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À 18 mois, elle perd l’utérus

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Les intestins du veau sont sortis. © A.Blandin

Chirurgie. Dans les cas les plus graves, l’opération vétérinaire réalisée directement en ferme est parfois une solution efficace.

Début juin 2021, dans notre belle campagne du nord des Côtes-d’Armor, dans un élevage historiquement mixte avec un atelier laitier en race montbéliarde et allaitant en race parthenaise, l’éleveur m’appelle en fin de journée pour un vêlage difficile sur une génisse parthenaise de seulement 18 mois : « La matrice sort un peu, le travail a commencé depuis ce midi, je ne sais pas comment le veau...
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Début juin 2021, dans notre belle campagne du nord des Côtes-d’Armor, dans un élevage historiquement mixte avec un atelier laitier en race montbéliarde et allaitant en race parthenaise, l’éleveur m’appelle en fin de journée pour un vêlage difficile sur une génisse parthenaise de seulement 18 mois : « La matrice sort un peu, le travail a commencé depuis ce midi, je ne sais pas comment le veau se présente. »

Le veau a perforé la matrice et se trouve dans la cavité abdominale

J’arrive sur place une bonne demi-heure plus tard. L’éleveur, qui n’a pas fouillé la génisse, me précise qu’elle s’est fait saillir par un broutard juste avant le sevrage. Elle est couchée dans le box et déjà quelque­ chose d’anormal saute aux yeux lorsqu’elle se lève : ce qui était pour l’éleveur la matrice semble être de loin des intestins (photo u)… de veau, je l’espère.

Nous bloquons la génisse au cornadis. La fouille vaginale confirme mes premières impressions, les intestins sont bien ceux d’un veau. En revanche­, la palpation me laisse perplexe : les côtes sont très palpables, à la différence de la tête qui semble être sous une épaisse couche que je n’arrive pas à percer à la main, seule une patte est atteignable à bout de bras et impossible à replier. Ce veau est malformé et ne sortira pas par voies naturelles.

Une césarienne pour sortir le veau malformé

Sans attendre, nous décidons donc de faire une césarienne.

La génisse ayant tendance à pousser, une injection de clenbutérol est réalisée afin de réduire les contractions uté­rines. Une anesthésie traçante et quelques incisions plus tard, nous voilà de nouveau confrontés­ à ce veau plus rapidement que prévu : nul besoin d’inciser l’utérus, le veau a perforé la matrice et se trouve dans la cavité abdominale. Malgré les contractions abdominales qui font sortir le rumen par la plaie, le veau est extériorisé : la cavité thoracique est à l’air libre, seules trois pattes­ recroquevillées partent de cet avorton dont on ne voit pas de tête (photov).

Mais l’urgence n’est plus là, nous revenons donc inspecter la vache : la rupture utérine est multifocale et large jusqu’à la base du col. Étant donné les dégâts sur la matrice occasionnés par cette fin de gestation atypique, assurer son étan­chéité me semble compliqué. L’éleveur le voit très bien lorsque je lui montre les perforations.

Amputation et ligature de l’utérus

La balance bénéfices-risques étant selon moi en faveur d’une autre solution que celle de suturer la matrice, je lui propose­ une hystérectomie (amputation de l’utérus) pour donner à cet animal le plus de chance de s’en sortir, ce qu’il accepte.

J’explique alors à l’éleveur qu’il va devoir tirer par voie vaginale sur la matrice de façon à l’éverser­ pour l’extérioriser. La manœuvre a tendance à redéclencher les contractions, le rumen prend de nouveau ses aises pour s’échapper par la plaie. On inverse rapidement les rôles en ayant bien pris soin de se nettoyer et désinfecter les bras. Par voie vaginale, et le bras engagé dans la grosse perforation utérine, j’éverse l’utérus qui met bien cette plaie en évidence. Vient ensuite le moment de refermer la paroi abdominale. Exceptionnellement, j’administre juste avant une spécialité antibiotique à base de benzylpénicilline et dihydrostreptomycine par voies intrapéritonéale puis intramusculaire, afin de protéger la vache d’une infection.

La matrice, maintenant éversée, nous laisse voir facilement la balafre qui remonte jusqu’au­ col (photo w).

Une vérification rapide de l’absence d’organes dans la matrice (vessie, intestins) permet de passer à l’étape principale : la ligature de l’utérus. Pour ce faire, nous avons utilisé environ 80 cm d’un lien en caoutchouc à section carrée désinfecté. Passé sous l’utérus pendant vers le sol, le lien est glissé juste en arrière du col où un premier nœud simple est apposé dorsalement. L’éleveur et moi exerçons une traction progressive à partir de la base du nœud. Tout en gardant la tension, un autre tour est réalisé pour pouvoir apposer un autre nœud plat au même endroit suivi de 3 ou 4 autres par-dessus. Un autre lien sera utilisé pour reconduire cette étape juste en arrière de la première­ ligature. La section de l’organe est faite et ne laissera qu’un petit moignon (photo x) qui sera repoussé doucement, ni vu ni connu. La vache recevra 8 ml en sous-cutané d’une spécialité anti-inflam­matoire à base de méloxicam 40 mg/ml à renouveler trois jours plus tard. Le traitement antibiotique sera poursuivi pendant quatre­ jours.

Des causes inconnues

Les hostilités passées, nous regardons de plus près l’avorton. Un coup de scalpel libérera le liquide amniotique et mettra à nue la tête (photo y) enveloppée sous la peau éversée­. C’est cette couche qui m’empêchait d’accéder à la tête. Ce type de malformation est appelé veau cœlosomien ou schistosomus reflexus. La colonne vertébrale est incurvée­ à tel point que la tête touche l’arrière-train.

Le veau est comme plié en deux, l’abdomen est ouvert et les viscères sont à l’air libre.

Parfois, comme dans notre cas, le corps se retrouve enfermé par la peau qui le recouvre. La cause et les facteurs de risque­ ne sont pas connus. Une des hypothèses est un arrêt du développement de l’amnios qui laisserait le fœtus sous pression ou encore une torsion de la colonne vertébrale­.

Une semaine plus tard, l’éleveur a bien suivi le traitement et tout semble aller pour le mieux (photo z).

Au mois de février 2022, la génisse est toujours dans le troupeau. Depuis mes débuts de praticien, il y a un an, c’était pour moi une première.

Le veau malformé a déchiré la matrice.
Le renversement manuel de la matrice laisse voir une large déchirure.
La fin de l’opération laisse un petit moignon apparent.
L’avorton présentant cette malformation est appelé cœlosomien.
Huit mois plus tard, la génisse est toujours dans le troupeau.
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