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L’herbe aussi verte en France qu’en Nouvelle-Zélande

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Expérience. Des paddocks savamment conçus autour de bâtiments légers, une herbe sans cesse mesurée, un objectif de production à l’hectare et non par vache : pour les Néo-Zélandais, tout part de l’herbe. Si le raisonnement n’est pas inédit, ­certaines pratiques sont transposables ici, où les atouts existent.

Le secret de l’efficacité économique des éleveurs néo-zélandais ? C’est l’herbe ! La gestion de cet or vert sur un modèle « low price, low cost » a permis la ruée vers l’or blanc. L’industrie laitière s’est calée sur la pousse de l’herbe. La production laitière de Nouvelle-Zélande a doublé en vingt ans et représente, ces derniè...
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Le secret de l’efficacité économique des éleveurs néo-zélandais ? C’est l’herbe ! La gestion de cet or vert sur un modèle « low price, low cost » a permis la ruée vers l’or blanc. L’industrie laitière s’est calée sur la pousse de l’herbe. La production laitière de Nouvelle-Zélande a doublé en vingt ans et représente, ces dernières années, la moitié de la croissance annuelle du commerce mondial des produits laitiers.

Si les éleveurs laitiers français ne répondent pas au même objectif que leurs collègues néo-zélandais (une production répartie sur l’année), ils peuvent s’inspirer de leurs pratiques pour utiliser à plein leur propre potentiel d’herbe. Comparé à la Nouvelle-Zélande, la Bretagne et la Normandie n’ont pas à rougir de la croissance de leur herbe.

Un parcellaire organisé autour du pâturage

L’éleveur néo-zélandais a savamment conçu le dessin de son territoire. Il dispose en général d’un grand bloc de parcelles, la milking platform, qui accueille 400 à 450 vaches laitières en moyenne. Le bloc de traite est au centre. De là part, en étoile, un réseau de chemins empierrés et stabilisés pour permettre aux animaux de gagner chaque parcelle dans de bonnes conditions. Si une route traverse la plateforme laitière, l’éleveur construit parfois un boviduc. Il accorde un grand soin au découpage des paddocks. C’est le point de départ de la gestion du pâturage tournant, à raison d’une parcelle par jour. Il doit disposer de suffisamment de paddocks d’une surface équivalente pour pouvoir le piloter avec un cycle de 21 à 30 jours avant le retour sur le paddock. Si l’éleveur doit irriguer, le plan des paddocks intégrera également le positionnement des pivots.

Des structures légères

Le bloc de traite est dans un bâtiment léger, ouvert sur les quatre façades, ce qui réduit fortement son coût et les charges de structure. Il est pensé comme un bâtiment où les vaches sont en transit. Ces structures légères conviennent aussi à la phase de tarissement car les hivers sont doux, mais pas plus qu’en France. En fait, les principaux investissements et aménagement sont productifs : chemins empierrés, boviducs, salle de traite et, selon les régions, pivots d’irrigation. Les parcelles plus éloignées accueillent les taries. Ce sont les support platforms. L’élevage des génisses est externalisé. Pour les boiteries, des parcelles de repos sont positionnées en sortie de salle de traite.

Des prairies aussi productives qu’en France

Les prairies pâturées sont temporaires, avec l’objectif de les faire durer puisqu’il n’y a pas la contrainte Pac. Il s’agit de mélanges prairiaux conçus pour être productifs : une association de ray-grass diploïdes et tétraploïdes, de trèfle blanc, de chicorée et de plantain lancéolé. La chicorée et le plantain qui, avec leur pivot racinaire profond, résistent à la sécheresse sont semés respectivement à 1 kg par hectare maximum et 3 à 3,5 kg/ha. Le plantain, lui, contribue à la lutte contre le lessivage de l’azote, désormais une préoccupation majeure.

Selon les régions, les prairies produisent entre 7 à 8 t et 20 t de MS/ha/an (avec irrigation). La contrepartie est une fertilisation minérale élevée : 200 kg d’azote/ha/an, en plus des restitutions animales au pâturage qui sont quasi totales.

Quant aux génisses et aux vaches taries, dans les support platforms, en automne et en hiver, elles pâturent au fil du colza fourrager ou des betteraves fourragères pures. Leur implantation est confiée à une ETA. C’est le cas aussi des autres cultures s’il y en a.

L’herbomètre systématisé

Rien n’est laissé au hasard. L’éleveur mesure précisément chaque semaine la pousse de l’herbe et le stock d’herbe sur pied de la plateforme. Pour cela, il en fait systématiquement le tour, à pied, herbomètre à la main, ou avec un quad équipé d’un enregistreur automatique. Les données sont ensuite transférées dans un logiciel de gestion de pâturage qui permet d’anticiper et de programmer le séquencement, la durée de rotation des parcelles et les éventuels ensilages à réaliser. Pour cette gestion, les éleveurs s’attachent souvent les services d’un consultant spécialisé, qu’ils rencontrent mensuellement pour actualiser le plan de gestion.

Comme en France, 12 cm de hauteur d’herbe pour entrer dans le paddock

L’objectif est de quantifier la biomasse disponible pour la mettre en relation avec les besoins du troupeau et d’établir l’ordre de distribution des parcelles. Comme en France, le repère d’entrée dans la parcelle est le stade 3 feuilles ou 12 cm de hauteur d’herbe. Cette quantification permet également de décider s’il faut apporter de l’azote minéral et, en région séchante, irriguer.

En amont, le producteur bénéficie d’une recherche poussée pour calculer et quantifier la pousse d’herbe. En fait, tout est fait pour faciliter sa conduite de l’herbe et sa prise de décision. Il est très encadré.

3,5 vaches en lactation par hectare pâturé

L’objectif n’est pas la production par vache, mais la production à l’hectare. Les Néo-Zélandais ont choisi des vaches de petit gabarit, adaptées au pâturage, qui parcourent plusieurs kilomètres par jour, ayant une bonne fertilité. Ils ont importé des animaux de type frison. Ils les croisent avec des jersiaises dont le lait est très riche en MSU pour obtenir une race à part entière nommée kiwi cross. Ils privilégient donc des animaux de 4 000 à 4500 litres, avec un chargement moyen de 3,5 vaches par hectare. On parle là des vaches qui sont en lactation et qui pâturent au sein de la milking platform, et non du chargement moyen intégrant l’ensemble des UGB qui est calculé en France sur l’année. Ce chargement instantané peut monter à plus de 4 vaches laitières par hectare, mais avec des problèmes de lessivage d’azote à la clé. « Dans notre système néo-zélandais, une vache doit produire plus de matière utile qu’elle ne pèse en poids vif, soit plus de 500 kg de MSU pour 480 kg de poids vif », explique Peter Hancox, responsable de la ferme de l’université de Lincoln (île du Sud, région de Canterbury). « Tout ce qui compte, c’est qu’elle ait un veau pour produire du lait. »

Du maïs pour… protéger l’environnement

La Nouvelle-Zélande est aujourd’hui confrontée au problème du lessivage de l’azote. L’environnement devient une condition indispensable au développement laitier. Les animaux étant toujours dehors, l’une des premières actions est de mieux répartir les effluents sur l’ensemble des parcelles. Le plantain est souvent introduit dans la flore pour ses vertus diurétiques facilitant la dilution des pissats. Des plateformes, voire des bâtiments légers, sont construits près du bloc de traite pour réduire les effluents dispersés à proximité. L’éleveur cherche aussi à améliorer l’efficacité de la ration. Pour cela, il introduit du maïs-ensilage, ce qui, en augmentant l’énergie de la ration, valorise encore mieux les apports protidiques de l’herbe et diminue d’autant les pertes d’azote.

Avec le maïs, en Nouvelle-Zélande, protéger l’environnement signifie souvent moins de pâturages !

Pascal Rougier (référent agriculture biologique et relais fourrage- Littoral normand)
et Jean-Marie Séronie (agroéconomiste indépendant)
Low cost. Ces bâtiments ouverts sur les quatre façades abritent les vaches taries l’hiver quand elles ne pâturent pas. Dans ces structures légères est aussi distribué de l’ensilage d’herbe aux laitières, voire de l’ensilage de maïs. © P.R.
En étoile. Du bloc de traite part, en étoile, un réseau de chemins empierrés et stabilisés pour permettre aux animaux de gagner ­chaque parcelle dans de bonnes conditions. © P.R.
Bloc de traite. Il est installé au milieu des parcelles de prairies destinées aux vaches en lactation. Cela limite leurs déplacements et facilite le pâturage des grands troupeaux. © Pascal Rougier
Irrigation. Dans l’île du Sud, dans la région de Canterbury, les ­éleveurs irriguent. À partir de la fin octobre et pendant cinq à six mois, 1 000 mm d’eau complètent les 650 mm de pluviométrie. La création­ des paddocks tient compte du positionnement des pivots. © P.R
Quatre idées pour les éleveurs français

Organiser les parcelles pour mieux pâturer. En Nouvelle-Zélande, le parcellaire est groupé car les fermes sont créé­e­s­ en un seul bloc. La salle de traite est au milieu. Le déplacement des vaches est optimisé, le pâturage de grands troupeaux facilité.

En France, ce n’est pas le cas. Même si c’est compliqué, quand l’opportunité d’un remembrement se présente, il faut en profiter pour renforcer son parcellaire autour des bâtiments. L’autre solution est l’échange de parcelles avec ses voisins (lire aussi page 76).

Des bâtiments plus légers. Là-bas, les bâtiments sont ouverts sur les quatre façades. ­Certes, l’hiver y est doux, mais dans une partie des régions françaises aussi. Ces structures légères incitent à un regard nouveau sur l’approche française. Dans nos régions à hiver doux, des équipements plus légers ne suffiraient-ils pas ?

Mesurer l’herbe. La conduite de l’herbe en France repose trop sur une analyse intuitive. Être équipé d’un herbomètre est indispensable pour quantifier l’herbe disponible et s’organiser en conséquence. Cela évite les gaspillages. Les herbomètres connectés peuvent aider les éleveurs à franchir ce pas.

Privilégier la production à l’hectare durant la saison de pâturage. Cela suppose être moins regardant sur le niveau des vaches et favoriser un chargement d’au moins 3,5 vaches en lactation par hectare. Le chargement élevé évite le gaspillage d’herbe et réduit le coût alimentaire. Cela exige une dominance de vêlages de printemps, ou au moins une partie planifiée sur cette période.

CONSTAT

Les prairies néo-zélandaises n’ont rien d’exceptionnel. Les prairies temporaires françaises font aussi bien.

Filière laitière entièrement fondée sur le pâturage

La production à l’herbe génère une très forte saisonnalité de la production. Au printemps, les vaches produisent 41 % de la production annuelle. L’industrie laitière s’est donc calée sur ce cycle et s’est organisée pour pouvoir absorber ce volume important dans un temps très court. Cela explique en grande partie l’importance de la production de poudre de lait grasse, la plus simple et la plus rapide à fabriquer. Pour satisfaire le marché intérieur et augmenter la valorisation des fabrications exportées, les laiteries incitent, par des primes, les éleveurs à organiser deux périodes de vêlages pour étaler la production.

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