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« Nous sommes loin des ambitions écologiques de la Commission »

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Jean-Marie Séronie, agroéconomiste indépendant, consultant et conférencier, est membre de l’Académie d’agriculture de France. Auteur de l’essai © D. G.

Les positions arrêtées dans la négociation de la Pac 2023-2027 présentent une architecture verte qui est encore très modeste au regard du virage agroécologique annoncé pour 2030.

En mai dernier, la Commission européenne dévoilait un objectif ambitieux de verdissement de sa politique : le Green Deal, avec l’objectif de la neutralité climatique en 2050. Les propositions du Conseil et du Parlement concernant la Pac l’ont-elles suivi ?
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En mai dernier, la Commission européenne dévoilait un objectif ambitieux de verdissement de sa politique : le Green Deal, avec l’objectif de la neutralité climatique en 2050. Les propositions du Conseil et du Parlement concernant la Pac l’ont-elles suivi ?

Jean-Marie Séronie : Les mandats de négociation donnés au Conseil et au Parlement sont loin des ambitions affichées. Mais nous sommes au point de départ des négociations et la Commission commence déjà à batailler pour tenter d’aller plus loin. Cette réforme part d’un projet antérieur à cet acte politique fort qu’est le Green Deal. Il était sans doute difficile de repartir aussitôt d’une page blanche pour la Pac 2023-2027, mais j’ai la conviction que la Commission ne lâchera rien pour la suite. Rappelons quelques points de ce virage agroécologique à l’horizon 2030 : 25 % des surfaces en bio ; 10 % des terres agricoles à « haute diversité biologique » (haies, jachères, bandes tampons…) ; 50 % de pesticides et 20 % d’engrais en moins ; division par deux des émissions de gaz à effet de serre, etc. La Pac est censée être le moyen d’atteindre ces objectifs.

Mais cette ambition n’était-elle pas suicidaire pour notre agriculture ?

J.-M. S. : Je ne le pense pas, mais à certaines conditions. Une telle Pac diminuerait en effet de façon très sensible les volumes produits, du moins dans un premier temps. Les coûts de production augmenteraient, donc les prix intérieurs aux consommateurs. Nos exportations vers pays tiers baisseraient et les importations exploseraient, faute de compétitivité. Mais les initiateurs de ces propositions ne sont pas irresponsables et anticipent sans doute une perspective à moyen terme de baisse de la consommation en Europe (moyenne d’âge plus élevée, baisse de population, moins de viande dans les habitudes alimentaires). La cohérence de cette nouvelle politique exige absolument de mettre une protection aux frontières, avec des barrières non tarifaires compatibles avec l’OMC. Il faudra que nous imposions, par des règlements européens,­ les contraintes que nous souhaitons pour les importations, comme pour l’interdiction des hormones de croissance sur la viande bovine. Cela pourrait concerner certains phytos. Cette orientation bénéficiera à la France, qui s’est déjà fixé des réductions d’intrants créant des distorsions de concurrence, comme pour le glyphosate. Si l’Europe entière se les impose, nous pourrions regagner en compétitivité. Un dernier point : une politique sociale serait indispensable pour soutenir la consommation des ménages les plus modestes et supporter la hausse des prix intérieurs. Car si on ne va pas au bout de la cohérence, le dérapage sera effectivement dangereux.

Les éco-régimes, nouveauté de cette Pac à venir, ne porteront-ils pas le germe de cette ambition ?

J.-M. S. : Ces éco-régimes, engageant 20 ou 30 % minimum du budget du premier pilier, constitueraient un catalogue de mesures liées à l’environnement, le climat, le bien-être animal, où les États viendraient piocher. Le problème est que ces éco-régimes risquent d’être contournables. Car les crédits non utilisés dans ces mesures facultatives pourraient servir aux paiements uniques. Nous resterions alors dans l’affichage. La nouveauté, ce sont aussi ces plans stratégiques nationaux (PSN) que la Commission va sans doute tenter d’encadrer par des mesures indicatives. Mais in fine, ce sont les États qui se positionneront. Le risque est une renationalisation, et une dissolution progressive de la Pac, chacun faisant ce qu’il veut avec son argent.

L’architecture verte de la Pac semble avoir oublié la régulation des marchés ?

J.-M. S. : Sur ce sujet, le point de vue libéral de la Commission et de la majorité des États n’a pas changé. L’exemple de la réduction de la production laitière au second semestre 2016 sert de repoussoir, car cela n’a pas servi à grand-chose sur les prix qui se redressaient déjà… On incitera davantage à des réductions volontaires au niveau des interprofessions, avec la possibilité de donner de nouveaux moyens aux organisations de producteurs par prélèvement sur les paiements directs (3 %) et les aides couplées (2 %), qui pourraient financer une gestion commune de l’offre. Avec le Green Deal, la Commission a voulu un virage très ambitieux, motivé par le changement climatique et en phase avec les attentes sociétales. C’est un virage de long terme, très engageant pour les agriculteurs, qui doit être abordé avec lucidité et pragmatisme. La cohérence des arbitrages politiques à venir sera donc très importante.

Propos recueillis par Dominique Grémy
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