Olivier et Nicolas Wilt exploitent 150 hectares, dont 90 de terres labourables, à Dachstein, dans le Bas-Rhin. Leur troupeau de holsteins compte 120 vaches, conduites en zéro pâturage dans une stabulation à logettes. Le bâtiment qui les accueille est récent et largement ouvert sur les deux pans principaux.

Férus de génétique bovine et soucieux de maintenir un haut niveau de production (>10 000 litres de lait/VL), les deux frères se sont questionnés sur les différents moyens matériels de limiter les effets du stress ther­mique sur les performances des animaux. Un enjeu désormais incontournable, dans une région soumise à un climat continental.

Leur réflexion a finalement abouti à l’installation d’un dispositif appelé Cooloing System de la marque APM. Il s’agit de douches couplées à des ventilateurs verticaux et des brasseurs d’air mis en route au printemps 2022, pour un investissement de 55 000 €.

Une douche de 80 à 120 secondes toutes les dix minutes

« Avant cela, nous avions un système de brumisation et de ventilation qui n’était pas suffisamment efficace compte tenu de la superficie de la stabulation, expliquent les éleveurs. De plus, les vaches avaient tendance à rester agglutinées dans les zones concer­nées où se concentrait l’humidité. Vers la fin de l’été, nous avons observé des soucis de propreté de la mamelle en salle de traite, mais aussi des panaris dus à ces zones souillées, favorisées par l’humidité stagnante. »

Exit donc la brumisation. Quelque 120 mètres de tuyaux ont été installés au-dessus des cornadis, où des buses dispensent désormais de véritables douches qui arrosent les vaches à grosses gouttes, selon des séquences de 80 à 120 secondes à intervalle de dix minutes. Au-dessus des douches, 13 brasseurs d’air verticaux assurent le séchage des animaux et cinq brasseurs d’air horizontaux sont posi­tionnés dans le bâtiment au-dessus du couchage, de manière à assurer un effet bien-être toute l’année. « Le séchage permet à la chaleur de s’évacuer, avec des ventilateurs verticaux qui assurent une vitesse de l’air de 2 à 3 mètres par seconde. Parallèlement, on conseille de placer, au-dessus du couchage, des brasseurs horizontaux à une vitesse plus réduite de 1 mètre/seconde », précise Maxime Muller, technico-commercial APM. Le prérequis est bien sûr d’avoir un renouvellement naturel de l’air suffisant dans la stabulation, « sinon on risque d’aggraver la situation. Car, plus il fait humide, plutôt commence le stress thermique dans l’échelle des températures », prévient le technicien. Ici, la stabulation est ouverte sur l’ensemble du côté sud. Au nord, la partie supérieure du bardage est ouverte tout comme la faîtière.

Moins de glissades et des pieds plus propres

L’alternance des cycles d’aspersion et de ventilation est calculée par des sondes, réparties à plusieurs endroits du bâtiment. Elles mesurent la température et l’hygrométrie. La fréquence et la durée des douches comme de la ventilation s’ajustent automatiquement en fonction de ces deux paramètres. Pendant la nuit, le système est arrêté pour reprendre au matin, quand le mercure grimpe.

Lorsque les douches fonctionnent, on remarque que les vaches restent au cornadis et se laissent arroser en ruminant tranquillement. Aucune agitation n’est visible dans le troupeau, au contraire c’est le calme plat. Contrairement à la brumisation où l’humidité se dépose sur le poil, avec un mouillage fort, l’eau pénètre dans les tissus, ce qui favorise l’échange thermique et la vache refroidit rapidement. Les éleveurs ont pu observer un deuxième effet bénéfique à ce système. « L’arrosage permet de nettoyer les couloirs et la ventilation les sèche. Ainsi, les glissades se raréfient et les pieds des vaches sont donc plus propres, ce qui est plutôt appréciable. » En période sèche, l’aspersion des sols, suivie du passage du racleur, aurait aussi l’intérêt de limiter les effets de beurrage des bouses.

Les vaches taries ont aussi besoin d’être choyées

« En matière de performances laitières, nous n’avons constaté aucune chute de production au cours de l’été. Les vaches ont très bien supporté les pics de chaleur. » Le système ne s’arrête pas au bien-être des vaches laitières, il contribue également au confort des boxes de vêlages et des lots de vaches taries. « Il est important pour nous d’être attentifs à toutes les catégories d’animaux. Une vache tarie bien choyée pendant cette dernière phase, c’est un futur veau prêt à entamer une vie productive. » Le montant des investissements étant conséquent, il est parfois recommandé d’accorder la priorité au confort des taries, car le stress thermique à ce stade aura des conséquences négatives à long terme sur les performances des génisses à naître.

Camille Hillou

© c. hillou - Aspersion. 120 mètres de tuyaux équipés de buses ont été placés au-dessus des cornadis, où ils dispensent de véritables douches, en alternance avec des phases de séchage. c. hillou