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Prix du lait 2021 : merci au beurre-poudre et au prix allemand, pas à Égalim

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La hausse du prix du lait tient pour l’essentiel à l’envolée des produits industriels et, dans la foulée, du prix allemand. L’effet Égalim est en revanche imperceptible. Voir tous les prix du lait en fin d’article.

Le malaise a été de plus en plus prégnant au fil de l’année dans les exploitations sur le front du prix du lait. Certes, les producteurs l’ont vu progresser, mais après un sérieux coup de rabot porté en 2020 à la hausse encourageante de 2019. Et surtout, la hausse est sans commune mesure avec celle des charges. Dans le meilleur des cas – celui des livreurs des leaders de l’industrie –, le prix fait autour de + ...
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Le malaise a été de plus en plus prégnant au fil de l’année dans les exploitations sur le front du prix du lait. Certes, les producteurs l’ont vu progresser, mais après un sérieux coup de rabot porté en 2020 à la hausse encourageante de 2019. Et surtout, la hausse est sans commune mesure avec celle des charges. Dans le meilleur des cas – celui des livreurs des leaders de l’industrie –, le prix fait autour de + 4 %. Dans l’Ouest, Sodiaal pointe à + 3,7 %, Savencia à + 3,9-4 %, Lactalis à + 4,1 % une fois gommé l’effet des retours de pénalités (pris en compte dans notre observatoire), Agrial-Eurial à + 4,9 %. Mais en face, l’indice Ipampa lait a progressé de 14 % depuis le début de la flambée des charges, en septembre 2020, avec un poste aliment VL à + 15 %, des carburants-lubrifiants à + 35 % et des engrais à + 80 %.

À cet égard, la situation des producteurs livrant un Danone ou les PMI-PME régionales est encore moins enviable. La progression des « Danone » ne dépasse pas + 3 %, sauf ceux de « Jura-Bresse », à + 4,7 %. Les fromagers de l’Est comme Milleret­, Pâturages Comtois ou Mulin peinent entre + 1,4 et + 2,4 %. Le ciseau de prix est aussi très défavorable aux producteurs engagés dans le non-OGM, avec les surcoûts associés. Bel pointe à - 0,6 %, Saint-Père à + 0,5 %, LSDH à + 0,3 %, Alsace Lait à + 3 %, et Ermitage juste au-dessus de + 4 %…

L’étau se desserre début 2022 chez les leaders de l’industrie

Chez ces leaders de l’industrie, les prix annoncés pour ce début d’année, en hausse plus ou moins nette par rapport à décembre, devraient desserrer un peu l’étau. Exemple en Bretagne-Pays de la Loire : avec un + 9,2 €, à 369.80 € (38/32, 91 % de A, 9 % de B) en janvier et un 386,60 € en février, Sodiaal verra son prix moyen annuel augmenter de 7 % (+ 24,20 €), à 370 € (lait à 42/33). Le + 21,70 € d’Agrial-Eurial, à 375 € (38/32) en janvier fera passer sa hausse sur 12 mois au-dessus de 6 % (+ 21,60 €), à 368,40 € (42/33). Le + 19,20 € de Lactalis sur janvier-février, à 379,80 € (38/32), le placera au-dessus de 7 % (+ 25,80 €), à un 373 € (42/33) confirmé. Enfin, Savencia, qui s’est le plus avancé en annonçant pour l’OP Cleps un + 25,79 € par rapport à décembre sur tout le T1, à 381,27 € (38/32), boostera son prix annuel de + 8 % (+ 28,40 €), à 377,16 € (42/33).

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Pour que ces hausses soient durables, il faudra que chacun de ces acteurs soit en mesure de suivre le mouvement, surtout quand l’effet « produits industriels­ » sera retombé. Car Égalim 2 n’y change rien. Certes, les clauses de correction automatique du prix du lait au motif de l’environnement concurrentiel sont désormais à bannir des contrats. Mais rien n’empêche un industriel, s’il obtient l’aval de son OP, ou une coop l’aval des représentants des producteurs, de l’appliquer. On l’a clairement vu avec le prix Unell de janvier-février, négocié avec un correctif de - 9,90 €.

Les produits industriels font le prix 2021

La hausse plus nette observée chez les leaders de l’industrie est surtout le fait de celle des produits indus­triels… Et dans une moindre mesure du prix du lait allemand, étroitement lié à la valorisation beurre-poudre. Ces commodités constituent l’essentiel des productions du nord de l’Allemagne, le sud étant axé sur les PGC. D’après notre estimation, les + 15,30 €/1 000 l observés en 2021 par rapport à 2020, hors correctif environnement du prix de la formule Lactalis-Unell, s’expliquent à 64 % (+ 9,80 €) par l’augmentation de la valorisation beurre-poudre, en tant qu’indicateur des produits industriels qui pèse 30 % du prix Lactalis. La hausse du prix allemand, jauge de son marché PGC export (20 % du prix final), la complète à hauteur de 21 % (+ 3,20 €). Le marché PGC France (50 % du prix formule) explique les 15 % restants… Ces derniers se ventilent entre l’augmentation du coût de production entrant dans la formule (25 % du prix final) à hauteur de 11 % (+ 1,67 €), et seulement 4 % (+ 0,60 €) pour la hausse de l’indicateur PVI Insee, témoin de la valorisation du lait sur le marché national des PGC (25 % du prix final).

Même constat chez Sodiaal : la hausse de + 12,41 €/1 000 l de son lait A, hors correctif environnement, tient pour 59 % (+ 7,32 €) au prix allemand, pour 37 % (+ 4,58 €) à la valorisation beurre-poudre et seulement 4 % aux indicateurs PVI Insee. Autant dire la déception quant à l’impact d’Égalim 1, et l’enjeu d’Égalim 2 pour atteindre l’objectif du plan filière : sécuriser le prix du lait grâce à notre marché intérieur, et tendre à couvrir les coûts de production. On en est loin.

Des PGC vraiment mieux valorisés en Allemagne ?

En trois ans d’Égalim, la valorisation des PGC France, lue sur l’indice PVI Insee, n’a crû que de 12,35 € (dont + 2,60 € en 2021), pour arriver péniblement à 341,70 € en 2021 (38/32). Il manque au bas mot 40 € pour tutoyer le coût de production de 403 € (TPQC) du Cniel (sous-estimé car n’intégrant pas les hausses des charges de 2021).Alors, quelle est la source du problème ? Le refus par les GMS et la RHF des hausses de tarif des laiteries ? Le choix de l’indicateur PVI Insee et de sa référence (base 100 en 2015 à 328 €) ? La valorisation du lait sur notre marché intérieur pose indéniablement question. Étonnant, cette Allemagne qui ferait mieux que nous. Dans les Länders du sud, où ne sont fabriqués que des PGC, la moyenne 2021 sort à 354 € en Bavière, 351 € dans le Bade-Wurtemberg (38/32).

Sodiaal donne le « la » à +13 €

Comme les années passées, s’il y a bien hausse, les leaders de l’industrie se tiennent dans un mouchoir de poche. Sodiaal donne le « la » avec son tout juste + 13 €, à 360,30 € (1) dans l’Ouest. Lactalis se place à peine un cran au-dessus malgré son correctif environnement (de l’ordre de - 3 €) : un + 14 € confirmé, à 364 €(1) pour l’OPLGO en Bretagne. Savencia suit avec un petit + 14 €, à 364,70 € (1) pour l’OP Cleps. À la faveur de l’accord trouvé sur l’application en 2020 de la formule de leur contrat, les FMB Grand Ouest livrant Savencia voient leur prix gagner 8 €, à 366,70 €(1). En revanche, les FMB Sud-Ouest, entrés en conflit avec le privé sur ce même problème et alignés depuis sur France­AgriMer, se serrent la ceinture avec un + 4,40 €. Parmi les leaders, Agrial-Eurial se distingue avec son + 17 €, à 364,20 € (1), au niveau de Lactalis. Noter aussi la performance du groupe Laïta avec Terrena qui signe près de + 18 €, à 365,20 €(1). Ajoutez 11 € pour le prix Even (ristourne de 6,25 € chez Terrena, 17,40 € chez Even), retirez 1,75 € pour Eureden (4,50 € de ristourne).

Isigny toujours n° 1

Numéro 1 de notre observatoire, Isigny Sainte-Mère conforte sa place (+ 7 €) et passe les 400 €(1). Les adhérents historiques du groupe Ermitage, ceux de l’ULV, les suivent de près à la faveur d’un + 16,40 €, à 404,70 €(1). Les autres fromagers de l’Est n’ont pas tant augmenté. Milleret­, dont l’essentiel des ventes se fait dans les GMS françaises, n’affiche que + 5 €, à 370 € (1). Pâturages Comtois, très orienté sur l’export, augmente de 8,50 €, à 359 € (1). Parmi les acteurs des produits frais, Alsace Lait (en tout-OGM) signe la meilleure hausse : + 11 €, à 370 € (1). Les Maîtres laitiers arrivent aussi à 370 € (1), avec un + 8 €. Rians, sur son créneau plus haut de gamme, ne gagne que 3 €, mais à 396 € (1). Chez Danone, les hausses varient de + 6 à + 11 € selon les OP, dont 5 € de retour des négociations commerciales du début 2021 avec les GMS. Le + 18 € de Jura-Bresse tient, à hauteur de + 10,60 €, à la démarche « Aliments France » engagée par l’OP.

Jean-Michel Vocoret

(1) Lait à 42/33.

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