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« 2 MILLIONS DE LITRES EN 2016 SI TOUT VA BIEN »

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PHOTOS © C.H.

Mike et Tom Dunne ont investi 400 000 € dans un bâtiment pour les vaches taries l'hiver. Ils sont prêts à financer un roto de traite de 300 000 €. À condition de disposer de plus de prairies.

MIKE ET TOM DUNNE SONT LOIN DU STANDARD LAITIER IRLANDAIS. L'exploitation moyenne spécialisée en lait est de 65 laitières à 5 300 kg par animal sur 54 ha d'herbe. Les deux frères, eux, sont à la tête de 240 vaches et 1,1 million de litres de quota sur 140 ha, tout en prairies. Ils ont bien l'intention de participer à l'augmentation de la production laitière irlandaise, à la suppression des quotas. Depuis deux ans, ils jettent les...
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MIKE ET TOM DUNNE SONT LOIN DU STANDARD LAITIER IRLANDAIS. L'exploitation moyenne spécialisée en lait est de 65 laitières à 5 300 kg par animal sur 54 ha d'herbe. Les deux frères, eux, sont à la tête de 240 vaches et 1,1 million de litres de quota sur 140 ha, tout en prairies. Ils ont bien l'intention de participer à l'augmentation de la production laitière irlandaise, à la suppression des quotas. Depuis deux ans, ils jettent les bases de leur développement. Objectif : produire 2 Ml après 2015 avec 400 laitières. La première étape majeure est franchie en 2011 avec la construction d'un bâtiment de 100 m x 25 m. Lorsque les pâtures ne sont plus portantes à l'automne, il accueille les fins de lactation et les vaches déjà taries. « Elles sont toutes taries avant Noël. Nous arrêtons de traire à ce moment-là. C'est une règle d'or pour passer plus tranquillement les fêtes de fin d'année. Les vaches prêtes à vêler sont ensuite transférées vers l'ancienne stabulation, située juste à côté. » Aujourd'hui, la moitié de la nouvelle stabulation est occupée par une aire paillée divisée en cases. L'autre longueur sert à stocker la paille. « Nous avons la capacité de loger 500 vaches. Nous pourrions même monter à 600 mais ce serait au détriment du bien-être animal. » Montant de l'investissement : 400 000 €, incluant la fosse à lisier de 6 800 m3, les silos d'ensilage d'herbe et la transformation de l'ancien bâtiment en lieu de vêlages. « Nous en avons autofinancé 240 000 € et avons contracté un prêt de 160 000 € à 5 % sur sept ans, ce qui représente une annuité de 25 000 €. » Mike et Tom auraient préféré étaler le remboursement sur une période un peu plus longue – quinze ans – mais depuis le crash financier de 2008-2009, les banques irlandaises sont plus frileuses.

« RÉSOUDRE LA QUESTION CRUCIALE DU FONCIER AVANT D'INVESTIR DANS UN ROTO »

Le prochain investissement sera un roto de traite de 60 places pour un investissement de 500 000 €, infrastructure comprise. Pas question pour eux d'accroître le troupeau sans faire évoluer leur équipement. Ils disposent aujourd'hui d'une salle de traite 2 x 16 postes avec décrochage et distribution de concentrés automatiques. À partir du 1er février, date des premiers vêlages, ils traient matin et soir pendant deux mois à deux mois et demi. Un à deux stagiaires et un salarié à temps partiel viennent en renfort pendant cette période. Ensuite, ils passent à la monotraite par crainte de dépasser leur quota. « Nous espérons que nos enfants nous rejoindront dans quelques années. À nous de leur proposer un outil de travail moderne et attrayant. Le roto de traite y contribuera. » Pour autant, la décision d'un tel investissement n'est pas définitivement tranchée. Elle est conditionnée à l'accès à des surfaces supplémentaires. L'agrandissement de leur SAU de 47 ha en deux ans autour de l'exploitation (40 ha l'an passé en location) apporte certes une bouffée d'oxygène, mais pas suffisante pour conduire un troupeau de 400 vaches laitières. « À ce niveau, les 140 ha de notre surface seront tous pâturés à raison d'un chargement de 3 vaches par hectare. Il nous faudra aussi assurer les stocks d'ensilage d'herbe en automne et hiver, gérer 90 génisses de renouvellement et bénéficier d'une marge de sécurité en cas d'été très pluvieux, pénalisant le pâturage comme cela a été le cas cet été. » Les trouveront- ils ? Pas sûr, selon eux. C'est que la question du foncier est délicate en Irlande. La grande famine du XIXe siècle (1845-1848) est encore dans les esprits. « Un champ se vend une fois tous les 400 ans », ironise Mike. Le louer est tout aussi compliqué. Les baux sont en majorité de onze mois. Difficile dans ces conditions de bâtir une stratégie à long terme. « Les propriétaires ne veulent pas s'engager sur des baux de dix ans. Ils craignent que passée onze mois, la location les engage pour trente-cinq ans. Même si cette règle n'est plus en vigueur, ils ont du mal à évoluer », explique de son côté Tom. À cette incompréhension peuvent se rajouter de vieilles rancunes entre voisins, nées de la guerre civile de 1921 qui opposa les Irlandais entre eux lors de l'Indépendance. « Pour toutes ces raisons, nous avons préféré nous adresser, il y a quelques mois, à l'Agence foncière. Elle sert d'intermédiaire entre les propriétaires et les personnes à la recherche de terres à louer. Nous n'avons pour l'instant aucune piste sérieuse. »

Même si leur projet ne se concrétise pas jusqu'à l'installation d'un roto de traite, Mike et Tom savent qu'ils disposent de marges de manoeuvre avec la structure actuelle pour augmenter la production à 1,6 ou 1,7 million de litres après 2015 avec 350 à 360 laitières. À vrai dire, ils sont dans les starting-blocks. Ils mènent aujourd'hui jusqu'au vêlage 300 vaches pour un besoin de 240. De quoi trier les animaux et constituer un troupeau au top génétique et sanitaire, puis « appuyer sur le champignon » après les quotas en conservant l'effectif nécessaire. Les deux associés travaillent aussi à l'agrandissement de leur troupeau via les génisses de renouvellement. Ils en élèvent 90 pour un besoin actuel de 50. En amont, ils savent qu'ils peuvent s'appuyer sur plusieurs leviers. Le premier est l'achat d'ensilage d'herbe – fourrage que l'on trouve facilement – pour intensifier le pâturage. En fertilisant davantage et en renouvelant les prairies de ray-grass anglais, ils estiment obtenir un rendement fourrager de 15 à 16 t de matière sèche contre 12 t au aujourd'hui. La directive nitrates ne constituera pas un frein. Il suffira qu'ils déposent une demande de dérogation pour épandre 250 kg/ha d'azote organique contre 170 kg sans dérogation(1). Ils n'en ont pas besoin actuellement.

« UN SYSTÈME FOURRAGER PAS CHER, ÉQUILIBRÉ AUTOUR DE LA MONOTRAITE »

La mise en pension des génisses chez un collègue est également une piste. Ils viennent de l'abandonner après un an de test, jugeant qu'elle donne trop de travail mais elle reste une solution. Autres leviers : distribuer plus de concentrés pour augmenter la production par vache (en moyenne 1,6 kg/vache/jour aujourd'hui) et traire deux fois par jour pendant quatre ou cinq mois au lieu de deux mois actuellement. Les deux frères sont conscients que ce développement comporte des risques technico-économiques et de travail. « Serons-nous capables de continuer à gérer à deux notre exploitation au-delà de 350 vaches laitières ? », s'interroge Mike. « Nous obtenons des faibles coûts de production grâce à un système fondé sur la monotraite. À nous de trouver un nouveau compromis technico-économique pour dégager un résultat courant, c'est-à-dire après amortissements, d'au moins 15 €/1 000 l », dit Tom. Les deux frères veulent aller de l'avant mais en mesurant au mieux les risques des changements qu'ils vont entreprendre.

(1) L'Irlande bénéficie d'une dérogation de Bruxelles jusqu'à la fin 2013. Les éleveurs qui en font la demande doivent justifier 80 % de leur SAU en prairies. Les Dunne ont 100 %.

Une stabulation transformée pour les vêlages… Cette stabulation accueillait 170 vaches taries en logettes + couloirs raclés avant la mise en service du bâtiment ci-contre. Elle comporte désormais une aire paillée pour les gestantes. Lorsqu'elles sont prêtes à vêler, elles sont transférées dans l'un des 15 box de vêlage.
... et les veaux Quatorze cases individuelles sont aménagées pour les premiers jours des veaux. Ils sont ensuite déplacés vers les sept cases collectives de 21 veaux adjacentes. Ils sont nourris à la poudre de lait ou au lait doux deux fois par jour, par un chariot de 40 tétines. Pour éviter leur échappement, les deux barrières à battant central glissent le long du chariot.
Nouveau bâtiment Construit en 2011, il a une capacité de 500 places. Il héberge cet hiver 250 vaches taries et génisses amouillantes sur une aire paillée divisée en lots. Cette dernière occupe la moitié de la largeur. L'autre moitié peut également être aménagée en aire paillée. De quoi suivre le développement de l'exploitation.
Les 240 vaches pâturent les paddocks de 3 ha autour du site en une journée et demie. Pour Tom et son frère, les rouges norvégiennes sont les mieux adaptées à leur système. Après l'avoir croisée avec leurs holsteins pendant 15 ans, ils basculent vers la race pure.
Ce qu'ils font :

- Vêlages groupés du 1er février à début mai.

- Inséminations du 10 mai au 15 juillet. Rattrapage avec les taureaux. Réforme des vaches vides.

- 71 % de réussite à la première IA en 2012.

- Retour vers la race pure rouge norvégienne, plus adaptée à leurs objectifs de travail et d'élevage.

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