Dans le Trièves et la Matheysine, cantons montagneux du sud de l’Isère, le tissu laitier est fragile. Danone a déjà déserté la zone, et les huit derniers producteurs Lactalis étaient collectés par Sodiaal, un arrangement entre les deux laiteries.

Afin de pérenniser leurs fermes, qui pèsent ensemble 3 Ml, ces éleveurs souhaitaient lancer leur marque de lait local. Après plus de quatre ans de tractations, leur brique Plein Lait Yeux Isère, portée par l’association du même nom, devrait se trouver en magasin mi-janvier. Sodiaal a réservé la capacité d’atelier pour effectuer le conditionnement du premier lot – sous réserve que des difficultés logistiques ne retardent pas encore le lancement de la marque.

Conditionnement assuré par l’usine Candia-Sodiaal

« Il s’agira d’un lait produit en Isère et conditionné dans l’usine Candia de Vienne, explique­ Stéphane Bonnois, président de Plein Lait Yeux. À l’origine, on voulait un lait 100 % Trièves-Matheysine, mais le coût de ramassage séparé était trop élevé. Sodiaal s’engageait seulement à assurer une traçabilité sur l’origine Isère. »

Dans le dispositif initial, les producteurs gardaient leur contrat Lactalis et leur lait restait collecté par Sodiaal et mélangé avec celui d’autres producteurs isérois. « On ne voulait pas quitter notre laiterie, pour limiter les risques », explique l’éleveur. Plein Lait Yeux devait ensuite racheter le lait à Sodiaal et payer une prestation pour la mise en briques.

Un événement a changé la donne : ayant quitté Lactalis pour signer avec La Fermière, ces producteurs sortent du même coup de la collecte Sodiaal. « Le projet était sur les rails, l’association créée, les emballages commandés, les aides accordées : on ne pouvait pas laisser tomber, soupire Stéphane Bonnois, qui fait son possible pour garder le cap dans ce contexte difficile. On a intégré dans l’association des producteurs Sodiaal : on est sûrs, au moins, qu’il y aura de leur lait dans nos briques. »

Du lait revendu 1 € aux GMS

Le rôle de Sodiaal se borne ainsi à « assurer la qualité et la traçabilité du lait », indique la coopérative. Elle a tout de même apporté son expérience d’industriel dans la construction du projet. L’association achètera le lait sortie usine, et confiera le volet commercial et logistique au Pôle agroalimentaire de l’Isère, moyennant une commission de quelques centimes par litre. Le lait sera revendu 1 €/l aux GMS, qui ajouteront leur marge pour fixer leur prix de vente au consommateur. Ce dernier aura alors l’assurance de boire un lait isérois et de contribuer au maintien du tissu laitier en montagne.

Bérengère Lafeuille