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« Limiter notre dépendance au tourteau pour mieux absorber les crises »

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Stratégie. L’introduction croissante de fourrages de haute valeur protéique et énergétique a permis de réduire les achats d’aliments, sans affecter ni la production ni la rentabilité.

Il y a plus de cinq ans, Alexandre et Luc Renard s’engageaient dans la voie d’une autonomie alimentaire renforcée, parallèlement à une augmentation de la production laitière. Un choix qui prend aujourd’hui tout son sens, au regard de la hausse continue du prix des aliments depuis plus d’un an. Dans le cadre de son installation avec son père, en 2013, Alexandre obtient en effet une rallonge de 300 000 litres de lait en plus d&rsquo...
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Il y a plus de cinq ans, Alexandre et Luc Renard s’engageaient dans la voie d’une autonomie alimentaire renforcée, parallèlement à une augmentation de la production laitière. Un choix qui prend aujourd’hui tout son sens, au regard de la hausse continue du prix des aliments depuis plus d’un an. Dans le cadre de son installation avec son père, en 2013, Alexandre obtient en effet une rallonge de 300 000 litres de lait en plus d’un quota de 800 000 l à l’époque. La volonté de maîtriser l’endettement amène alors les deux associés à privilégier l’agrandissement des installations existantes, c’est-à-dire une extension de l’aire paillée, de la fumière et de la salle de traite à 2 x 12 postes.

Herbe, luzerne, maïs épis et pâturage tournant dynamique

À partir de la campagne 2014-2015, leur stratégie repose donc sur l’in­troduction croissante de fourrages riches en MAT dans la ration des laitières : « Notre objectif était de réduire au maximum l’achat de correcteur pour mieux absorber les crises, tout en conservant un haut niveau de production dans une stabulation limitée à 120 places, afin d’assurer un résultat suffisant pour le remboursement des annuités et les prélèvements privés, explique Alexandre. Le suivi du coût alimentaire et de la marge avec notre conseiller d’Avenir Conseil Élevage a permis d’avoir un point de contrôle régulier permettant de se rassurer et d’éviter les dérapages. Nous redoutions une baisse de production et de la marge… Ce n’est pas le cas. »

Initialement, l’alimentation du troupeau reposait sur la ration complète à base d’ensilage de maïs, avec 4 kg de correcteur (soja/colza), 3 kg de luzerne et du pâturage tournant sur des paddocks de trois à quatre jours. Malgré des rendements maïs ensilage de 16 à 18 t, le système va évoluer : modification de la ration hivernale et mise en place du pâturage tournant dynamique. Les éleveurs vont conserver la ration complète et la conduite en lot selon le stade de lactation : le lot des fraîches vêlées jusqu’à la confirmation de gestation (120 jours environ) et le lot des fins de lactation.

Aucun correcteur azoté de mi-avril à mi-juillet

Le premier lot reste en stabulation avec une ration à l’auge toute l’année. Seul le second accède à 19 ha de pâturage : c’est-à-dire près de 80 % du troupeau au printemps, dans un système où les vêlages sont groupés à 50 % en automne, avec un creux en mars, avril, mai. « Nous visons une production de 28 litres de lait au pâturage. C’est pourquoi, les vaches ont toujours un minimum de 10-15 kg brut de maïs ensilage à l’auge. Sous ce seuil, la baisse de production et de taux est trop marquée, compte tenu de nos objectifs », précise Luc. Après un déprimage rapide en sortie d’hiver, les 19 ha sont divisés en 21 paddocks d’un jour, gérés avec un fil avant déplacé toutes les douze heures (après la traite). Une fois par semaine, les éleveurs évaluent le stock d’herbe sur pieds à l’herbomètre : à partir de 12 jours de stocks d’avance, des parcelles sont débrayées pour la fauche, soit 5 ou 6 ha pendant la pleine pousse de l’herbe. « L’enjeu est d’avoir suffisamment d’herbe de qualité stockée pour l’hiver, afin d’être moins dépendant des achats de correcteur azoté à cette période. » La mesure de l’herbe disponible au pâturage permet aussi d’ajuster la ration distribuée à l’auge. Ainsi, les éleveurs arrêtent le correcteur dès que la part de maïs ensilage descend sous les 20 kg : c’est-à-dire de mi-avril à mi-juillet pour le lot 2. Il est remplacé par 2 ou 3 kg d’orge et, désormais, par du maïs épis. En été, le troupeau conserve de 6 à 7 kg d’herbe fraîche au pâturage. La conduite en lot permet ensuite de bien valoriser l’herbe d’automne avec les vaches moins productives.

En période hivernale, et pour le lot des fraîches vêlées, la ration à l’auge a évolué vers plus de diversité fourragère. Un moyen de renforcer la résilience du système face aux aléas climatiques : réduction du maïs ensilage au profit de l’herbe conservée et du maïs épis, dans le cadre d’une collecte Bleu-Blanc-Cœur qui interdit désormais le recours au soja importé.

Près de 40 litres de lait avec 3,5 kg de tourteau de colza

Ainsi, cet hiver, la ration complète en début de lactation se compose de 8,2 kg MS de maïs ensilage + 3 kg de luzerne ensilée + 3 kg d’herbe enrubannée en première coupe + 1,8 kg de pulpe de betterave surpressée + 2,4 kg de maïs épis + 3,5 kg de colza + 1 kg de graines de lin extrudées et 50 g d’urée. Avec une densité élevée de 0,97 UFL/kg de MS, elle autorise une production de 39,7 litres de lait/VL/jour. Le tourteau de lin, obligatoire en filière Bleu-Blanc-Cœur pour garantir la teneur en oméga 3 du lait, assure également un apport de protéines tannées dans l’alimentation. La ration du lot 2 comprend : 7,4 kg de maïs ensilage + 4 kg d’enrubannage de 1re coupe + 3 kg de luzerne + 2,4 kg de maïs épis + 3 kg de tourteau de colza et 50 g d’urée, soit 0,95 UFL/kg de MS et une production permise de 28,2 litres.

Une ration bien calée à 10 000 kg de lait

Ici, les éleveurs ont choisi l’herbe enrubannée pour sa souplesse d’intervention qui permet de multiplier les coupes sur de petites parcelles­ au stade optimum. « Lorsque l’on mise sur l’ingestion, la récolte des fourrages est fondamentale. Avec une herbe à 0,90 UFL, c’est gagné, souligne Alexandre. Augmenter la part d’herbe a aussi eu un impact positif sur la santé métabolique et la reproduction. En revanche, cela a des conséquences sur la charge de travail : au printemps, il faut être disponible en permanence, nous fauchons quasiment toutes les semaines et avons parfois des difficultés à tout faire. » Le préfanage est systématique, afin de stocker un fourrage à plus de 50 % de MS, une teneur où la MAT est moins soluble. L’intensification des coupes a généré un déficit en potasse des prairies qui amène les éleveurs à réaliser des apports d’entretien à base de chlorure de potassium. L’alternance de la fauche et de la pâture contribue également à préserver la fertilité. Sur ce principe, les premières coupes 2021 enrubannées, le 26 avril, affichent une valeur de 56 % de MS, 0,95 UFL, 17,8 % de MAT et une digestibilité élevée de 80 %. La luzerne ensilée, après deux années sèches consécutives où les rendements de la prairie ont chuté de près de 50 %, sécurise les stocks, mais aussi la densité pro­téique de la ration hivernale. Avec 6-7 kg d’herbe, on considère que la fibrosité chimique est suffisante pour miser sur des maïs ensilage à 33-35 % d’amidon et un hachage fin (10 mm) afin d’optimiser l’ingestion et la conservation. « Malgré deux saisons sèches, la marge de l’atelier s’est maintenue, ce qui nous rassure dans nos choix. Grâce à une récolte d’herbe exceptionnelle au printemps dernier, la marge attendue en fin de campagne devrait valider la pertinence de nos choix avec une ration bien calée à 10 000 kg de lait. »

Jérôme Pezon
La configuration de la stabulation, séparée par le couloir d’alimentation central, facilite la conduite du troupeau en deux lots. Les éleveurs sont par ailleurs sensibles à l’aspect bien-être de ce mode de couchage. © j. pezon

    Lait produit : 1  155 598 litres

    Coût alimentaire vaches laitières­ : de 82 €/1 000 l au printemps­ à 105 € en hiver

    Quantité de concentré/vache (dont maïs épis) : 1 407 kg

    Chargement : 1,93 UGB/ha de SFP

    Marge brute/ha : 3 462 €

    Marge brute/1 000 l : 254 €

    Gaec du Bois de Bousies, à Croix-Caluyau (Nord)

    2 associés, Luc et Alexandre Renard, un salarié à plein temps et une apprentie

    115 holsteins à 10 190 kg de lait, soit 1,15 Ml de lait en collecte Bleu-Blanc-Cœur

    150 ha de SAU : dont 30 ha de maïs fourrage, 8 ha de maïs épis, 6 ha de luzerne, 37 ha de prairie, 12 ha de betterave sucrière, 50 ha de blé et 6,5 ha d’orge

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