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Comment détruire une prairie sans labour ni glyphosate ?

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Charrue déchaumeuse. Elle limite le temps de travail et les coûts par rapport au labour classique. Un passage complé­mentaire à la herse rotative a toutefois été nécessaire pour l’essai à la Ferme des Bordes en 2021. © Arvalis

Projet PraiGly. Trois années de recherches et d’expérimentations pour tenter d’identifier des outils et itinéraires alternatifs aux méthodes classiques de destruction des prairies viennent de s’achever. Sans aboutir à une recette miracle, les travaux réalisés apportent des pistes et des recommandations.

Pour rénover une prairie dégradée ou implanter une nouvelle culture à sa suite, les éleveurs ont le plus souvent recours au labour. Dans le cas de techniques culturales simplifiées, la destruction du couvert en place nécessite très souvent un désherbage total à base de glyphosate, très efficace sur graminées. Toutefois, l’usage de cet herbicide est sur la sellette. Quant au labour, il n’est pas adapté...
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Pour rénover une prairie dégradée ou implanter une nouvelle culture à sa suite, les éleveurs ont le plus souvent recours au labour. Dans le cas de techniques culturales simplifiées, la destruction du couvert en place nécessite très souvent un désherbage total à base de glyphosate, très efficace sur graminées. Toutefois, l’usage de cet herbicide est sur la sellette. Quant au labour, il n’est pas adapté à tous les types de sols ou n’est volontairement plus pratiqué par certains agriculteurs (démarche de conservation des sols contre l’érosion, préservation de la vie du sol, réduction des coûts mécaniques).

C’est dans ce contexte qu’a été imaginé le projet PraiGly piloté par Arvalis de 2019 à 2022, en partenariat avec l’Institut de l’élevage, la ferme expérimentale de La Blanche Maison (chambres d’agriculture de Normandie) et l’AFPF (Association francophone pour les prairies et les fourrages). Son objectif était d’identifier et d’évaluer des solutions alternatives à la fois au glyphosate et au labour, adaptées à des systèmes variés et reproductibles dans différents contextes.

Après une première phase d’enquête auprès de dix agriculteurs appartenant au réseau des fermes Dephy (voir encadré, page 35), une dizaine d’itinéraires techniques ont été testés dans cinq fermes expérimentales : La Blanche Maison dans la Manche (limon argileux), Bignan et Moréac dans le Morbihan (limon sableux sur schiste), La Jaillière en Loire-Atlantique (limon argilo-sableux sur schiste), Jeu-les-Bois dans l’Indre (sable argilo-limoneux) et Saint-Hilaire-en-Woëvre dans la Meuse (argile limoneuse).

À la ferme expérimentale des Bordes à Jeu-les-Bois, trois outils de destruction mécanique ont été comparés en 2021 (voir tableau) : les interventions ont eu lieu le 28 juillet. La charrue déchaumeuse et l’outil à dents équipé d’ailettes ont été suivis d’un passage de herse rotative le 4 août ; sachant que l’outil à dents et ailettes avait nécessité deux passages, le premier n’ayant pas permis de scalper la totalité de la surface. La modalité rotavator a, quant à elle, été suivie d’un passage au Canadien le 15 septembre. Les ingénieurs du projet PraiGly soulignent l’importance, de manière générale, d’observer le travail réalisé par les outils afin d’optimiser le nombre et le type de passages et de réduire les coûts.

Charrue déchaumeuse et outil à dents et ailettes se distinguent

Ces trois outils ont globalement permis une destruction satisfaisante du couvert prairial avant un nouveau semis, en comparaison des témoins labour et glyphosate. Toutefois, les notations de salissement le 4 octobre (deux semaines après le semis), à la levée de la nouvelle prairie, montrent un salissement important de la modalité rotavator alors que la destruction était complète et le sol bien préparé. « La charrue déchaumeuse se présente comme une alternative intéressante : son débit de chantier est meilleur qu’une charrue classique pour une efficacité proche, commente Carole Gigot d’Arvalis. Elle nécessite toutefois un passage complémentaire avec un outil permettant de secouer les mottes et séparer la terre des racines. »

Une comparaison d’outils a également été réalisée à la station Arvalis de Moréac au printemps 2021 pour la destruction d’une prairie avant un semis de maïs. Le rotavator a réalisé un travail complet en un seul passage superficiel ; son inconvénient est le débit de chantier et le besoin de puissance. Avec le Dynadrive, la répétition des passages améliore nettement l’efficacité, mais alourdit le temps de traction et la consommation de carburant. Avec le déchaumeur à dents avec ailettes, il faut prévoir une reprise avec un outil capable de secouer les bandes découpées (herse rotative). Enfin, le déchaumeur à disques indépendants nécessite au moins trois passages, si possible croisés, pour une efficacité inférieure aux autres options. Parmi ces quatre alternatives au labour et au glyphosate, le déchaumeur à dents avec ailettes présente dans cet essai les meilleurs résultats en temps de traction (3,5 heures/ha) et en matière de consommation de carburant (57 litres/ha).

La rénovation améliore le rendement et la part de légumineuses

En parallèle de la comparaison d’outils, des itinéraires techniques alternatifs ont été mis en œuvre pour la rénovation des prairies. Sur la station de Saint-Hilaire-en-Woëvre, dans la Meuse, les modalités testées en 2019 et 2020 étaient le désherbage électrique suivi d’un travail superficiel au déchaumeur à disques indépendants ; le semis sous couvert de méteil (triticale et pois) après destruction par deux passages de déchaumeur à disques ; le semis d’automne après destruction superficielle par deux passages de déchaumeur à disques ; le semis d’automne après un colza fourrager (semé en mai sans labour après destruction par un passage au déchaumeur à disques).

L’ensemble des itinéraires a permis d’améliorer le rendement de la prairie initiale et la part de légumineuses. L’augmentation de rendement a été constatée dès le cycle de printemps pour le semis sous couvert de méteil (cycle d’été pour les autres modalités). De plus, ce semis sous couvert, ainsi que le semis après colza fourrager montrent un réel effet de concurrence vis-à-vis des adventices. En revanche, le semis après désherbage électrique et destruction superficielle tend à favoriser le développement d’adventices dès l’installation de la prairie. D’après Didier Deleau d’Arvalis, « le semis de prairie sous couvert de méteil est une véritable alternative pour faire face aux difficultés d’implantation en fin d’été ». À condition de réduire d’un tiers la dose de semences du méteil pour limiter la concurrence, la jeune prairie s’implante bien. Elle est propre et productive dès la récolte du méteil au printemps. Cette technique permet la production d’un fourrage supplémentaire pour le coût de préparation de sol d’une seule culture.

L’agrostide régresse mais reste présent

Dans les essais de la station expérimentale de La Blanche Maison en Normandie, en 2019 et 2020, l’objectif de la rénovation était d’améliorer la productivité de la prairie en optimisant sa composition floristique. Il s’agissait notamment de détruire l’agrostide stolonifère, une graminée de faible valeur fourragère colonisant naturellement certaines prairies et appauvrissant le fonds prairial. Cependant, aucune des modalités testées (semis direct sans glyphosate, semis d’automne après un ou deux passages de travail du sol superficiel, semis de fin d’été après un colza fourrager semé en mai avec ou sans labour) n’a permis d’améliorer le potentiel productif de la prairie suite à sa rénovation. La proportion d’agrostide régresse avec plus ou moins d’efficacité mais reste toujours présente et regagne du terrain dans les années suivantes.

Les méthodes avec glyphosate ou avec labour apportent les meilleurs résultats, tandis que le semis direct sans utilisation préalable de glyphosate est significativement moins efficace. D’après les ingénieurs du projet, ces itinéraires mettent en évidence la difficulté de la rénovation prairie sur prairie. Pour plus d’efficacité, il leur semble plus judicieux de créer une rupture avec la réintroduction de cultures annuelles.

Nathalie Tiers*

(*) D’après les synthèses et articles réalisés à l’issue du projet PraiGly disponibles sur les sites d’Arvalis, d’Idele et de l’AFPF. Résultats complets sur www.idele.fr.

Comparaison d’outils de destruction mécanique (Ferme des Bordes en 2021)
Analyse multicritères SysterreTémoin glyphosate (+2 passages canadien)Témoin labourCharrue déchaumeuseDéchaumeur à dents et ailettesRotavator
Temps traction (h/ha)2,92,62,63,33,2
Nombre de passages54454
Carburant (l/ha)4842385050
Charges mécanisation (€/ha)131134144159142

Source : Projet PraiGly

NB : Le nombre de passages inclut un gyrobroyage préalable afin d’intervenir sur un couvert ras ainsi que le semis de la culture suivante. Les charges de mécanisation prennent en compte l’amortissement, les frais financiers, l’entretien et la réparation, la consommation de fioul, la location du matériel.

Dents avec ailettes. Pour un scalpage efficace, le déchaumeur à dents doit être équipé de socs à pattes d’oie ou ailettes. © arvalis
Dynadrive. C’est un outil auto-animé avec deux rotors à axe horizontal et dents droites. Entraîné par le mouvement du tracteur, il travaille le sol jusqu’à 10 cm de profondeur. © Arvalis
Rotavator. Il réalise un travail complet en un seul passage superficiel. Son inconvénient est le débit de chantier et le besoin de puissance. © Arvalis
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