Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail

« Notre système herbager sans cesse en adaptation climatique »

réservé aux abonnés

 - -->
Deux en un. pois prétagineux et deDébut avril, François Roulland et son associé Arnaud Harel ont semé ce méteil de © C. Hue

Réchauffement climatique. Plusieurs sécheresses consécutives ont fragilisé le système herbager bio de François Roulland et Arnaud Harel. Ils l’adaptent avec moins de génisses et un renouvellement original des prairies.

Les systèmes tout en herbe sont souvent montrés en exemple pour leur résilience face au réchauffement climatique. Schématiquement, ils reposent sur deux piliers : une saison de pâturage la plus longue possible dans l’année et des stocks fourragers constitués durant la pousse d’herbe du printemps et de l’automne. « Ce n’est pas aussi simple que cela », estiment François Roulland et Arnaud...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
8%

Vous avez parcouru 8% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Les systèmes tout en herbe sont souvent montrés en exemple pour leur résilience face au réchauffement climatique. Schématiquement, ils reposent sur deux piliers : une saison de pâturage la plus longue possible dans l’année et des stocks fourragers constitués durant la pousse d’herbe du printemps et de l’automne. « Ce n’est pas aussi simple que cela », estiment François Roulland et Arnaud Harel, à la tête de 140 vaches menées en bio. Même s’ils sont en Normandie, leurs terres peu profondes et séchantes nécessitent généralement la distribuer d’ensilage d’herbe à partir de la mi-juin. « Les printemps secs et froids et les fortes chaleurs subis ces dernières années nous obligent à constamment adapter notre conduite. » Après trois sécheresses consécutives entre l’été 2017 et le printemps 2020, ils ont dû acheter en 2020 cent tonnes de fourrages bios pour un total de 35 000 € : 25 000 € de luzerne déshydratée et 10 000 € de foin. « Il a fallu aussi réformer 25 vaches. Nous avons reconduit cette stratégie en 2021 en nous séparant de 20 vaches en lactation. Si finalement l’année fourragère 2021 s’est bien passée, au printemps nous n’étions pas sereins car l’herbe ne poussait pas. De plus, il y avait une demande du marché pour des vaches pleines. »

« Baisser un peu le chargement pour gagner en souplesse »

La baisse de l’effectif des génisses fait également partie de leur palette de mesures. Ils ont réduit de 35 à 20 leur nombre, soit grosso modo 15 UGB en moins. « Nous n’avons pas besoin d’autant de génisses de renouvellement­ car nos vaches issues d’un croisement en 3 voies ont un nombre de lactations plus élevé que la moyenne : 3,6 lactations par vache », justifie François Roulland.

Cela représente une économie de fourrages conservés de 60 t de MS. Cette baisse du chargement animal crée un cercle vertueux. En libérant quelques hectares pâturés pour la fauche, les 15 UGB en moins permettent de constituer davantage de stocks et d’assurer beaucoup plus sereinement la production laitière. « Nous estimons à 40 tonnes de MS en plus les stocks réalisés ce printemps », dit Arnaud Harel. Leur conseille Pascal Rougier, de Conseil Organic, valide cette pratique. « Avec 1,2 UGB/ha de SFP en 2020, l’EARL Bois d’Arry avait un chargement légèrement trop élevé », analyse-t-il. Elle est descendue à 1,1 UGB/ha de SFP, ce qui lui apporte un peu plus de souplesse. Et le conseiller en fourrages bio de préciser : « En système herbager, il faut un chargement autour de 1 UGB/ha de SFP. Avec des prairies naturelles, c’est plutôt en dessous, avec des prairies temporaires, plutôt au-dessus. L’EARL est dans ce second cas de figure. »

Cette année, Arnaud et François ne s’inquiètent pas du manque de fourrages. Grâce à la météo 2021 favorable, ils ont reconstitué leurs stocks. Mi-juin, un quart des 400 t de MS de besoins annuels était sécurisé.

Pour les deux associés, l’idéal serait de disposer de 65 à 70 paddocks de pâturage­ journalier réservés aux 110 vaches en lactation, contre 45 actuellement. « Comme il est très compliqué de construire un boviduc sous la route départementale pour accéder à nos prairies de l’autre côté de la route, nous réfléchissons à la monotraite. Pour cela, nous devons trouver les leviers de réduction de charges pour compenser une baisse du chiffre d’affaires d’environ 20 %. » En attendant, chaque hectare pâturé compte et le renouvellement des prairies temporaires est problématique. « Nous ne pouvons pas nous autoriser à implanter un mélange céréalier entre deux prairies pour régénérer une autre car nous perdons son usage durant un an, disent-ils. Nous avons tenté des sursemis d’un mélange de graminées + trèfles blancs. Ça n’a pas marché. »

« Pas de glyphosate, pas de labour, et une interruption limitée du pâturage »

Sur les recommandations du conseiller Pascal Rougier, et dans le cadre du programme normand bio Reine Mathilde (Danone), les producteurs bio ont expérimenté en 2020-2021 le renouvellement de 13 ha sans glyphosate­ (obligatoire en bio), sans labour et avec six mois de discontinuité de pâturage. « Nous en sommes satisfaits car cela évite le surpâturage des autres prairies. De plus, l’interruption­ du pâturage n’est pas improductive : nous récoltons un méteil de protéagineux. » Ils renouvellent l’expérience en 2021-2022 mais plus prudemment : sur 4 hectares. Son itinéraire technique est en deux temps.

Première étape : la destruction de la prairie durant la seconde quinzaine d’août par un passage de l’outil à dents Horsch et par deux passages du cultivateur rotatif Dyna-Drive de Bomford. Début septembre, un mélange d’avoine (30 kg/ha) + colza et radis fourragers (respectivement 1 kg/ha) + trèfles d’Alexandrie, incarnat et squarrosum (respectivement 3 kg/ha) est semé. Il l’est à la volée par une herse étrille équipée d’un semoir. « La dérobée a été pâturée par les vaches du 19 octobre à Noël 2020 puis du 20 février au 2 avril 2021 pour un total de 1,8 t de MS/ha en quatre pâturages », comptabilise Pascal Rougier.

Deuxième étape : le 2 avril, l’implantation de prairies (détails dans l’encadré) sous couvert de pois protéagineux et de féveroles (semences achetées). « L’association multi-espèces bénéfice de la lumière qu’ils laissent passer et du relargage de l’azote par leur rhizobium. » Le rendement des 13 ha de protéagineux ensilés le 29 juin 2021 s’élève à 5 t de MS/ha, tout comme celui estimé des nouvelles prairies pâturées entre la mi-août et Noël 2021 (4 pâturages).

« Satisfaits cette année, malgré une production fourragère inférieure »

Les résultats pour l’expérience 2021-2022 sont partiels. À la veille du bouclage, le méteil de protéagineux n’était pas encore récolté. « Il sera inférieur à 5 t de MS/ha car les semences fermières utilisées ont un taux de germination inférieur à l’année précédente », pronostique Pascal Rougier. Même constat pour la dérobée fourragère implantée en septembre dernier et pâturée entre le 18 novembre 2021 et 24 mars 2022, avec une interruption du 4 janvier au 25 février. « Les vaches ont pâturé deux tonnes de MS/ha de moins que la dérobée 2020-2021. Septembre n’était pas poussant. Tous les paddocks n’ont pas permis deux pâturages à l’automne et deux au printemps. »

Claire Hue
Semences. Un coût de 405 €/ha

Deux mélanges prairiaux semés sous couvert de méteil protéagineux sont élaborés pour le pâturage : l’un pour les prairies limoneuses, l’autre pour les prairies séchantes argilo-sableuses.

Prairies limoneuses. Elles sont semées à 28,5 kg/ha : 1 kg de plantain, 0,5 kg de chicorée et 27 kg d’une association graminées + légumineuses. Cette dernière se décompose ainsi : 55 % de RGA, 10 % de fétuques des prés, 10 % de trèfle blanc intermédiaire et, pour les trèfles hybride et blanc nain, la fléole des prés, la fétuque rouge, le pâturin des prés : 5 % chacun.

Prairies séchantes (photo). La luzerne flamande à feuilles souples compose 28 % des 30 kg/ha semés. Les autres espèces sont à 21 % de fétuque élevée, 17 % de fétuque des prés, 10 % de trèfle blanc intermédiaire, 10 % de trèfle hybride, 7 % de plantain lancéolé, 3,5 % de chicorée et 3,5 % de fléole des prés.

Semences. Le coût moyen en semences bio de ces deux mélanges revient à 252 €/ha. Additionnons 90 € de semences fermières de protéagineux et 65 € de dérobée semée en septembre pour un coût total de 405 €.

Innovant. Cette dérobée, pâturable en fin d’année et début de la suivante, limite la discontinuité de pâturage lorsqu’une prairie est régénérée. Elle constitue la première étape d’un renouvellement sans glyphosate et labour. © EARL du Bois d’Arrée

    À Le Locheur (Calvados)

    EARL de deux associés et un salarié

    750 000 l bio produits

    140 vaches croisées holstein x jersiaise x pie-rouge norvégienne, renouvelées à 15 %

    5 500 l/VL/an

    SAU : 165 ha, dont 105 ha de prairies temporaires, 35 ha de prairies naturelles et 25 ha de mélanges céréaliers

    55 ha pâturés par les vaches, 90 ha fauchés

Imprimer Envoyer par mail
En direct
Afficher toutes les actualités