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Foin-regain Un hiver à gérer au cas par cas selon ses stocks et ses dates de fauche

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Hors norme. Avec sa météo perturbée, 2021 a été une année très atypique pour le massif du Jura. Certains ont attaqué les regains avant même de finir les foins. Et les secondes coupes ont été faites sur des temps de repousse allant de 35 jours à deux mois, dans les extrêmes. © Jérôme Chabanne

Les producteurs de lait AOP du massif jurassien auront la satisfaction pour cet hiver d’avoir retrouvé des granges bien pleines. Devant l’abondance de vraies récoltes de foin-regain, après trois années touchées par des sécheresses plus ou moins marquées, certains en chaîne vrac ont même été amenés à botteler du fourrage déjà en tas.
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Les producteurs de lait AOP du massif jurassien auront la satisfaction pour cet hiver d’avoir retrouvé des granges bien pleines. Devant l’abondance de vraies récoltes de foin-regain, après trois années touchées par des sécheresses plus ou moins marquées, certains en chaîne vrac ont même été amenés à botteler du fourrage déjà en tas.

Mais ces périodes pluvieuses à répétition qui ont boosté la pousse de l’herbe ont leur contrepartie : des chantiers retardés et qui ont traîné en longueur. Dans le département du Jura, il faut remonter à des lustres pour retrouver un tel écart dans le début et la fin des premières coupes entre la plaine et le Haut-Jura. Et encore, à l’époque, les chaînes de récolte et les débits de chantier n’avaient rien à voir avec ce qu’ils sont aujourd’hui. « En plaine, nos tout premiers résultats d’analyse datent de la fin avril ; dans le Haut-Jura, les derniers datent de la fin août », explique Vincent Mamet, conseiller technique d’Eva Jura.

Le constat est identique sur les regains, avec du volume engrangé mais des fauches qui ont eu lieu, selon les situations, de 35-45 jours de repousse jusqu’à deux mois. Cas exemplaire de cette année atypique bou­leversée par les épisodes de pluies : sur le secteur de Salins-Nozeroy, après des premières coupes réalisées du 10 au 15 juin, des producteurs profitant de fenêtres de tir resserrées pour faucher ont fait le choix de récolter des deuxièmes coupes avant de finir leurs foins.

Globalement, des foins fibreux et pauvres en MAT

Avec des foins globalement retardés, réalisés cette année au 30 mai pour les 25 % les plus précoces, et au 30 juin pour les 25 % les plus tardifs, on retrouve en moyenne sur le Jura, sans surprise, des foins fibreux (30,3 % de cellulose brute) avec beaucoup de NDF (fibres fermentescibles à digérer), à 607 de moyenne. Ce qui se ressent sur la diges­tibilité, à seulement 59,5 de dMO, et la valeur énergétique, à 0,75 UFL (Inra 2018).

Le printemps froid n’a pas aidé à la minéralisation, les sols voient donc leur valeur azotée pénalisée. La MAT pointe à 8,4 %, loin du 10,3 % de MAT de 2020, mais plus proche des foins moyens récoltés en 2018 (8,4 %) et 2019 (8,5 %).

Derrière toutes ces moyennes se cache une forte hétérogénéité des valeurs des foins analysés : 27,5 à 33,3 % de cellulose brute, 568 à 667 de NDF, 55,8 à 63,1 de dMO, 0,64 à 0,75 UFL et 6,8 à 10,4 % de MAT. En plaine et sur les plateaux (de 400 à 700 m), la MAT moyenne plonge à 7,7 %. Le secteur de Salins-Nozeroy et le Haut-Jura s’en tirent mieux, à 9,8 % et 9,4 de MAT.

Dans le Doubs, on retrouve cette forte variabilité des valeurs sur les foins : 9 % de MAT en moyenne, allant de 6,4 à 12,8 %, et 0,78 UFL, de 0,71 à 0,89 UFL (Inra 2018). « Mais dans la majorité des cas, il faudra travailler­ avec un foin plus fibreux que l’an dernier (30 % de cellulose), beaucoup de NDF (600) et une digestibilité pénalisée par le niveau d’UFL moindre qui va avec », observe Louise Crépeau, de Conseil Élevage 25-90.

Des regains encore plus hétérogènes que les foins

On observe une hétérogénéité tout aussi forte – sinon plus – sur les regains, liée aux jours de repousses. Dans le Jura, on balaye large entre régions naturelles, autour d’une moyenne de 534 de NDF, 66,8 de dMO, 13,2 % de MAT et 84 de PDI (Inra 2018). En plaine, où les temps de repousse ont été longs, on se retrouve avec des stocks de regain importants mais plus proches en valeur de foin. Ils y titrent 569 de NDF, 10,5 % de MAT et 74 de PDI. A contrario, dans le Haut-Jura, on a récolté du regain beaucoup plus explosif pour la panse, à 466 de NDF, 16,7 % de MAT et 97 de PDI. Même constat de grande variabilité sur les regains récoltés dans le Doubs. « Dans ce contexte, un état des lieux précis des différents stocks de foin-regain, au cas par cas selon les dates de fauche et leur qualité, s’impose pour alimenter les troupeaux cet hiver », résume Vincent Mamet. « Plus que jamais, un bilan fourrager et surtout des analyses de fourrages sont nécessaires pour travailler juste », renchérit Louise Crépeau. En effet, selon les situations, le potentiel de production laitière sera très variable, notamment à cause de ce regain précoce, « explosif », ou plus tardif – dit « volume » –, à la digestibilité moindre.

« Du blé ou triticale à petite dose pour lancer la panse »

Avec les fourrages globalement assez fibreux et de valeur énergétique­ moyenne, Vincent Mamet conseille de « jouer des sources d’énergie de type orge-maïs, avec plus d’orge que de maïs ». Et pour ceux qui auront à utiliser des fourrages tardifs, il propose, pour lancer la panse, de miser à petite dose sur des sources plus rapidement fermentescibles, de type blé ou triticale.

Sur ces fourrages faibles en MAT et moyennement digestibles, il conseille aussi d’assurer les apports d’azote soluble. Attention donc, à ses yeux, aux complémentaires bon marché. « Intéressez-vous de près à leur composition, explique-t-il. Vigilance aussi sur le recours à des tourteaux peu digestibles (de type tournesol), sur des fourrages qui ne le sont pas non plus. »

Dans les rares situations où l’on aura du foin peu fibreux (il y en a eu de fait dans le Doubs fin mai-début juin, à plus de 500 m) associé à ce regain « explosif », Louise Crépeau suggère de « surveiller l’ingestion, fractionner les apports de céréales voire de sécuriser, si besoin est, la ration, en incorporant de la pulpe ».

Raisonner le lait à produire jusqu’à la fin de la campagne

Afin de limiter la facture à payer avec ces foins peu digestibles, dans le contexte particulier d’un marché des matières premières qui devrait rester tendu jusqu’au printemps, avec à la clef des concentrés assez coûteux, Vincent Mamet propose de raisonner globalement son lait à produire jusqu’à la fin de la campagne laitière. En effet, il y a d’un côté un cheptel confortable, avec ce marché de l’export de génisses montbéliardes qui patine ces derniers temps. De l’autre, il y a des stocks fourragers importants. Son conseil : « Si vous avez de l’avance sur votre production annuelle, pensez à lever le pied cet hiver. » Il est vrai que cette année, même en zone séchante, l’herbe a poussé et les vaches ont trait. « Et mieux vaut le faire tôt, afin que les vaches repartent bien en avril, que de freiner fort en fin d’hiver et avoir des difficultés à relancer les animaux. »

Jean-Michel Vocoret
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