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« Nous croyons à notre modèle de coopérative de collecte »

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Henri Brichart. Éleveur dans l’Aisne, membre du bureau de la FNSEA est le nouveau président, élu en 2020, de la coopérative de collecte Laitnaa : 242 Ml de lait, collectés auprès de 360 exploitations, dans les départements du Nord, de l’Aisne et des Ardennes. © d.gremy

La coopérative Laitnaa a récemment accueilli de nouveaux adhérents. Un choix stratégique visant à diversifier sa clientèle, afin de sécuriser l’avenir. En 2020, la baisse du prix versé à ses adhérents est avant tout conjoncturelle, assure la direction.

La baisse de votre prix du lait en 2020 est-elle le signe d’une fragilité propre aux coopératives de collecte ?
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La baisse de votre prix du lait en 2020 est-elle le signe d’une fragilité propre aux coopératives de collecte ?

Henri Brichart : Non. C’est avant tout lié à la conjoncture, car nos contrats sont en grande partie indexés sur l’évolution d’indicateurs de marché qui se sont dégradés en 2020. De plus, nous ne bénéficions pas ou peu des EGA : Nestlé, notre acheteur principal (39 %), écoule une grande part de son mix-produit hors de France. Nous n’avons donc un retour des PGC France que sur 7 à 8 % des volumes. Dans ce contexte d’année Covid, la baisse est restée limitée à 3 % : en 2020, Laitnaa a versé un prix d’acompte moyen de 308,95 €, soit 322,46 € TPC/TQC (38/32) avant ristourne. Les adhérents ont perçu en moyenne 17 € de bonus entreprise. Potentiellement, ils peuvent aller chercher jusqu’à 28 € chaque mois, hors prime TB et TP. Certains ont ainsi été payés plus de 400 €, sans volume B ! Il ne faut donc pas s’arrêter au prix d’acompte. Notre grille de prix prévoit un montant de prime élevé, dont le but est de récompenser ceux qui font un effort pour nous permettre de répondre au mieux à la demande des clients, et donc de mieux valoriser le lait de la coopérative. Si on l’analyse sur plusieurs années, notre prix n’est pas déconnecté de l’environnement. Nous continuons de croire à notre modèle de coopérative de collecte, même s’il est plus sensible aux déséquilibres de l’offre et de la demande. Pour contrebalancer cette faiblesse, tout est fait pour diversifier notre portefeuille clients et multiplier les contrats.

Dans ce contexte incertain, pourquoi avoir accepté la demande d’adhésion de producteurs venant de Milcobel ?

H. B. : Cette décision est d’abord le fruit d’une réflexion nécessaire portant sur la capacité à assurer à long terme nos approvisionnements en lait. Chaque année, des producteurs cessent leur activité, sans repreneurs. Or, lorsqu’une coopérative comme la nôtre perd des volumes, cela pèse sur ses charges fixes et donc sur le prix du lait. De plus, dans un périmètre proche de la coopérative, il y avait un vrai risque de voir des éleveurs dans l’impasse, rémunérés 270 € [NDLR : prix Milcobel], se structurer, devenir des concurrents et tirer le prix vers le bas. Le plus grand danger pour les producteurs est qu’ils deviennent concurrents entre eux. En leur ouvrant les portes de Laitnaa, nous avons fait le choix de sécuriser l’avenir et d’assurer un peu de disponibilités, tout en participant à la structuration de l’amont. Et puis il faut relativiser : les ex-Milcobel représentent 10 Ml de litres, sur 242 Ml collectés par Laitnaa.

Ces volumes supplémentaires ne pèsent-ils pas trop lourd sur votre capacité à mieux rémunérer vos adhérents ?

H. B. : Non, car nos excédents sont limités et parce que nous sommes obligés d’avoir toujours un peu de lait en trop, pour pouvoir honorer nos livraisons en tenant compte de la saisonnalité ou de la sous-réalisation. Le choix d’avoir un peu de disponibilités nous place aussi en situation de saisir les opportunités de nouveaux contrats.

Des adhérents souhaiteraient parfois limiter les volumes pour se concentrer sur les quelques contrats les plus rémunérateurs ! Mais miser sur un nombre réduit de clients est une stratégie trop risquée à long terme. Car nos clients ont aussi des stratégies fluctuantes, à l’image de clients historiques qui ont réduit leurs achats pour mieux coller à leurs besoins, quitte à compléter leurs approvisionnements avec du lait Spot.

Envisagez-vous d’investir dans la transformation ou la prétransformation afin de limiter l’impact de ces excédents ?

H. B. : Non. D’abord, parce qu’il faut un savoir-faire que nous n’avons pas. Ensuite, vers quelle production se tourner ? Sans perspectives de débouchés innovants, cela reviendrait à se créer des charges importantes pour une valorisation très incertaine sur des marchés­ déjà saturés. Notre modèle a l’atout de fonctionner aujourd’hui sans emprunts. De plus, nous avons intégré le capital du belge Solarec(1) (3 %). Cela nous laisse la possibilité, si l’opportunité se présente, d’utiliser un outil de transformation d’une capacité de 1,5 milliard de litres (poudre, lait de consommation, beurre, mozzarella).

Propos recueillis par Jérôme Pezon

(1) Filiale de la coopérative belge LDA.

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