Courant octobre, les actions syndicales organisées par les FDSEA et les JA se sont multipliées en France. Lancées contre Sodiaal en Bretagne et dans l’Est, elles ont visé Danone en Normandie et dans le Nord. Blocages des sites industriels, demandes de rencontres avec les responsables, les éleveurs ont exprimé leur incompréhension, voire leur révolte, face à ces laiteries qui peinent à augmenter leurs prix. L’annonce de l’accord conclu entre Lactalis et l’Unell sur une revalorisation du prix au quatrième trimestre a exacerbé le mécontentement (lire p. 21), démontrant au passage les bénéfices possibles d’une médiation.

Dialogue de sourds chez Sodiaal

En Bretagne, les actions ont au moins permis aux manifestants de rencontrer des administrateurs de Sodiaal. Mais ces réunions laissent un goût amer. « Aucun espoir d’amélioration du prix cette année », résume Romain Marc’h, adhérent à Sodiaal et responsable des JA du Finistère. De nouveaux contrats devraient permettre une hausse du prix en 2023. Il s’agirait de vente de cheddar mais les informations restent floues. Les éleveurs ne sont pas naïfs. Ce discours du « ça ira mieux demain » est comme une litanie chez Sodiaal depuis des années. Le manque de transparence vis-à-vis des adhérents provoque une certaine résignation. Les investissements sont à l’arrêt sur les élevages et des jeunes abandonnent leur projet d’installation.

À Metz, un échange avec le président de Sodiaal a laissé les éleveurs désabusés. « Nous n’obtenons aucune réponse sur les raisons de l’immobilisme de cette coopérative » dénonce Daniel Perrin, secrétaire général de la FNPL.

Le compte n’y est pas pour « les Danone »

Les livreurs normands de Danone, eux, ne supportent plus leurs prix de base scotchés autour des 405 € à 415 €/1 000 l ces derniers mois, malgré les négociations de février et juin pour un calcul plus réactif à la conjoncture. « Nous demandions 450 € de prix de base pour le quatrième trimestre. Danone a accepté 437 € que les manifestants ont approuvés à une courte majorité », indique Jocelyn Pesqueux, vice-président de l’OP Caplait et responsable syndical. « C’est une demi-satisfaction. Danone ne prend pas conscience que le lait a de la valeur aujourd’hui. » Un rendez-vous est pris pour définir 2023. Idem en Basse-Normandie. L’OP des 3 Vallées – qui a choisi de ne pas organiser de manifestations – vise au moins 480 €. Elle demandait 460 € au quatrième trimestre. Les négos se sont finies à 430 €.

Dans la foulée de ces actions, la FNPL part à la rencontre des parlementaires, via des webinaires organisés dans tous les départements d’ici à la mi-novembre. « Nous voulons qu’ils s’engagent à soutenir notre demande de modification d’Égalim 2 afin que le retour vers les producteurs du paiement de la matière première agricole lors des négociations commerciales soit une réalité pour tous », précise Daniel Perrin. Il rappelle que lorsqu’il était ministre de l’Agriculture, Julien Denor­mandieavait confirmé que la loi Égalim s’applique aussi aux coopératives.

Pascale Le Cann et Claire Hue