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En ordre de marche pour résister

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Bruno Lambert et son associé Alain Bergey, © j.pezon

Inflation. Aliments, énergie, engrais, mais aussi acier ou main-d’œuvre. Alors que tout coûte plus cher, trois éleveurs nous livrent leur réflexion sur les adaptations qu’ils prévoient.

déjà repartie en 2021, la hausse des prix des matières premières est montée d’un cran depuis l’invasion de l’Ukraine. Le prix du lait peine à couvrir ces charges. Comme ceux des grains, les cours des vaches de réforme sont au plus haut. Dans ce contexte­, les éleveurs n’ont-ils pas intérêt à se détourner partiellement du lait ?
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déjà repartie en 2021, la hausse des prix des matières premières est montée d’un cran depuis l’invasion de l’Ukraine. Le prix du lait peine à couvrir ces charges. Comme ceux des grains, les cours des vaches de réforme sont au plus haut. Dans ce contexte­, les éleveurs n’ont-ils pas intérêt à se détourner partiellement du lait ?

Changer de stratégie semble très risqué 

Éleveur à Taillis (Ille-et-Vilaine), Pierre-Yves Macé estime que dans une période de forte instabilité, il ne faut surtout pas changer de stratégie. Il produit seul 660 000 l de lait avec 61 vaches en traite robotisée. Au-delà de la hausse des coûts alimentaire et de l’énergie, il anticipe une forte progression des charges de structure. « J’ai investi dans la génétique et mes vaches produisent 11 000 l. Avec 4 ha de luzerne, déshydratée dans une usine à proximité, et en étant vigilant sur la qualité des fourrages, je réduis mes besoins en correcteur azoté », précise-t-il. Il achète néanmoins des aliments sophistiqués dont il vérifie l’efficacité. Fidèle à son fournisseur Nutréa, il bénéficie de meilleurs prix. Il ne va pas bouleverser un système qu’il maîtrise très bien. Pierre-Yves garde l’œil rivé sur sa marge sur coût alimentaire et a besoin de produire sa référence. S’il diminue la complémentation en raison de son prix, il lui faudra plus de vaches pour y parvenir. Ce n’est pas rentable et les performances de reproduction en pâtiraient. Pierre-Yves vend beaucoup de vaches en production et peu de réformes. Il constate que de plus en plus d’éleveurs manquent de renouvellement et cherchent des femelles. Pas question, donc, de revoir ses pratiques sur ce plan. Il réfléchit cependant à une adaptation : produire un peu plus de luzerne et en faire des granulés.

« Je n’ai pas prévu de lever le pied sur la complémentation »

Chez Daniel Blachon, en Haute-Loire, l’heure n’est pas non plus à faire des économies sur l’alimentation des vaches laitières. D’autant plus que la récolte fourragère 2021 a été plutôt bonne en quantité et en qualité.

De plus, étant situé en zone de montagne, la ration distribuée à l’auge à son troupeau est moins dépendante des achats de tourteau : un tiers de maïs ensilage + deux tiers d’ensilage d’herbe complétés par 1,7 kg de tourteau de soja, 2 kg de céréales et 1 kg de pulpe déshydratée. Grâce à des commandes groupées de matières premières par semi-remorque réalisées en commun avec six autres éleveurs, il est encore couvert en soja au prix de 412 €/t pour mars-avril, puis à 392 € en mai et juin. À partir de juillet, en revanche, fini les contrats, pour faire place à des achats au gré des besoins du troupeau. « Les fournitures en maïs grain et en pulpe sont également couvertes par des contrats annuels à prix fixe passés en début de campagne. Je n’ai donc pas prévu de lever le pied sur la production laitière en prenant le risque de déséquilibrer la ration. » Au contraire, Daniel profite actuellement d’une part plus importante de volume B chez Sodiaal (> 10  %). Sa dernière paie de lait s’élève ainsi à 443 €/1 000 l. De la même manière, il profite du prix intéressant des réformes. « Les trois dernières vaches ont été vendues au prix de 4,40 €/kg. Pour le moment, cette situation permet de faire face à la hausse du prix des intrants. Dans tous les cas, à près de 1 000 mètres d’altitude, il n’est pas question de retourner des prairies pour produire des céréales. »

« La question de la pérennité du troupeau se pose »

En Haute-Saône, sur 823 ha de SAU, les huit associés du Gaec Vivieroche sont dans une logique d’optimisation de tous les postes de la ferme. Dans une stabulation de 180 places, ils produisent 2 millions de litres de lait avec un troupeau montbéliard, à partir d’une ration riche en aliments complémentaires (4 kg de correcteur, blé floconné, acides aminés…) qui autorise une productivité supérieure à 11 000 l par vache. En cours depuis deux ans, le semis de prairies temporaires trouve aujourd’hui tout son sens. « Pour la première année, nous devrions pouvoir distribuer un ensilage d’herbe de qualité jusqu’à un tiers de la ration, c’est-à-dire l’économie de 1 à 1,5 kg de soja, indique Bruno Lambert. C’est actuellement notre seul levier de réduction du coût alimentaire. »

Vu le prix du tourteau, fini les contrats à long terme ! Les achats se font au fur et à mesure des besoins. Ici, plus que jamais, l’unité de méthanisation (400 kW) représente une sécurité financière pour l’exploitation. La décision de lever le pied sur la productivité laitière ou sur le nombre d’animaux n’est pas encore à l’ordre du jour, « mais elle est désormais envisageable ». Pour conserver la même marge que l’année dernière, Bruno estime qu’il faudrait au moins un prix du lait de 420 €. Il est actuellement de 365 €. « Si le prix du lait ne suit pas, la question va se poser de réduire le nombre de vaches et la surface dédiée aux fourrages au profit de cultures de ventes. À l’extrême, la question pourrait même se poser de la pérennité du troupeau laitier. C’est une chose que nous n’avions jamais envisagée, mais nous ne pourrons pas continuer à travailler pour perdre de l’argent. » Une décision qui remettrait en cause le recours au salariat (trois temps plein ) et le remplacement programmé des associés au moment de leur départ à la retraite.

Pascale Le Cann et Jérôme Pezon
Daniel Blachon, un système herbager de montagne, peu dépendant du soja, n’envisage pas de modifier l’équilibre de la ration. © c.Hue
Pierre-Yves Macé, en Ille-et-Vilaine, ne veut pas bouleverser un système qu’il maîtrise et qui fonctionne bien. © c.Hue
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