«Auparavant, nous avions des délais de livraison moyens de trois à quatre mois pour la plupart de nos tracteurs, dorénavant nous annonçons à nos clients qu’il faut patienter entre cinq et sept mois, confiait un concessionnaire rencontré au Sommet de l’élevage début octobre. Sur les options liées aux nouvelles technologies et au guidage, c’est encore pire ! Il arrive que nous livrions certains matériels sans l’antenne GPS ou sans la console et que nous retournions installer les équipements manquants plus tard. » Une tendance confirmée par tous les constructeurs et qui concernent toutes les familles de matériels et d’équipements. En cause ? La forte tension actuelle sur le marché des matières premières, comme l’acier, dont les prix ont doublé en quelques mois. Un phénomène qui touche aussi les secteurs des pneumatiques, des essieux, des composants électroniques, de la logistique… Les effets sont déjà bien visibles sur les tracteurs, avec des tarifs en hausse de 4 à 6 % depuis l’année dernière. Pour les matériels où la part de l’acier dans le prix final est plus élevée (bennes, plateaux à paille…), l’augmentation constatée est de l’ordre de 15 à 25 %.

Anticiper davantage les achats

Cette flambée des prix dans le matériel neuf entraîne naturellement des tensions sur le marché de l’occasion, où les prix augmentent également. « Je demande aux clients d’anticiper davantage leurs achats pour ne pas subir de pénurie, ajoute un commercial. Pour les semoirs monograines par exemple, l’agriculteur qui recherche un modèle neuf avec modulation et coupure de tronçons n’est pas certain de le recevoir au printemps prochain. Je recommande aussi de ne pas se séparer d’un ancien matériel avant d’avoir reçu le nouveau. » Mais si l’agriculteur est obligé de conserver plus longtemps son ancien équipement, la valeur de reprise restera-t-elle la même ? Il arrive aussi que le commercial revienne voir son client en lui proposant un matériel moins bien équipé que celui initialement prévu, afin de lui garantir un meilleur délai de livraison.

Des stocks gérés au jour le jour

Dans ce contexte, constructeurs et concessionnaires gèrent leurs stocks au jour le jour. En matériel de traite, des distributeurs reconnaissent qu’ils retardent la mise en service d’installations neuves afin de conserver des pièces pour les dépannages. Le manque de visibilité inquiète la filière : le phénomène touche tous les secteurs (automobiles, industrie, aéronautique…) et rien ne permet de dire comment seront orientés les prix dans six mois. L’acier a certes atteint un palier depuis quelques semaines, mais il peut tout à fait repartir à la hausse, comme à la baisse. Mêmes interrogations au sujet du manque de composants, pour lequel aucune sortie de crise n’est en vue.

Denis Lehé