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Affourager en vert n’est pas sans risques

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Acidose. Une herbe qui « change » du jour au lendemain, se révélant riche en sucres mais manquant d’azote, et en quelques jours, le troupeau a basculé en acidose.

Les sécheresses à répétition ont conduit, dans notre secteur, nombre d’élevages à faire de l’affouragement en vert la base de la ration depuis avril. Cette option, en apportant une herbe riche en sucres et en azote et pleine de vitamines, se révèle très intéressante pour le troupeau. Mais elle comporte aussi ses risques avec l’évolution, qui peut être rapide, de la composition de la plante...
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Les sécheresses à répétition ont conduit, dans notre secteur, nombre d’élevages à faire de l’affouragement en vert la base de la ration depuis avril. Cette option, en apportant une herbe riche en sucres et en azote et pleine de vitamines, se révèle très intéressante pour le troupeau. Mais elle comporte aussi ses risques avec l’évolution, qui peut être rapide, de la composition de la plante en fonction de la météo et du stade végétatif. Les valeurs alimentaires du fourrage ainsi récolté peuvent changer du tout au tout en quelques jours.

En 3 jours, chute brutale du lait de 2 kg/VL/j

Un troupeau de prim’holsteins, mené avec une ration à base de ray-grass en vert, drèche de brasserie (environ 1,5 kg de MS/VL/j), farine d’orge (environ 1,8 kg de MS) et 100 g de minéral, l’a, cette année, appris à ses dépens. Du jour au lendemain, le lait chute en 3 jours d’environ 2 kg par vache. Des diarrhées abondantes apparaissent et plusieurs bêtes se mettent à tituber. Une des vaches qui a du mal à tenir debout est examinée et des prélèvements sont effectués sur d’autres pour poser un diagnostic de certitude. La vache à terre, à plus de 6 mois de gestation, ne présente pas de fièvre, a une importante diarrhée nauséabonde, un rumen qui tourne à peine mais des intestins très actifs. Le reste de l’examen clinique de base est normal et ceux complémentaires révèlent une vache en légère hyperglycémie (0,7 mg/dl), sans corps cétonique et avec des urines très acides (pH < 6,5). Son aspect chancelant et sa difficulté à tenir debout conduisent à faire une prise de sang et un dosage du calcium sanguin qui se révèle largement en dessous des normes. La vache était bien en fièvre de lait en plus de ses autres problèmes. Les autres vaches prélevées présentent une glycémie haute (entre 0,6 et 0,7), des urines à pH relativement bas (entre 7,5 et 7,8) malgré l’absence de signes cliniques visibles. L’urée dans le lait s’est également effondrée, avec un niveau passant sous les 100 g/l depuis quelques jours. La rumination du troupeau n’est pas non plus au beau fixe. Les vaches observées sont très en dessous de 60 coups de mâchoires pour un bol régurgité. Ce serait tolérable pour une vache au pré ingérant sa ration sur plusieurs heures en l’imprégnant de salive riche en bicarbonate, mais c’est amplement insuffisant pour des bêtes qui ingèrent leur ration en 2 ou 3 repas dans la journée. Une analyse rapide du jus de ray-grass avec un réfractomètre confirme que ce dernier est riche en sucres (environ 11 à 12 Brix), malheureusement les données cliniques font suspecter une insuffisance d’azote ne permettant pas aux bactéries du rumen d’utiliser les sucres… Le diagnostic est posé, le troupeau a basculé en acidose en quelques jours avec une ration qui pourtant n’avait apparemment pas changé sur le papier !

Le pourquoi de ces vaches en hypocalcémie ?

Le lait est un aliment très riche en calcium, celui-ci devant être chez la vache en apport constant et important. De plus, le magnésium est un élément fondamental dans le métabolisme du calcium et la jeune herbe de printemps en est souvent dépourvue. Une ration très fournie en légumineuses permet normalement de s’affranchir d’une partie des apports par le CMV car elles sont très riches en calcium, même si seulement 30 % est absorbable. Mais les légumineuses, contrairement à l’habitude, sont devenues très rares dans le fourrage apporté ce printemps de cet élevage et l’état d’acidose accompagné d’entérite (diarrhée) a également diminué l’absorption du calcium et du magnésium de la ration.

Les solutions proposées

Dans l’urgence, 200 g de bicarbonate a été apporté à la ration avec un ajout de fibres grossières (foin grossier). L’idéal serait de ramener de la protéine rapidement soluble dans le rumen, par exemple sous forme de tourteau de colza ou, pourquoi pas, avec un peu d’urée pour permettre l’utilisation de l’excès de sucres. Et bien sûr, il faut remonter la part du minéral pour couvrir les besoins en calcium et en magnésium.

Edwige Bornot, vétérinaire en Côte-d’Or (Les Vétérinaires d’Alésia)
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