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La silphie, une culture pérenne à suivre

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Multifonction. Cette culture offre en fin d’été une masse végétale qui a d’abord intéressé la méthanisation. Des coupes plus précoces pourraient servir de fourrage d’appoint pour sécuriser les stocks. C’est en outre un refuge pour la biodiversité et notamment les abeilles © D. G.

Nouveauté. Aujourd’hui essentiellement utilisée pour la méthanisation, cette culture, qui possède de nombreux atouts, doit encore démontrer un possible intérêt comme fourragère dans les systèmes d’élevage. Des essais sont en cours.

depuis plusieurs mois, la silphie, cette grande herbacée vivace de la famille des composées (ou astéracées) qui fleurit de juillet à septembre, attise la curiosité des éleveurs et de la presse. Certains osent même le parallèle avec les débuts du maïs fourrage à la fin des années 1960. Car elle aurait toutes les vertus : potentiel de rendement exceptionnel, résistance aux aléas climatiques (sé...
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depuis plusieurs mois, la silphie, cette grande herbacée vivace de la famille des composées (ou astéracées) qui fleurit de juillet à septembre, attise la curiosité des éleveurs et de la presse. Certains osent même le parallèle avec les débuts du maïs fourrage à la fin des années 1960. Car elle aurait toutes les vertus : potentiel de rendement exceptionnel, résistance aux aléas climatiques (sécheresse, comme excès d’eau), protection du sol et de la biodiversité, etc. Nous serons plus prudents Originaire d’Amérique du Nord, la silphie connaît un succès en Allemagne avec plus de 10 000 ha implantés, mais essentiellement à destination des méthaniseurs.

Une durée de vie de quinze ans et plus

En France, on compterait déjà plus de 600 ha. Un développement qui doit à un négociant des Vosges (HADN) créa­teur de Silphie France, distributeur exclusif de la variété Abica Perfo, une silphie perfoliée intéressante pour l’agriculture. Car il existe de nombreuses variétés qui, pour la plupart, n’ont qu’une vocation ornementale. « La silphie est une culture nouvelle nécessitant une connaissance de son cycle et un suivi, que nous assurons à ceux qui se lancent avec nous », annonce Amédée Perrein, dirigeant de Silphie France. Tout d’abord, la silphie est une plante pérenne, avec une durée de vie annoncée de quinze ans, mais cela pourrait être beaucoup plus. Cette vivace ne se reproduit pas par rhizomes ou stolons. Elle est donc peu invasive. Après les premières gelées, les feuilles vont pourrir mais les racines restent vivantes dans le sol. La plante redémarre au printemps et relance ses tiges à partir du collet. « Un peu comme une rhubarbe », compare Amédée Perrein. Semée au printemps, au mois de mai, la silphie ne produira qu’en septembre de l’année suivante. La première année, elle s’implante lentement et ressemble à un colza. Le cycle de montaison ne commencera qu’au mois de mai suivant. « Pendant cette première année, le salissement peut être important, la culture n’a pas toujours fière allure et beaucoup de nouveaux planteurs s’inquiètent pour la suite, explique Amédée Perrein. Mais si le semis a été réalisé dans de bonnes conditions, que les plantes ont atteint le stade deux dicots et deux feuilles, c’est gagné. »

Un investissement de 1 800 €/ha

Les précautions de semis peuvent se résumer à un sol aussi plat que possible, une profondeur de semis entre 1 et 2 cm avec un semoir monograine, suivi d’un rappuyage afin d’assurer un contact de la graine avec l’humidité. On sème à 3 kg/ha soit 180 000 pieds avec un écartement si possible de 37,5 cm ou 50 cm maximum afin de limiter le salissement dans l’interrang. En pure, il n’y a pas de désherbage chimique possible. Le désherbage mécanique avec une bineuse est la seule option. Quand la culture est bien implantée, il est possible aussi de passer le broyeur sans dommages. Dès la deuxième année, la culture étouffe les adventices et s’auto-nettoie. Notons que l’investissement de départ est important : 1 800 €/ha, engrais starter compris. Une protection contre les attaques de limaces s’impose.

« La silphie peut se positionner dans tout type de sol mais il faut éviter les terres acides ou sinon assurer un chaulage annuel conséquent. De manière générale, la culture exprimera tout son potentiel et de façon rapide dans les meilleures parcelles, celles qui réussissent de la même façon au maïs. On peut espérer alors des rendements très élevés : 18-20 t de MS/ha. Dans des conditions­ agronomiques plus contraignantes­, elle ne fera pas de miracles, le rendement optimal n’atteindra pas ce niveau et mettra davantage de temps à s’exprimer. Pour autant, la silphie affiche une bonne résistance à la sécheresse comme aux sols hydromorphes. »

L’option sous couvert d’un maïs

Afin de ne pas perdre une année de récolte sur la surface implantée, il est possible de semer la silphie sous couvert d’un maïs. Mais il sera nécessaire de réduire la densité du semis de maïs entre 50 000 et 75 000 grains/ha et de choisir une variété très précoce à port de feuille dressé qui laisse passer davantage de lumière. On sème en alternant un rang de maïs et un rang de silphie. Les résultats ont été concluants avec un rendement de maïs qui se situe à 50-80 % d’une culture seule. « Économiquement, c’est la meilleure solution pour implanter de grandes surfaces, précise Amédée Perrein. Sur une petite surface de 1 à 2 ha, je ne conseillerai pas un couvert de maïs qui peut ralentir l’expression du potentiel de la silphie. »

En France comme en Allemagne, la silphie est le plus souvent utilisée pour alimenter les méthaniseurs. C’est un excellent co-substrat pour diversifier la ration avec un pouvoir méthanogène de 291 litres de méthane par kilo de MS, un peu moins qu’un maïs mais avec un rendement à l’hectare souvent supérieur. Autres avantages pour les agriculteurs méthaniseurs : disposer d’une culture pérenne, donc sans travail du sol, ni usage de phytos, avec un enracinement qui protège de l’érosion. Une culture qui participe à la fixation du carbone. Les fleurs de silphie attirent énormément d’insectes et notamment des abeilles. C’est une plante qui est en fleur en août et septembre, avant l’hivernage, à une période où les autres sources de nectar sont plus rares. En outre, les feuilles attachées à la tige recueillent l’eau et la rosée. « Une disposition importante de ruches aux abords d’une parcelle permet un rendement de 150 kg/ha de miel, complète Amédée Perrein. Tous ces avantages écologiques et l’absence de phyto en font une plante idéale pour les ZNT (zone de non-traitement). J’ajouterais que nous n’observons aucun dégât de gibier ni d’oiseaux. Les sangliers ne semblent pas apprécier la silphie et sa texture piquante. »

Une ou deux coupes selon la destination

Pour une destination de méthanisation, la récolte s’effectue en une seule coupe fin août début septembre à 28-30 % de MS avec des becs Kemper. Pour l’alimentation animale, Silphie France conseille deux coupes : fin juin début juillet (5 à 9 t de MS/ha), puis début septembre (3 à 5 t de MS/ha), toujours en ensilage ou en enrubannage, de préférence avec une presse à couteaux. Les premières analyses montrent une valeur UFL entre 0,70 et 0,89 avec une bonne richesse en protéines, supérieure au maïs : en moyenne 13 % de MAT.

« Des essais sont en cours sur l’introduction de la silphie dans les rations, précise Amédée Perrein. Nous les attendons pour communiquer davantage sur cet usage. On peut déjà dire que c’est un fourrage très appétent, riche en sucres solubles qui pourrait entrer dans la ration à hauteur de 30 ou 40 %. »

Dominique Grémy
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