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Cancer : les éleveurs de bovins ne sont pas épargnés

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Contaminations en élevage. Si équipements et conseils existent depuis quinze ans pour l’emploi des pesticides sur cultures, rien n’est fait pour les éleveurs utilisateurs d’insecticides sur animaux et de désinfectants. Les recommandations, en attendant : porter des gants protecteurs, éviter les bidons de 10 litres, faire attention aux fuites sur les bidons. © Claudius Thiriet

Pesticides. L’étude Agriculture et Cancer confirme le risque accru de développer certains cancers si le salarié ou l’agriculteur est exposé aux pesticides sur cultures. En élevage bovin, ce risque vient aussi des insecticides sur animaux, de la désinfection des locaux et machines à traire.

La publication des derniers résultats de l’étude Agriculture et Cancer (Agrican) était attendue. C’est chose faite depuis novembre. La précédente datait de 2014 (1). Il s’agit de la plus grande étude au monde sur les cancers en agriculture. Depuis 2005, elle suit 180 000 agriculteurs, salariés et retraités affiliés à la MSA (appelés « cohorte ») de 11 départements...
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La publication des derniers résultats de l’étude Agriculture et Cancer (Agrican) était attendue. C’est chose faite depuis novembre. La précédente datait de 2014 (1). Il s’agit de la plus grande étude au monde sur les cancers en agriculture. Depuis 2005, elle suit 180 000 agriculteurs, salariés et retraités affiliés à la MSA (appelés « cohorte ») de 11 départements dont 5 laitiers (lire ci-dessous). Comme en 2014, la bonne nouvelle est que les agriculteurs et les salariés agricoles sont en meilleure santé que la population générale. Leur taux de mortalité à âge égal est inférieur de 25 %, pour les hommes comme pour les femmes, sur la période 2005-2015.

Les participants à l’étude fument moins

La principale raison en est le tabagisme : les personnes suivies fument moins. Il faut tout de même apporter un bémol sur plusieurs maladies. La population agricole meurt plus de certaines maladies de l’appareil digestif (hommes : +27 %, femmes : +29 %), d’arthrite rhumatoïde et d’ostéoarthrite (chez les salariés, pour 54 décès au total). Agrican confirme aussi le phénomène des suicides. Le risque est 14 % plus important chez les hommes, + 46 % chez les femmes !

Comme son nom l’indique, l’étude se focalise surtout sur les personnes souffrant d’un cancer. Les cancers sont moins fréquents dans la population agricole mais l’écart avec la population générale se réduit : -5 % à -7 %, contre -24 % à -30 % en 2014 (respectivement femmes et hommes). Agrican retrouve même quatorze cancers de façon beaucoup moins fréquente (encadré), en particulier ceux du col de l’utérus et du sein chez la femme (-40 % et -14 %). En revanche, six ressortent davantage : les cancers des lèvres, de la peau (mélanomes cutanés) et de la prostate, les lymphomes non-hodgkiniens dont les lymphomes plasmocytaires et les myélomes multiples.

Cancer de la prostate : danger pour les éleveurs de bovins

Sans surprise, Agrican confirme le risque accru de les déclencher si le professionnel agricole est exposé aux pesticides (2). Spontanément, on pense à leur utilisation sur les cultures. Or, l’étude pointe aussi la désinfection des bâtiments d’élevage, celle de la machine à traire et les insecticides appliqués sur les animaux. « Pour le cancer de la prostate, nous mettons en évidence un risque de +20 % chez les personnes utilisant des insecticides sur bovins par rapport à leurs collègues de la cohorte qui n’en utilisent pas, indique Pierre Lebailly, en charge d’Agrican. Ce risque augmente avec le nombre de bovins traités : +60 % à partir de 150 bovins. » Avec une nuance : « Cela semble concerner davantage des traitements réalisés dans les années 1960. » Une étude états-unienne a montré un surrisque avec les insecticides perméthrine et coumaphos. Ils ne sont plus autorisés en France sur les animaux et les cultures… mais le premier le reste pour les locaux d’élevage. Notons néanmoins un point positif sur les cultures de blé et d’orge : le risque accru d’un cancer de la prostate n’existe plus chez les professionnels déclarant porter des gants de protection lors de leur traitement. D’ailleurs, quelle que soit la culture, c’est le minimum indispensable lors de la préparation de la bouillie, et du traitement lui-même. Cela vaut aussi pour le désherbage des prairies, identifié par exemple dans le lymphome diffus à grandes cellules B (prolifération des lymphocystes).

Cultures et cancer de la vessie

L’utilisation d’insecticides sur bovins expose également les éleveurs au myélome multiple (+40 % de risque), cancer du sang à partir de la moelle osseuse. De même, la désinfection des bâtiments joue un rôle (+40 %), tout comme elle concourt au lymphome diffus à grandes cellules B. Certes, ce lymphome touche les éleveurs caprins et ovins. Cela ne dispense pas de prendre des précautions lorsque vous désinfectez un bâtiment. Même vigilance pour la désinfection de la machine à traire, qui triple le risque de myélome multiple de ces éleveurs. Heureusement, ces trois cancers du sang sont rares.

Ce n’est pas le cas du cancer de la vessie qui, en France, a touché 11 000 hommes et 2 500 femmes en 2018. La moitié serait causée par le tabagisme. « La profession agricole fumant moins, elle est moins touchée que la population générale (-34 % chez les hommes et -22 % chez les femmes). Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’autres facteurs de risques­ », souligne Pierre Lebailly. Il s’avère que les cultivateurs de pois fourragers, de féveroles et de colza présentent un risque accru. De même, le traitement des semences, quelle que soit la culture, l’augmente.

Tumeurs du système nerveux : les carbamates en cause

Créée initialement pour l’étude des cancers, Agrican élargit au fil des années son champ de suivi. La publication 2020 s’appuie sur d’autres études pour « zoomer » sur les tumeurs du système nerveux central ou TSNC (cerveau, tronc cérébral, cervelet et moelle épinière). Elles sont certes rares et expliquées par le vieillissement de la population, par le sexe et certains syndromes héréditaires. Mais pas seulement. Les analyses montrent leur association avec les personnes en contact avec les prairies, les betteraves, les pommes de terre, le tournesol, ou avec les porcs. Dans le cas des prairies sont développés des gliomes, tumeurs aux dépens des cellules de soutien des neurones. Or, Agrican et d’autres expertises relient les gliomes (et les méningiomes) à la famille des carbamates présents dans de très nombreux pesticides. C’est nouveau. En 2013, l’Inserm avait conclu à un niveau de preuve limité sur le lien pesticides-TSNC.

On aurait aimé qu’Agrican désigne clairement les molécules incriminées dans les maladies. « C’est mission impossible, répond Pierre Lebailly, car leurs utilisations sont trop emmêlées. De plus, je crois peu à la responsabilité d’une seule molécule. »

Pour cette raison, il n’a pas concentré les recherches sur le très médiatisé glyphosate. « Il sera étudié quand nous nous pencherons sur les désherbants totaux. » Et le scientifique de rappeler : « L’objectif est de réduire les expositions des agriculteurs et des salariés aux pesticides en identifiant les productions et les tâches problématiques. »

claire hue

(1) Toutes les publications sur www.agrican.fr

(2) Le terme pesticides inclut les produits phytosanitaires sur cultures mais aussi les biocides et les antiparasitaires vétérinaires.

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