Avec ses 250 Ml collectés et ses 380 Ml transformés, Lactalis Polska est loin des deux milliards de litres des deux grandes coopératives Mlekovita et Mlekpol. Néanmoins, en 15 ans, la filiale polonaise du groupe lavallois a plus que triplé ses fabrications. Dans son panier bien sûr, des camemberts adaptés à la consommation polonaise et tchèque (10 à 15 % des fabrications exportées), mais aussi de la mozarella fraîche, des fromages à pizza, des boissons lactées, du mascarpone et des produits typiques polonais tels que le twarog (fromages frais). La stratégie est d’occuper les marchés PGC sur lesquels les leaders sont moins présents. Cette gamme est produite dans quatre usines (voir carte).

« L’envie de foncer »

La dernière, à la frontière allemande, a rejoint Lactalis Polska en 2020, à la suite de l’acquisition par Lactalis de l’italien Nuova Castelli. « L’avant-dernière acquisition du groupe remonte à 2008. Le mauvais état des routes n’encourageait pas le rachat de laiteries. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », décrypte Aleksander Czepelewski, directeur marketing. Un cinquième site est directement rattaché à Laval. Aucun n’est équipé de tour de séchage. Lorsqu’elle a besoin de lait, la filiale polonaise s’approvisionne sur le marché Spot. « C’est moins coûteux que d’avoir une collecte plus importante », dit Wojciech Jamiołkowski, le directeur de l’usine de Winnica (92 Ml). Cette dernière, spécialisée dans le twarog (40 000 t), achète du lait écrémé avant les fêtes de Noël et de Pâques, qui sont ses pics de consommation. Depuis 2020, le site développe le mascarpone. Le succès (4 600 t prévues en 2022) l’oblige à construire un nouvel atelier pour 4 M€. « Au lancement du mascarpone, nous avons envoyé un échantillon à nos collègues italiens qui sont les spécialistes de ce produit. Ils ne s’attendaient pas à une telle qualité, dit Aleksander Czepelewski. Nous avons envie de foncer », résume-t-il.

« Nous approvisionner sur le marché Spot ne nous empêche pas de favoriser le renouvellement des générations et travailler à accroître la collecte », poursuit Freddy Durand, responsable de la collecte en Pologne, Tchéquie, Allemagne, Pays-Bas et Suède. Cela passe notamment par un encouragement au développement des livreurs via des crédits de financement d’équipements laitiers et d’achats d’animaux. « La contrepartie est un engagement sur la durée du remboursement », pointe Andrzej Backowski à la tête de 37 holsteins, et bientôt de 45, avec sa femme Marzena et son fils Lukasz (photo p. 12).

En septembre, de l’ordre de 545 €/1 000 l TPQC

Ils livrent 260 000 l à Lactalis Winnica (473 producteurs en moyenne à 195 000 l). Ils ont emprunté à Lactalis 15 000 € sans intérêt pour compléter le financement de terres et de deux génisses amouillantes. « Si l’on rompt l’engagement, il faut payer de l’ordre de 20 €/1 000 l (1) de pénalités. » L’inverse est aussi vrai. Cela ne les a pas empêchés fin 2021 de réagir au prix du lait qu’ils estimaient déconnecté de l’environnement. « Nous nous sommes accordés entre collègues avant de contacter individuellement Lactalis Winnica avec qui il est aisé d’échanger­. » Sur les autres sites, les livreurs Lactalis ont aussi réagi. Selon nos informations, de 365 € à 370 €/1 000 l (1) TPQC en janvier, le prix du lait est passé progressivement autour des 545 € à 550 €/1 000 l en septembre.

Claire Hue

(1) 1 €= 4,85 zlotys.