Cet été, votre revue se faisait l’écho d’une première décision favorable aux associés du Gaec de Coupet, à Mazeyrat-d’Allier (Haute-Loire), dans le bras de fer juridique qui les oppose aux opérateurs téléphoniques Orange, Free, SFR, Bouygues : l’arrêté du tribunal administratif de Clermont-Ferrand ordonnait la coupure, pendant deux mois, d’une antenne 4G située à moins de 250 mètres de leur ferme, afin de constater ou non une évolution de la santé du troupeau laitier.

« L’État a peur de la jurisprudence »

Cette ordonnance faisait suite à la plainte déposée par Yannick et Frédéric Salgues, deux jeunes éleveurs confrontés à une brusque dégradation de l’état de leurs 110 vaches holstein dès l’installation de l’antenne, en juillet 2021. Aucune des investigations menées lors de l’expertise judiciaire n’a permis d’identifier formellement une autre cause : ni les analyses de sol, de nourriture, d’eau ni les prises de sang ou les autopsies des animaux morts. Pourtant, quelques jours avant l’échéance, le Conseil d’État a décidé de casser l’ordonnance du tribunal et de reporter l’expertise au mois de février. « Ils veulent mandater un nouveau vétérinaire et relancer les investigations. Or, tout a déjà été fait, sauf l’arrêt de l’antenne. L’État a peur de la jurisprudence et, pendant ce temps, nos animaux dépérissent », désespère Frédéric. Philippe Molera, le maire de la commune, déplore le manque de transparence de cette situation vis-à-vis des habitants : « L’arrêt de l’antenne était une décision logique pour lever les doutes sur une question de santé publique. Mais, sous la pression de Bruno Le Maire, l’État s’est immiscé dans une décision de justice ».

Depuis un an et demi, les éleveurs ont perdu près de 40 bêtes. Sur place, les animaux sont d’une maigreur et d’une apathie dramatiques. À bout, Y. et F. Salgues ont déjà vendu cinquante vaches et des génisses pour payer les dettes qui s’accumulent. « L’idée est de garder une trentaine de vaches pour repartir, si l’expertise arrive à son terme. Arrêter et accepter la liquidation judiciaire serait donner raison aux opérateurs. Dans l’attente, nous allons nous concentrer sur du travail à l’extérieur, faire des cultures. »

Jérôme Pezon