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Soja : cinq experts pointent les leviers à actionner

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Ration Dans tous les cas, préserver l’équilibre entre l’énergie et l’azote reste une priorité. © p.l. c.

StratégieÉviter le gaspillage, trouver d’autres sources de protéines et acheter au bon moment constituent les meilleures pistes pour limiter le coût alimentaire quand le prix du correcteur azoté grimpe. Les conseils de cinq experts des rations et des marchés.

Les prix du soja flambent depuis quelques mois et entraînent ceux des autres correcteurs azotés dans leur sillage. Le colza, bien sûr. Mais surtout, des ruptures d’approvisionnement sont attendues en septembre pour le soja garanti sans OGM. Les surcoûts supportés par les éleveurs pèsent d’autant plus que le prix du lait tarde à repartir à la hausse. Des nutritionnistes d’organismes de conseil en élevage (BCEL Ouest...
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Les prix du soja flambent depuis quelques mois et entraînent ceux des autres correcteurs azotés dans leur sillage. Le colza, bien sûr. Mais surtout, des ruptures d’approvisionnement sont attendues en septembre pour le soja garanti sans OGM. Les surcoûts supportés par les éleveurs pèsent d’autant plus que le prix du lait tarde à repartir à la hausse. Des nutritionnistes d’organismes de conseil en élevage (BCEL Ouest et Seenorest) nous livrent leur analyse sur les stratégies possibles en élevage dès aujourd’hui pour s’adapter à cette situation sans faire exploser le coût alimentaire.

Réduire le gaspillage

La priorité doit être de vérifier que l’azote fourni est bien valorisé. Autrement dit, éviter le gaspillage. Le rapport entre le TP et le volume de lait produit permet de mesurer la production de protéines. Les apports sont connus grâce au volume de MS ingérée et à sa teneur en MAT. Le rapport entre l’ingestion et la production renseigne sur l’efficacité. Elle se situe généralement entre 25 et 35 %. Ceux qui ont un niveau bas disposent d’une marge pour améliorer l’efficacité alimentaire. Souvent, ils apportent des protéines solubles que le rumen valorise mal. Quand ce dernier se trouve saturé en protéines solubles, le foie est sollicité pour les recycler. Ce faisant, il consomme de l’énergie. L’excès d’azote soluble est néfaste pour le foie. À l’inverse, les plus efficaces emploient souvent diverses sources de protéines. Avec des drèches de brasserie ou des tourteaux tannés, par exemple, la vitesse de dégradation ralentit et la part de protéines dégradées dans l’intestin augmente. De même, il convient de s’assurer que les quantités distribuées correspondent à ce qui est nécessaire pour équilibrer la ration. Il peut être utile de vérifier la tare des outils de distribution pour éviter le gaspillage, mais aussi les manques. Ce travail sur la recherche de gaspillage éventuel gardera tout son intérêt plus tard, quand le prix du soja aura retrouvé son niveau habituel.

La piste des acides aminés de synthèse

Une expérimentation menée sur cinq élevages laitiers par les chambres d’agriculture de Bretagne et l’Inrae a montré que l’on peut réduire de 12 % l’apport de soja en apportant une supplémentation en lysine et méthionine. Elle a été calculée de manière à se rapprocher des recommandations de l’Inrae. Pour maintenir le niveau d’UFL, la quantité de concentré énergétique a été augmentée. L’essai a été conduit durant quatre mois avec une ration hivernale sur des troupeaux produisant plus de 9 500 kg de lait. Le TP a gagné 0,4 point en moyenne et le lait 0,4 kg/jour.

La méthionine et la lysine sont les deux acides aminés les plus limitants dans les rations des vaches laitières. Quand un acide aminé manque, les autres ne sont pas valorisés. Dans les rations à base d’ensilage de maïs et/ou d’herbe, c’est en particulier la méthionine qui bride la production laitière. En complémentant avec cet acide aminé directement au niveau de l’intestin, grâce à la méthionine protégée, il est possible de réduire cet effet. Les outils de rationnement, tel Ruminal, permettent de calculer l’apport total d’acides aminés et la proportion de méthionine et de lysine. Si elle n’est pas optimale, la complémentation avec des acides aminés de synthèse se justifie. Cette piste est peu explorée avec des niveaux corrects de prix du soja, en raison du coût des acides aminés de synthèse. Elle prend tout son intérêt aujourd’hui. De plus, un ajustement plus précis des apports permet aussi de limiter les rejets, ce qui est bénéfique pour l’environnement.

Attention aux céréales traitées à l’urée

Cette technique consiste à traiter les céréales avec une enzyme et de l’urée. La réaction permet la dégradation de l’urée en ammoniac qui va se fixer sur les graines, augmenter le pH et stabiliser la conservation dans le temps. L’augmentation de la MAT est donc simplement liée à l’ajout d’urée. Cette pratique ne remplace pas le tourteau de soja et ne présente pas d’intérêt pour les vaches laitières. C’est différent pour les jeunes bovins et les vaches allaitantes qui ingèrent des rations riches en céréales et déficitaires en azote soluble.

En filière non OGM, diversifier les sources

Nombreux sont les éleveurs engagés dans des filières de production imposant l’absence d’OGM dans la ration. Certaines laiteries versent des primes compensatrices, mais pas toutes. Par facilité, une partie des éleveurs ont simplement remplacé le soja conventionnel par du non OGM. D’autres ont opté pour le tourteau de colza associé à du tourteau tanné, ce qui fonctionne très bien. On peut aussi associer des coproduits de type drèches de brasserie avec du colza classique. Sinon, il existe des correcteurs azotés sans OGM, à base de colza, drèches ou tournesol. Il faudra revoir le rationnement pour l’adapter. En fonction des fourrages disponibles et du niveau de production, on peut aussi supprimer le correcteur. Si le maïs représente moins de 6 kg de MS dans la ration, il est possible de s’en passer. Mais pour beaucoup d’éleveurs, la pousse de l’herbe ralentie au printemps n’a pas permis de réduire fortement la part du maïs.

Prudence sur la réduction des apports

Réduire le correcteur azoté pour faire des économies est rarement une bonne idée. En toutes circonstances, les vaches ont besoin d’une ration équilibrée. Sinon, le rumen fonctionne moins bien, la ration est mal valorisée et la production baisse. L’ingestion et l’efficacité alimentaire se trouvent pénalisées. Il faut viser a minima 13,5 % de MAT/kgMS afin d’avoir suffisamment de protéines pour alimenter et faire bien fonctionner le rumen. Ne pas oublier d’analyser les fourrages pour ajuster au mieux les quantités de correcteur distribué et éviter les gaspillages. Il convient aussi de regarder l’origine des protéines des aliments et notamment la quantité d’urée. La teneur en MAT et le prix ne sauraient être les seuls critères de choix.

Produire de meilleurs fourrages

Avant d’envisager de modifier son assolement, mieux vaut valoriser l’existant. En améliorant la conduite de l’herbe, on gagne en autonomie protéique. Plus on dispose de bons fourrages, moins on a besoin de complémentation. Une fertilisation optimale et une fauche précoce permettent de produire des fourrages plus riches en azote et donc de réduire les besoins en correcteur. Cette année particulièrement, il semble judicieux de réserver les meilleurs fourrages aux vaches en production.

L’intérêt d’augmenter les surfaces en cultures riches en azote (luzerne, protéagineux) se raisonne à l’échelle de l’exploitation. Si cela améliore l’autonomie protéique, les cultures de vente sont amputées. L’intérêt économique se calcule dans la durée.

Miser sur les coproduits

Peu disponibles dans l’Ouest, en dehors des drèches de blé, par exemple, les coproduits offrent des sources de protéines bon marché dans l’Est et le Nord. Leur production est souvent régulière au fil de l’année mais l’achat se fait au camion. Ces aliments se conservent bien en mélange et la tendance est à la constitution de silos incorporant plusieurs coproduits différents. Il est possible d’inclure des produits liquides. La conservation est optimale en visant une teneur en matière sèche de 45 %. Cela permet de couvrir ses besoins pour un an en une seule fois. Le silo avance vite et les risques d’erreurs de quantités sont plus faibles que lorsqu’il faut piocher de petits volumes en différents endroits. Certes, cette pratique demande de la trésorerie puisque tous les achats s’effectuent au même moment. Mais elle sécurise l’approvisionnement pour une durée assez longue.

Implanter des dérobées après les céréales

Dans l’Ouest, certains ont retourné des prairies au printemps pour y semer du colza fourrager qu’ils pourront faire pâturer en été. Une autre solution est l’implantation de dérobées après la récolte des céréales, pour avoir dès la fin de l’été, début de l’automne, des fourrages riches en protéines. On peut, par exemple, implanter du colza fourrager, du RGH, des trèfles.

pascale le cann
Stéphane Saille, BCEL Ouest.
Julien Bellanger, BCEL Ouest.
Samuel Danilo, BCEL Ouest. © Christelle ANTHOINE Photographe
Jérôme Larcelet, Seenorest.
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