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Dossier. Agroforesterie : les vaches aussi apprécient les parasols en été

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Parasols et témoins. Pour gommer le possible biais lié à la présence de poteaux, des poteaux seuls ont été ­alignés dans la parcelle témoin, à côté de la parcelle avec parasols. © N.Tiers

Pour la première fois, une expérimentation quantifie l’effet de l’ombrage pendant le pâturage sur le bien-être animal et la production bovine. Elle a été menée dans une étude plus large sur les apports de l’agroforesterie.

La possibilité pour des vaches de se mettre à l’ombre lors de fortes chaleurs a un impact positif sur leurs performances. La ferme expérimentale de Derval (Loire-Atlantique) l’a démontré à l’aide d’un dispositif mis en place en 2016 et 2017, dans le cadre d’une étude de trois ans sur l’agroforesterie. Cette étude s’appuyait sur une dizaine d’exploitations de Loire-Atlantique, dont cinq...
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La possibilité pour des vaches de se mettre à l’ombre lors de fortes chaleurs a un impact positif sur leurs performances. La ferme expérimentale de Derval (Loire-Atlantique) l’a démontré à l’aide d’un dispositif mis en place en 2016 et 2017, dans le cadre d’une étude de trois ans sur l’agroforesterie. Cette étude s’appuyait sur une dizaine d’exploitations de Loire-Atlantique, dont cinq ayant aménagé des parcelles agroforestières entre 2008 et 2013, et cinq ayant des projets à court ou moyen terme. « Concernant l’ombrage, la difficulté dans notre réseau était l’absence de parcelles avec des arbres suffisamment développés et identiques, et avec des parcelles témoins sans arbres à côté, indique Jean-Charles Vicet, de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Nous avons donc créé un protocole à l’aide de parasols en collaboration avec l’Institut de l’élevage. »

Huit parasols de 3 mètres sur 3 ont été installés dans une parcelle de la ferme de Derval, et huit poteaux seuls ont été alignés de même dans la parcelle voisine (afin de gommer le biais possiblement lié à la présence de poteaux). Chaque prairie accueillait un lot de dix génisses prim’holsteins. En 2017, les conditions climatiques ont été particulièrement propices à l’expérimentation puisque sur 33 jours de suivi (7 juin au 10 juillet), il y a eu douze journées de fortes chaleurs. Elles se caractérisaient par un relevé THI (température humidity index) prenant en compte la température de l’air et l’humidité relative, supérieure à 76, cette valeur correspondant à l’apparition d’un stress thermique.

+ 200 g de GMQ à l’ombre

Plus les conditions étaient stressantes (augmentation du THI), plus les génisses se protégeaient sous les parasols. Pendant la journée d’observation la plus chaude, certaines du lot « sans parasol » étaient haletantes, ce qui ne fut le cas d’aucune génisse du lot « parasol ». Les premières ont eu tendance, lors des fortes chaleurs, à se regrouper et à se mettre à l’ombre les unes des autres. Leur comportement témoigne d’un inconfort : les accéléromètres montrent qu’elles se déplacent davantage. Chez celles bénéficiant de l’ombre des parasols, le temps de pâturage mesuré au Lifecorder a été supérieur de trente minutes par jour. Elles ont donc ingéré davantage d’herbe et d’eau. À l’issue de la période d’observation, la pesée des animaux révèle une différence de croissance de 200 g/jour de GMQ.

L’atténuation du stress grâce à l’ombrage a donc un impact positif. « La limite de l’expérimentation est qu’elle ne prend pas en compte les effets de l’agroforesterie sur le microclimat via l’augmentation de l’évapotranspiration, tempère Jean-Charles Vicet. On peut penser que les résultats auraient été meilleurs avec de vrais arbres à la place des parasols. En plus de l’ombrage, il faut souligner que les arbres protègent aussi les animaux des vents froids l’hiver. »

Des auxiliaires bien répartis

Outre le suivi des performances et du bien-être des bovins, l’étude agroforesterie et élevage avait trois autres objectifs : le suivi de la production des cultures, de la qualité des sols et de la présence d’insectes auxiliaires. Des profils pédologiques et analyses de sols ont été réalisés sur les parcelles des exploitations agroforestières partenaires.

L’incidence des arbres sur la matière orga­nique, la structure et la porosité des sols n’y est pas encore perceptible car les projets sont trop récents. Du côté des insectes, la population et la diversité des auxiliaires semblent supérieures dans les parcelles converties à l’agroforesterie, notamment sur les rangs intraparcellaires. Ils se répartissent sur l’ensemble de la culture, et pas seulement en bordure des haies. Concernant la production végétale, les diagnostics de flore prairiale ne permettent pas, à ce jour, de mesurer l’impact d’un système agroforestier en raison des différences d’historiques entre parcelles. Comme pour les sols et les insectes, l’intérêt sera de comparer cet état des lieux à son évolution à moyen et long termes. Toutefois, les suivis montrent une optimisation de la qualité de pâturage par l’effet paddocks : moins de refus, un maximum de jeunes feuilles et peu de montaisons de tiges. Les enquêtes auprès des agriculteurs révèlent que l’organisation du pâturage est simplifiée grâce aux paddocks. Pour les chantiers des cultures (semis, désherbage, récolte, ensilage, foin), le temps passé est le même en agroforesterie, et aucun agriculteur n’a enregistré de perte ou de gain de rendement.

Nathalie Tiers
Effet parasol. Chez les génisses bénéficiant d’ombre, le temps de pâturage a été supérieur de trente minutes par jour. © N.Tiers
L’avis de…
« Les rangées d’arbres facilitent la gestion du pâturage » L’avis de… Jean-Michel Anger, éleveur à Herbignac (Loire-Atlantique)

Jean-Michel Anger est l’un des deux associés du Gaec de la Chalandière, qui produit un million de litres de lait avec 100 vaches, sur 85 ha, dont 50 ha de maïs et 35 ha de prairies.

« Nous avons constaté depuis longtemps que l’ombre offerte par les haies contribuait au confort de nos animaux. En 2015, nous avons implanté des rangées d’arbres à l’intérieur d’une parcelle de 4 hectares en rotation prairie-maïs-céréales. Il s’agit de frênes et de chênes, et aussi de pommiers et poiriers. Les rangs sont espacés de 25 mètres et les arbres sur le rang de 10 mètres. Dans l’objectif de nous diversifier, nous avons meublé les espaces sur le rang avec des petits fruits rouges : cassis, groseilles, framboises.

Les rangées d’arbres facilitent la gestion du pâturage : délimitation­ des paddocks, allotement et respect des clôtures­ par les animaux.

Les arbres sont intéressants pour drainer les parcelles humides, et nous pensons que l’herbe ombragée sera plus productive. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer les travaux d’implantation et de taille, surtout les premières années. Les premières branches sont maintenues à deux mètres de hauteur pour pouvoir passer dessous avec un tracteur. Tous les ans, nous paillons les rangs entre les arbres pour éviter les adventices et maintenir l’humidité au pied des arbres à fruits rouges. L’implantation a coûté 510 €/ha en végétaux et ­fournitures, dont 40 % ont été couverts par les aides du département(1). »

(1) Depuis 2015, les aides du Conseil régional s’élèvent à 80 % du montant des projets.

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