculement de un vers deux robots (ou de deux vers trois, etc.) mais en fait, ils s’appuient sur les mêmes repères : le nombre de vaches et la surface à nettoyer.

Lely établit la capacité maximale du robot à 100 vaches ou à 500 m². « Si l’un de ces deux plafonds est dépassé, il faut envisager un deuxième­ robot, sinon la qualité de nettoyage se dégradera. L’objectif d’un passage au pied des logettes toutes les deux heures pour des pattes propres ne sera pas respecté », indique Frédéric Duchemin. Et si l’élevage flirte à la fois avec les 100 vaches et 500 m² ? « Je n’ai pas encore rencontré cette situation, répond-il. J’aborderai avec l’éleveur la possibilité d’investir dans un deuxième dès maintenant s’il a des perspectives de développement. Sinon, on jouera, par exemple, sur la fréquence au pied des cornadis qui nécessitent moins de nettoyage. » De même, si la longueur du bâtiment est supérieure à 70 m, la station de vidange sera installée en milieu de couloir et non au bout. On évite ainsi des retours sans aspiration car le robot est plein. « Nous nous adaptons mais à condition de ne pas dépasser la capacité maximale d’aspiration du Lely Discover 120 qui est de 7 m3 de lisier par jour », souligne-t-il. À raison de 0,07 m3 rejeté par une vache en une journée, on retrouve la borne des 100 vaches.

DELAVAL 5 m² d’aire de vie par vache

DeLaval donne des repères mais à la vache : 5 m² d’aire de vie. « La capacité des deux robots que nous mettons sur le marché, les Collector RC550 et RC700, est établie sur cette référence. Comme leur nom l’indique, le Collector RC550 renvoie à 550 m² pour 110 vaches, le Collector RC700 à 700 m² pour 125 vaches », détaille William Léquippé. Pour lui, la configuration idéale est un bâtiment carré (avec 2 tables d’alimentation) et la station de vidange en bout de bâtiment du côté de la fosse pour optimiser les déplacements du robot. « Seulement, bon nombre de bâtiments sont rectangulaires avec des largeurs de couloirs qui ne sont pas identiques. Il faut proposer des solutions adaptées. » Le chef de produit illustre son propos par deux exemples. Le premier concerne le Collector RC550. « Il convient à un troupeau de 105 vaches et 500 m² d’aire de vie mais dans les couloirs d’un peu plus de 3 m de large, sa collecte sur 1,5 m l’oblige à trois passages dont un presque à vide. Il perd en fréquences de nettoyage, c’est pourquoi on orientera plutôt l’éleveur vers le RC700 qui fera un aller-retour (1,80 m de largeur de collecte). » Le deuxième exemple porte sur le Collector RC700. « Il peut nettoyer un peu plus de 700 m² mais si les virages étroits entre les couloirs transversaux et d’exercice ralentissent son travail, il vaut mieux envisager deux robots Collector RC550 qui apporteront de la souplesse par leur capacité cumulée supérieure. »

Paille ou pas paille dans les logettes ?

Pour un certain nombre d’éleveurs, la paille dans les logettes est synonyme de confort. S’ils souhaitent robotiser le raclage, ces adeptes devront renoncer partiellement ou totalement à ce mode de couchage et investir dans des matelas. Cela dépend des constructeurs. Lely affiche d’emblée la couleur. Pour conserver un système d’aspiration efficace, il exclut tout usage de paille et préconise un maximum de 400 g à 500 g de farine de paille ou de sciure/logette/jour. « Cela peut être un grand changement pour certains éleveurs. Ils doivent l’admettre », insiste Frédéric Duchemin. Ils pourront aussi vérifier auprès de leur laiterie si cette évolution est compatible avec le cahier des charges sur le bien-être animal, s’il y en a un, ou solliciter son avis. CRD est sur la même ligne, avec un peu plus de souplesse. « D’accord pour de la paille sur les logettes à condition que les brins ne dépassent pas les 2 cm pour un maximum de 500 g par logette », dit Jean-Claude Blin. D’accord aussi pour les systèmes aire paillée + couloir en lisier mais il faut une marche entre les deux qui empêche la paille de s’éparpiller dans le couloir (lire aussi l’expérience d’Antoine Tourainne p.40). » DeLaval (et Joz) se distingue de ses deux concurrents. Il accepte jusqu’à 2 kg de paille/logette/jour : « Mais nous demandons des brins de 6 cm, pas plus. »

Un risque de beurrage des couloirs ?

DeLaval se distingue également de Lely et CRD par l’absence d’aspersion d’eau sur les couloirs, ce qui pose la question de leur « beurrage » constaté en raclage mécanique. À partir du printemps, le sol s’assèche. Les animaux étant au pâturage, il y a moins de lisier frais dans le bâtiment. Sous l’effet des températures élevées, le racleur pousse les bouses et urines sur un sol plus sec et chaud, ce qui colle le mélange et crée une croûte. Ce phénomène est encore plus marquant dans la partie sud de la France, avec des bâtiments de plus en plus ventilés pour résister aux températures désormais caniculaires. « Notre système est différent de celui de Lely et CRD, rappelle William Léquippé. Il n’a pas besoin d’une ligne continue de liquide pour générer une dépression. Grâce au système de rotor et de pales élévatrices, le robot ne pousse pas le lisier car il est déjà monté dans le réservoir. Cela empêche la création d’une pellicule sèche », affirme-t-il. Les retours d’expérience dans un ou deux ans d’éleveurs qui s’équipent actuellement d’un DeLaval donneront un meilleur éclairage sur ce sujet. Les éleveurs que nous avons rencontrés, équipés d’un robot Lely ou CRD, n’aspergent pas d’eau en hiver les aires d’exercice de leur bâtiment en logettes. Ils jugent que la quantité de lisier présente permet une aspiration suffisante. Pour éviter l’effet beurrage, ils mettent en route l’aspersion à partir du printemps.

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uLely Discovery 120 Collector. Après une cartographie du bâtiment et la programmation des trajets, le robot se repère sur les murets et bastaings grâce à ses deux capteurs à ultrasons et un encodeur à roues en système électronique intégré. © LELY
tRobots Collector DeLaval RC550 et RC700. Ils sont de facture Joz. Le constructeur néerlandais le vend de son côté sous la marque Barn-E. Le RC550 collecte le lisier sur 1,50 mètre de large, le RC700 sur 1,80 mètre. Leur container est respectivement de 350 litres et 500 litres. © Delaval
4 questions à…
« Maintenir propres les sols et donc les pieds » 4 questions à… Vincent deguelle et emmanuel hérouard, conseillers bâtiments à la chambre d’agriculture de la Manche

Quel est le principal intérêt du robot collecteur de lisier ?

Vincent Deguelle et Emmanuel Hérouard : Le robot maintient les sols propres. En l’absence de marche, il accède aux passages entre les logettes, ce qui permet leur nettoyage. Généralement, avec des abreuvoirs, en système raclé, ce sont des zones humides, difficiles à nettoyer, propices aux maladies du pied. Il peut également nettoyer les zones annexes ou qui ne sont pas dans le passage du racleur. Ce sont, par exemple, les parcs d‘attente de salle de  traite s’ils sont décalés de la stabulation ou l’aire devant les robots de traite implantés en pignon de bâtiments. Nous pensons aussi aux couloirs d’accès d’une zone à une autre, par exemple vers l’espace de repos à l’arrière du robot de traite ou du bloc traite vers le bloc logement.

V.D. et E.H. : Leur installation va être souvent associée à la robotisation de la traite, surtout si elle est en pignon de bâtiment. Devant eux, ils évitent une fosse sous l’aire d’exercice en caillebotis et le stationnement des racleurs. Si la traite robotisée est en façade, nonobstant le nettoyage des passages interlogettes, le raclage mécanique conserve son intérêt puisque l’entrée et la sortie ont lieu sur le couloir arrière. D’une façon plus générale, même s’il apparaît plus coûteux à l’investissement que le nettoyage robotisé (voir l’infographie), il reste compétitif lorsque le basculement vers deux robots collecteurs se pose, en particulier dans les bâtiments longs avec deux couloirs. Les constructeurs annoncent des capacités maximales en nombre de vaches et en surface par robot. Nous manquons aujourd’hui de recul sur le bon curseur d’efficacité.

V.D. et E.H. : Les bétons ne doivent pas être abîmés pour une bonne accroche du robot au sol. Leur irrégularité détériore la qualité de collecte du lisier. Le sol lisse doit s’accompagner de rainures profondes de 1,5 à 2 cm, pas plus, pour un bon prélèvement du lisier dans les raies. Les zones recouvertes de tapis, elles, offrent une bonne adhésion du robot. De même, nous recommandons une pente maximale de 1,5 % à 2 % dans les couloirs et de 3 % à 4 % pour un accès court à la fosse à lisier ou à un parc d’attente. Le robot risque, sinon, de patiner­. La formation d’une croûte sur les bétons par leur assèchement au printemps et en été fait également partie des grands points de vigilance. Même dans la Manche, ce phénomène de beurrage existe. Lely et CRD y répondent par un système d’aspersion des sols. L’avenir dira si c’est suffisant, en particulier durant les étés caniculaires au sud de la Loire.

V.D. et E.H. : Il faut accepter qu’en système logettes, cette robotisation oblige à renoncer au confort de couchage offert par la paille, au moins avec les robots Lely et CRD. Nous n’avons pas de recul avec le robot DeLaval-Joz puisque sa commercialisation démarre. Et si le bâtiment comporte une aire paillée d’isolement, un fond de couchage de 20 à 30 cm en dessous du niveau de l’aire d’exercice et une marche de 10 à 15 cm de haut éviteront à la paille de tomber dans le couloir.

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