Les essais conduits à la station expérimentale Arvalis de la Jaillière (Loire-Atlantique) ont permis d’évaluer les performances des régimes à base d’ensilage d’herbe et de maïs épi ensilé. Les résultats montrent qu’il est possible d’accroître fortement l’autonomie protéique de la ration tout en maintenant la production laitière. Cela à condition de valoriser une herbe bien préfanée et de maximiser l’éclatement des grains de maïs épi.

« De l’ensilage d’herbe en grandes quantités apporte l’essentiel des besoins en protéines et en fibres, mais peut s’avérer être limitant en énergie, rappelle Hugues Chauveau, chargé d’études Arvalis. D’où l’association avec du maïs épi. Cela aurait pu être des céréales, de la betterave ou des coproduits énergétiques lorsqu’ils sont disponibles. Mais le maïs épi à l’avantage d’une logistique de récolte, de conservation et de reprise identique à l’ensilage plante entière. »

Un ensilage préfané à 35 % de MS minimum

Pendant deux ans, en 2020 et 2021, 114 vaches holsteins à partir de la 23e semaine de lactation ont reçu trois rations avec différentes quantités d’ensilage d’herbe : 15, 30 et 50 % (voir infographie). En 2020, l’ingestion et une production de 31 à 31,8 litres de lait/vache ont été maintenues grâce à un ensilage d’herbe préfané de qualité : 41,3 % de MS, 0,98 UFL et 16,7 % de MAT. La baisse de TP et la moindre reprise de poids, observées pour les lots conduits avec peu ou pas d’ensilage de maïs, suggèrent néanmoins un plus faible apport énergétique lié à une valorisation insuffisante du maïs épi. En 2021, le lot nourri avec 50 % d’ensilage d’herbe affiche une baisse significative de production (-16 %) de TP (-8 %) et de reprise d’état (-48 %). Une situation qui pointe la qualité d’un fourrage trop humide, malgré des valeurs nutritives intéressantes : 26,5 % de MS, 0,86 UFL et 17,3 % de MAT.

© GFA

La valeur de l’ensilage d’herbe étant plus aléatoire, dès que l’on s’oriente vers ce type de système, les marges de manœuvre sont en effet plus réduites. Deux critères sont essentiels : bien sûr une récolte précoce qui détermine l’essentiel de la qualité ; mais aussi les conditions de récolte : « Si l’ensilage ne sèche pas assez au champ, il sera moins bien ingéré en raison d’un plus grand encombrement et d’une plus grande teneur en acides gras volatils pénalisante pour la digestion. » Le conseil : une récolte à 35 % de MS au minimum qui assure à la fois une meilleure conservation et une meilleure teneur en sucre. Plus le fourrage est humide, plus les sucres seront consommés pendant le processus de fermentation au silo. « De plus, le séchage permet de réduire la part d’azote soluble et donc d’améliorer la valeur protéique du fourrage. Un facteur d’autant plus important avec des objectifs de production élevés. »

Un amidon moins dégradable que le maïs plante entière

Le maïs épi est un concentré plus sécurisé que le maïs grain humide : il contient trois fois plus de fibres et un peu moins d’amidon. Il peut être intégré à raison de 2 à 5 kg de MS/jour. Il est aussi moins riche en UFL que le grain :  1,22 UFL/kg vs 1,08 UFL selon les tables Inra. L’essai d’Arvalis révèle une variabilité importante de la valeur nutritive du maïs épi avec des écarts de 0,12 à 0,13 UFL/kg MS dus essentiellement au rapport grain/épi. Autre constat : que ce soit à la récolte ou après fermentation au silo, l’amidon est beaucoup moins dégradable que celui de l’ensilage plante entière. Aussi, lorsque c’est possible, une ouverture du silo après 60 jours est préconisée et surtout la nécessité d’assurer un éclatement intense des grains. « Avec un silo pourtant ouvert après quatre mois de conservation, nous avons retrouvé beaucoup de grains dans les bouses. Lors du chantier de récolte, il faut donc prévoir une longueur de coupe réglée au minimum, des éclateurs en état et serrés au maximum, avec, si possible, un fort différentiel de vitesse. L’objectif est de n’avoir aucun grain intact. »

À la récolte, viser un grain à 35 % d’humidité qui correspond à un amidon vitreux. À ce stade, le pourcentage de MS de l’épi complet se situe entre 50 et 60 %. Pour l’atteindre, compter 200 ° jour après le stade 32-33 % MS de la plante entière, soit 10 jours à 1 mois selon les conditions. Après ouverture, il faut veiller à un dimensionnement du silo qui assure une avancée du front d’attaque de 10 à 15 cm/jour en hiver et 20 à 25 cm en été (voir L’Éleveur laitier n° 321-322). L’ajout de conservateurs ne permettra pas à lui seul de contrer les effets d’un avancement insuffisant.