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« Autonomie fourragère et IGP, notre stratégie de résilience »

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Compétences. Ismaël, Michaël et Nicolas Mougin, trois des quatre associés, sont cousins ou petits-cousins. Ils ont été rejoints en 2009 par Laurent Poisot, HCF © Reportage photo : Cédric FAIMALI/GFA

En lait bio depuis 2009, le Gaec d’Argirey a investi dans un séchage en grange pour sécuriser son système fourrager et intégrer la filière IGP gruyère.

Au Gaec d’Argirey, un investissement productif, nécessaire pour intégrer la filière IGP gruyère, a été effectué sur un système herbe déjà bien calé. Ce changement répond à deux enjeux majeurs : passer­ en système foin-regain pour valoriser le lait dans cette filière IGP, et renforcer le degré d’autonomie fourragère grâce à une meilleure...
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Au Gaec d’Argirey, un investissement productif, nécessaire pour intégrer la filière IGP gruyère, a été effectué sur un système herbe déjà bien calé. Ce changement répond à deux enjeux majeurs : passer­ en système foin-regain pour valoriser le lait dans cette filière IGP, et renforcer le degré d’autonomie fourragère grâce à une meilleure qualité du fourrage et à des volumes récoltés plus importants (fenêtres d’intervention plus nombreuses). « En gruyère bio, sécuriser la quantité et la qualité du fourrage, en particulier sur la première coupe, était indispensable, soulignent les quatre associés du Gaec. Or, jusqu’au 15 mai 2019, date de la mise en route du séchoir, l’exploitation n’était pas suffisamment autonome. L’enrubanné, en particulier de luzerne, était nécessaire. »

Les nouveaux équipements permettront aussi de mieux faire face à l’évolution climatique. À Villers-Pater, au sud de Vesoul, comme dans de nombreuses régions, les orages d’août se raréfient et les étés sont plus secs. Malgré une gestion pointue du pâturage, il a fallu en 2020, comme en 2019, commencer à distribuer du fourrage aux bêtes à partir de mi-juillet. Implanté ces dernières années sur une vingtaine d’hectares, le maïs a été arrêté au profit d’un développement des surfaces en méteil (33 ha d’avoine-orge d’hiver, de triticale-féverole, de triticale-pois en 2019-2020). Et du maïs grain sera acheté.

Une politique économe jusqu’en 2019

Outre la possibilité de récolter tôt au printemps et éventuellement à l’automne, le séchoir apporte une simplification du travail, via une meilleure autonomie dans l’organisation des chantiers, à une période très tendue sur l’exploitation. De 15 à 20 hectares peuvent être fauchés d’un coup et rentrés sur deux à deux jours et demi. « Autre avantage : avec l’autochargeuse, les sols sont moins tassés qu’avec le télescopique, la remorque et le tracteur, nécessaires à la récupération des balles », souligne Laurent Poisot. Ce changement stratégique s’est fait à l’occasion de l’installation de Michaël.

Le séchoir, opérationnel depuis mai 2019 et d’une capacité de 500 t (niveau atteint en 2020), a été adossé à une stabulation paillée où sont désormais élevées les petites génisses, futures laitières. Le coût global du séchoir, de l’autochargeuse (80 m3), et du bâtiment des génisses s’élève à 700 000 €. Il a été subventionné à hauteur de 67 000 € (Feader et PCAE). Avec une facture d’électricité chiffrée à 8 000 € par an, le coût de séchage a été estimé à 15 € la tonne de fourrage.

Cet investissement marque pour le Gaec d’Argirey une étape importante, qui tranche avec la politique économe et très prudente menée jusqu’à présent. En particulier en ce qu iconcerne les bâtiments. Les niches à vaches qui abritent depuis 1972 les montbéliardes ont juste été agrandies, vingt ans plus tard. Le bâtiment est doté depuis 1991 d’une salle de traite assez spartiate, une 2 x 10 avec décrochage automatique, sans carrelage. « L’essentiel est que les vaches y montent facilement et s’y sentent bien pour donner leur lait », commente Ismaël Mougin. Ce qui est le cas : la durée de la traite, avec nettoyage, s’établit à une heure un quart à deux trayeurs pour une centaine de vaches, celles à fort niveau cellulaire étant triées pour servir de mères nourrices aux petites génisses (lire l’encadré).

« La construction du séchoir va aider les associés à renforcer la résilience de leur système et à assurer une alimentation de qualité », analyse Edwige Haeffele, de Gen’IAtest (ex-contrôle laitier). Un point indispensable au maintien d’un bon potentiel laitier : 7 100 kg par vache et par an en 2019-2020, en bio, avec la moitié des vêlages entre le 1er mars et le 31 août.

Cent vaches au pré en pâturage dynamique

La qualité et l’appétence des bottes d’enrubanné étaient variables et la production laitière faisait le yo-yo. « Avec le fourrage ventilé, il sera plus facile d’avoir une alimentation et une consommation homogène, et donc une production laitière plus régulière », note Ismaël. L’hiver dernier, le premier en foin-regain, des caméras posées au niveau des auges ont montré que les montbéliardes ingéraient de grosses quantités de fourrage en peu de temps. « Les vaches se sont bien adaptées à la nouvelle alimentation », observe Edwige Haeffele. Cet hiver, elle se compose de 1,5 kg de foin de prairie naturelle, 2,8 kg de foin de luzerne pure ventilée, 6,7 kg de regain ventilé (multi-espèce ou prairies naturelles selon les cellules), 6,7 kg de foin ventilé, 5,5 kg de concentré fermier à base de maïs grain, de triticale, d’avoine, d’orge, de tourteau, de féverole. La composition du mélange évolue selon les analyses de lait et les disponibilités des matières premières. Le plan de complémentation prévoit 9 kg de concentré maximum pour les plus hautes productrices (5,5 kg/VL en moyenne).

Au Gaec d’Argirey, le passage en ration foin a été effectué sur une conduite bio déjà bien calée avec un système herbe efficace. Malgré­ le nombre élevé de vaches (une centaine au pré toute la période estivale), les éleveurs avaient développé un système très pâturant, cohérent avec les attentes économiques et sociétales. Initialement en pâturage libre sur de grandes parcelles, ils se sont lancés il y a cinq ans dans un suivi de mesures d’herbe avant de passer, un an plus tard, en pâturage dynamique. Celui-ci s’organise à partir de 25 parcelles équipées pour la plupart d’abreuvoirs branchés sur le réseau, et de parcs de nuit proches des bâtiments. Un nouveau paddock est ouvert par demi-journée. Pour rejoindre leur pâture, les montbéliardes parcourent jusqu’à 1,2 km, d’où l’attention portée par les éleveurs à la qualité des aplombs de leurs animaux. « Nous faisons beaucoup de préventif, précise Ismaël. Outre le pareur qui passe tous les mois ou tous les mois et demi (15 à 30 bêtes à la fois), nous faisons appel régulièrement à un ostéopathe. »

Encore dehors fin novembre, les laitières ont bénéficié d’une petite repousse d’automne qui permet d’économiser des correcteurs azotés et du stock fourrager. L’été, avec des prés séchants et une météo qui n’annonce pas de pluie, un système pâturant pour un aussi gros troupeau peut être stressant, certains jours. Trouver des adaptations est capital. Il faut pouvoir compter sur des stocks d’avance, et pouvoir rentrer les vaches en bâtiment quand il fait trop chaud. « Après avoir chuté de 80 000 litres en 2018 à cause de la sécheresse, l’exploitation a su se montrer résiliente l’année suivante, en produisant 70 000 litres de plus », commente Marion Churout, de la chambre d’agriculture de Haute-Saône.

Prochaine étape : diminuer l’âge au premier vêlage

À partir de cette année, les éleveurs vont actionner un levier supplémentaire pour économiser du fourrage : ils vont diminuer l’âge au premier vêlage (objectif 30 mois, au lieu de 34 actuellement) et réduire le nombre de génisses élevées. Cette démarche, facilitée par la mise en service du nouveau bâtiment où est désormais hébergée la relève, leur permettra de réduire les coûts de renouvellement du troupeau (1 100 à 1 300 € par animal). « Tant qu’ils pouvaient faire de l’enrubanné, les éleveurs, qui disposent d’un débouché valorisant en vaches trayantes, n’avaient pas de raison de ne pas élever toutes leurs génisses, note Edwige Haeffele. Aujourd’hui, compte tenu du changement fourrager en foin-regain et de l’évolution climatique, la donne n’est plus la même. » Dans l’élevage, tous les veaux femelles montbéliards sont génotypés. En réflexion depuis plusieurs années, la construction du séchoir rend le système de production du Gaec encore plus cohérent. C’est un pari sur l’avenir. L’objectif des éleveurs est de maintenir voire d’améliorer leurs marges, en ne s’arrêtant pas qu’au prix de leurs produits, même s’ils sont élevés, mais en ayant toujours en tête ce qu’ils coûtent.

Anne Bréhier
Le site d’exploitation, où se trouve une partie des maisons d’habitation des associés. © C. F.
Figurant parmi les cinq finalistes du championnat adulte du National Montbéliard fin 2019 à Besançon, Idole affiche pour sa meilleure lactation, la quatrième, une production de 9 176 kg de lait, à 41 de TB et 34,7 de TP, en 305 jours. © J.-M. V.
Mises en service en 1972 à la période de Noël, les niches à vaches ont été agrandies vingt ans plus tard et équipées d’un Dac. Le foin est distribué au cornadis. Les couloirs couverts sont nettoyés au tracteur rabot, matin et soir l’hiver (une seule fois par jour quand les vaches sont au champ). © C. F.
63 ha d’herbe sont accessibles depuis le bâtiment. Les vaches parcourent jusqu’à 1,2 km pour rejoindre leurs parcelles. Réorganisé il y a deux ans, le parcellaire est passé du pâturage rationné, avec avancement au fil, à un système dynamique. © C. F.
Après deux ans d’utilisation, les associés ont acquis le savoir-faire nécessaire au bon fonctionnement du séchoir. D’une capacité de 500 t, il est doté de quatre cellules (trois de 180 m
Dans le nouveau bâtiment adapté aux différents lots, les petites génisses sont nourries au foin avec de la farine (distribuée à la main). Dans ce bâtiment, lumineux et bien isolé grâce à la double toiture, il fait bon toute l’année. © C. F.
Le Gaec fabrique 150 tonnes d’aliments par an à partir de ses céréales et ses méteils, dont 30 tonnes pour les génisses. © C. F.
Construite en 1996 et ouverte sur le long-pan, la nurserie est constituée de dix cases paillées confortables, avec accès à un parc extérieur (obligatoire en bio). N’y sont logés que les veaux qui seront élevés. Les autres sont vendus à 15 jours. C’est au bout de ce bâtiment que les petites génisses, hébergées à raison de trois ou quatre par case, sont nourries deux fois par jour par les vaches à cellules converties en nourrices.
Pas de Dal, mais des mères nourrices

Les vaches à cellules (avec un comptage > 500 000), les « pénibles » en salle de traite, servent de mères nourrices aux petits veaux. Leur nombre (entre trois et douze) varie selon le besoin en production de lait. Deux fois par jour, les montbéliardes sont montées à la nurserie et prises au cornadis pour être tétées par les veaux. Ceux-ci sont libérés case par case, des plus jeunes (1) aux plus âgés. Cette pratique, mise en œuvre depuis les quotas laitiers, en 1984, correspond aux exigences du cahier des charges bio (lait de vache). « Le temps nécessaire, 30 minutes matin et soir, voire une heure quand il y a jusqu’à 35 veaux, ne pose pas de problème quand on est quatre associés », affirme Ismaël Mougin. De l’argile est mise à disposition pour prévenir des diarrhées chez les veaux qui boivent vite et beaucoup. « Faute de savoir ce que consomment exactement les animaux, un œil affûté d’éleveur sur les bêtes, ainsi qu’un suivi de croissance, sont indispensables, commente Edwige Haeffele, de Gen’IAtest. Ce qui est le cas au Gaec d’Argirey où, au sevrage, les veaux sont nickel. »

(1) Après les 15 premiers jours en niche individuelle.

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