La dégradation des fibres dans le rumen, via la production d’acide gras volatils (AGV), fournit l’essentiel de l’énergie aux ruminants. Dans un contexte de concentrés chers, l’objectif des pratiques de rationnement est de maximiser la valorisation de ces fibres afin d’extraire le plus d’énergie possible des fourrages.

Des fibres courtes facilitent la digestion

« Les micro-organismes, en particulier la flore fibrolytique, sont très sensibles aux conditions physico-chimiques du rumen, rappelle Frédérique Chaucheyras-Durand, microbiologiste, directrice de recherche chez Lallemand. C’est-à-dire le pH, mais aussi le maintien d’un milieu anaérobie.Les protozoaires, par exemple,dont on a longtemps pensé qu’ils ne jouaient pas de rôle, participent à la digestion des fibres. Or, ils sont très sensibles à la présence d’oxygène et disparaissent avec des régimes acidogènes. Les fibres courtes et un peu déstructurées vont, d’une part, limiter l’entrée d’oxygène, mais aussi faciliter l’accès des enzymes microbiennes aux tissus pour rendre la paroi plus digestible. Il faut donc sortir de l’idée que les fibres doivent être longues et piquantes. Sans broyer la ration, au risque de créer de l’acidose, les vaches sont capables de ruminer avec des fibres modérément longues. »

Le NDF pour contrôler la fibrosité de la ration

Le pourcentage de concentré est le critère qui agit le plus directement sur le pH du rumen. La ligne rouge à ne pas dépasser : 40  % de la MSI, tout en essayant de tendre vers la zone de confort de 25  %. La longueur des brins correspond à la fibrosité physique de la ration : l’idée est de couper fin pour favoriser l’ingestion comme la digestion. Pour le maïs 2022, vu sa faible digestibilité, il convient de retenir une base de 8-10 mm. Le pourcentage de particules de moins de 5 mm devant être inférieur à 40  % de la ration (tamis Penn State).

Avec des fibres trop longues, les vaches hautes productrices peuvent être limitées par l’encombrement des fourrages. Sur les analyses, l’encombrement est mieux estimé par le critère de fibre NDF (fibre au détergent neutre), c’est-à-dire par la teneur totale en parois végétales de la plante : cellulose, hémicellulose et lignine. Le NDF permet d’évaluer la fibrosité chimique de la ration. Pour garantir un apport suffisant en fibre, on visera un taux de NDF de 35  % de la MSI (et 17 à 18  % de cellulose brute).

Renouveler les analyses pour plus de précision

La lignine est la part non digestible du NDF. Plus elle augmente, plus la digestibilité du NDF ou dNDF diminue. La maturité de la plante est le facteur le plus impactant pour la digestibilité des fibres, d’où l’intérêt des suivis de MS pour anticiper la récolte. Le dNDF évolue dans le temps. Cela implique de renouveler les analyses d’ensilage, dans une logique d’alimentation de précision.

« Le sucre est aussi un moyen de stimuler les papilles et les fermentations du rumen », rappelle la chercheuse. Un rapport amidon + sucres/cellulose égal à 1,15-1,55 maximum pour les fortes productrices est couramment recommandé.

« De même, le confort et l’accès aux fourrages non limitants contribuent à la santé de la flore du rumen en évitant les à-coups fermentaires. Avec des fourrages peu digestibles, les levures vivantes sont également un moyen de soutenir la flore, d’une part, en captant l’oxygène pour maintenir un milieu anaérobie et, d’autre part, en stimulant les bactéries consommatrices d’acides lactiques pour éviter les baisses de pH. »

 

jérôme pezon