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« On fait du lait bio sans acheter de concentrés »

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François et Jean Martineau, les deux frères associés, estiment que le nouveau système, outre ses avantages techniques et économiques, leur permet de bénéficier de plus de liberté. © N. Tiers

Autonomie. Pour passer à l’agriculture biologique, le Gaec Les Aventuriers a abandonné ensilages et tourteau de colza au profit d’herbe pâturée et enrubannée avec du maïs épi. Dès la première année de conversion, ses charges ont diminué de 100 000 euros.

«Nous en avions ras le bol de faire toujours plus, de devoir nous équiper davantage, et d’avoir un rythme de travail élevé. Nous sommes allés voir des éleveurs dégageant du revenu avec moins de production, et bien dans leur tête. Nous avons pris conscience que nous fonctionnions à l’envers. Par ailleurs, notre laiterie cherchait des producteurs bio, et il y avait des aides à la clé : nous nous sommes lancé...
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«Nous en avions ras le bol de faire toujours plus, de devoir nous équiper davantage, et d’avoir un rythme de travail élevé. Nous sommes allés voir des éleveurs dégageant du revenu avec moins de production, et bien dans leur tête. Nous avons pris conscience que nous fonctionnions à l’envers. Par ailleurs, notre laiterie cherchait des producteurs bio, et il y avait des aides à la clé : nous nous sommes lancés. » François et Jean Martineau, les deux frères associés du Gaec Les Aventuriers, à Beaulieu-sous-la-Roche, en Vendée, ont radicalement changé de cap en 2015. Cinq ans plus tard, ils ont atteint 100 % d’autonomie alimentaire et doublé leur revenu disponible.

En suivant un programme intensif de formation au pâturage (Civam Grapea, PâtureSens), les éleveurs ont opéré une transformation rapide de leur système fourrager. En un an, ils implantent des prairies, installent des clôtures et des lignes d’eau afin d’obtenir 60 hectares de pâturage destiné aux vaches laitières. Parmi les aménagements, la réalisation d’un chemin bétonné de 400 mètres de long, qui améliore les accès, permet de gagner deux semaines de pâturage au printemps et deux semaines à l’automne. L’opportunité de reprise et de regroupement de terres autour du siège d’exploitation favorise aussi la transition. « Nous faisions déjà du pâturage mais nous le maîtrisions mal, indique François. Notre système était basé sur l’ensilage de maïs et d’herbe, et le tourteau de colza toute l’année. Désormais, les vaches pâturent de février à novembre, dont trois mois exclusivement. Nous complétons le reste du temps avec de l’enrubannage d’herbe et du maïs épi. Le Dac et la mélangeuse ont été revendus. »

Investir dans le matériel de récolte

L’abandon de l’ensilage a été motivé notamment par l’absence de voisins ayant encore recours à ce mode de récolte, associée à la baisse d’activité de la Cuma locale. De plus, François et Jean Martineau souhaitaient réaliser de petites coupes d’herbe plus fréquentes afin d’améliorer la qualité des fourrages (cinq à six coupes par an). Ils ont donc décidé d’acquérir leur propre matériel de récolte de façon à ne pas avoir de problème de disponibilité. Ils ont opté pour une enrubanneuse en continu conditionnant 600 bottes de foin à l’année.

En ration d’hiver, la distribution se fait deux fois par semaine : 10 bottes le lundi, pour trois jours, 14 bottes le jeudi, pour quatre jours. Le maïs épi (qui a remplacé les 40 hectares d’ensilage) est distribué quant à lui chaque jour, sauf le dimanche : riche en énergie, il complète bien l’enrubannage d’herbe jeune et permet le retour au champ des cannes.

Les prairies fauchées sont composées de trèfle violet, luzerne et ray-grass hybride, tandis que celles consacrées au pâturage comprennent ray-grass anglais et trèfle blanc. « C’est l’association la plus facile à gérer, notamment pour constituer des stocks sur pied qui apportent de la souplesse, observent les éleveurs. Sur nos terres profondes, le ray-grass anglais ne souffre pas de la sécheresse. Nous avons essayé les prairies multi-espèces, mais c’était compliqué de faire manger aux vaches l’herbe stockée sur pied. De même, la chicorée n’est pas adaptée à notre méthode de pâturage qui comprend des cycles longs, de 50 à 60 jours en été. » La surface pâturée quotidiennement est de 1 à 1,10 hectare. Les parcelles les plus grandes comptent 4 ha et sont gérées au fil avant. Les besoins en paille sont couverts par 15 ha de méteil triticale-pois. Pour le moment, en l’absence d’équipement de stockage et broyage des graines, celles-ci sont vendues, au prix de 300 euros la tonne pour le triticale et 400 euros la tonne pour le pois. Le rendement oscille entre 15 et 40 quintaux par hectare selon les années. Du côté du troupeau, les éleveurs travaillent avec des animaux croisés : prim’holstein, jersiaise, rouge suédoise, simmental suisse.

En moyenne 16 litres par vache et par jour

Leur objectif est d’améliorer la rusticité et la capacité d’adaptation, ainsi que les taux protéique et butyreux, et la reproduction. Les vêlages sont groupés de septembre à mars, de façon à mettre tout le troupeau dehors à la mise à l’herbe. La semence sexée est utilisée sur les premières vaches manifestant leurs chaleurs, ce qui permet d’obtenir un lot précoce et homogène de 25-30 génisses. Les inséminations suivantes se font en race blanc bleu belge, puis à l’aide d’un taureau charolais une fois qu’elles sont à l’herbe. Un taureau limousin est utilisé pour les génisses. Le Dal a lui aussi été abandonné et les veaux sont désormais élevés sous des vaches nourrices en fin de carrière.

Avec la réorientation du système, la production laitière est passée de 7 500 à 4 700 litres par laitière. « Sans apport de concentré, nos vaches produisent en moyenne 16 litres de lait par jour, constatent les éleveurs. Dès la première­ année de transition, nous avons perdu 50 000 euros de produits. Mais en vis-à-vis, nous avons réduit de 100 000 euros les charges, dont 60 000 à 70 000 euros de concentrés et 30 000 euros d’engrais et traitements. Nous vendons désormais notre lait bio 510 euros la tonne, pour un prix de base de 487 euros. »

« Nous avons moins de pression au travail »

En mars 2021, le Gaec Les Aventuriers est arrivé au terme des cinq années d’aides financières. D’un montant de 30 000 euros par an, auxquels se sont ajoutés 20 euros pour 1 000 litres versés par la laiterie pendant les deux années de conversion, elles ont constitué « une sécurité au début, le temps de maîtriser son système », estiment les associés. Aujourd’hui, François et Jean Martineau­ souhaitent maintenir un EBE de 200 000 euros dans l’objectif d’installer un troisième associé. Cela pour réduire la charge de travail et les week-ends d’astreinte, et anticiper la transmission. « Nous avons encore deux exercices avec 90 000 euros d’annuités, avant de passer à 45 000 puis 20 000 euros. Nous avons peu d’investissements à prévoir. Aujourd’hui, nous avons moins de pression au travail, nous prenons davantage de liberté. De mars à septembre, les week-ends commencent dès le vendredi soir. Nous prenons une semaine de vacances supplémentaire l’été, et plus facilement des demi-journées dans l’année. Il nous arrive même, à certaines périodes, de ne pas effectuer la traite le dimanche soir. Cette façon de travailler peut donner davantage envie aux jeunes de s’installer. »

Nathalie Tiers
Un revenu disponible doublé en cinq ans
20152019 2020
SAU (ha)135169169
Nombre de vaches110120110
Lait produit (l)740 000465 000520 000
Concentrés (g/l)174300
Coût alimentaire (€/1 000 l)1357947
EBE/UTH72 50093 500105 000
Annuités/UTH38 50045 00045 000
Revenu disponible/UTH34 000 48 50060 000
Source : Civam Grapea.
p Le bâtiment. Les éleveurs travaillent avec des animaux croisés dans le but d’améliorer leur rusticité et leur capacité d’adaptation, ainsi que les taux et la reproduction. © N.T.
L’enrubannage. Afin de conditionner les 600 bottes par an dont ils ont besoin, les éleveurs ont opté pour une enrubanneuse en continu. © N. T.
p Vaches nourrices. Le Dal a été abandonné et les veaux sont désormais élevés sous des vaches nourrices en fin de carrière. © N. T.
p Prairies. indiquent les deux éleveurs. © N. T.
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