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« Nous arrêtons le lait faute de prairies accessibles »

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Jean-Christophe Gilbert © P. Le Cann

Témoignage. En juin dernier, ces éleveurs ont appris que leur laiterie, Triballat, n’accepterait plus à terme le lait issu de troupeaux ne pâturant pas. Or, c’est le cas de leurs 170 vaches.

Au début, ils n’y croyaient pas. Quand Jean-Christophe Gilbert et ses associés ont appris que Triballat allait cesser la collecte de lait conventionnel ne respectant pas le nouveau cahier des charges, ils venaient d’investir 70 000 € dans l’amélioration de leur bâtiment. « Nous n’avions jamais imaginé que parce que nos vaches ne pâturent pas, notre lait serait refusé », raconte Jean-Christophe...
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Au début, ils n’y croyaient pas. Quand Jean-Christophe Gilbert et ses associés ont appris que Triballat allait cesser la collecte de lait conventionnel ne respectant pas le nouveau cahier des charges, ils venaient d’investir 70 000 € dans l’amélioration de leur bâtiment. « Nous n’avions jamais imaginé que parce que nos vaches ne pâturent pas, notre lait serait refusé », raconte Jean-Christophe. Installé avec deux associés à Liffré­ (Ille-et-Vilaine), il a abandonné le pâturage en 2013. Dans cette zone de plus en plus urbanisée, les voisins n’acceptaient plus d’être bloqués par des vaches sur la route. Les éleveurs ont investi pour améliorer le confort des vaches et le leur : robots d’alimentation et de traite, tapis dans les logettes et les aires d’exercice, etc. Triballat les avait même sollicités il y a deux ans pour une porte ouverte sur le thème de l’élevage durable.

Désormais, la laiterie veut garantir que son lait conventionnel est produit par des vaches qui ne consomment pas d’OGM et qui pâturent au moins 200 jours par an. Les modalités du nouveau cahier des charges sont en discussion avec l’OP. La laiterie propose plusieurs options  : respecter ces conditions, passer en bio ou en lait de chèvre, changer de laiterie, ou arrêter le lait. Les livreurs n’ont que quelques mois pour décider, tout doit être sur les rails pour la campagne qui démarre le 1er avril.

Faire pâturer les 170 vaches 200 jours par an pour respecter le cahier des charges ou passer en bio est irréalisable sur l’élevage. Triballat leur a proposé de transférer leur contrat à la laiterie Malo. « Mais qui nous dit qu’elle ne prendra pas la même direction dans un an ou deux ? » Reste l’option de la cessation, avec une prime de 235 € brut/1 000 l sur l’ensemble de la référence, si les livraisons arrêtent fin mars. Ce niveau a été négocié par l’OP. Ensuite, la prime est dégressive. Même en déduisant une probable imposition sur la plus-value, la somme est importante pour 1,7Ml de lait. Les éleveurs ont mis leurs chiffres sur la table avec leur comptable. Les emprunts sont loin d’être remboursés, ils vont perdre de l’argent. La faible rentabilité du lait, issue d’un prix trop bas pour des capitaux importants, leur saute aux yeux.

L’intenable dépendance vis-à-vis de l’acheteur

Une fois le choc passé, Jean-Christophe s’interroge. Et si ce système de production auquel ils ont cru n’avait tout simplement pas d’avenir, faute de rentabilité ? Pourtant, cette organisation de l’élevage leur a permis d’embaucher et de fidéliser des salariés tout en bénéficiant de temps pour leur vie personnelle. « La diversité des systèmes est une richesse dans la région. Pousser tout le monde vers un schéma unique me semble dangereux. »

En licenciant les deux salariés et en se lançant dans l’élevage de génisses laitières pour d’autres, voire de bœufs, ils pourraient s’en sortir. Les deux méthaniseurs, installés en 2015 pour valoriser les déchets de l’élevage et d’ailleurs, et les cultures de vente (environ 100 ha) complèteraient le revenu. « Ce lait se fera ailleurs », lâche l’éleveur, désabusé. « Nous savons qu’en lait conventionnel, Triballat a un excédent de l’ordre de 50 %, sans doute faute d’avoir travaillé ce marché. Et ce sont les éleveurs qui paient », déplore Pascal Mancel, président de l’OP. Car quelques autres adhérents à l’OP font face au même dilemme que Jean-Christophe. Ce qui pose une fois de plus la question de l’intenable dépendance dans laquelle ils se trouvent vis-à-vis de leur acheteur.

pascale le cann
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