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Pas de détente attendue avant le printemps

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La hausse continue du prix des aliments du bétail concerne toutes les matières premières. Les cours se stabilisent à un niveau élevé, sans perspectives d’amélioration significative d’ici la prochaine campagne.

La fin de l’année 2020 a été marquée par une hausse continue et généralisée des cours des matières premières destinées à l’alimentation animale. Après un pic historique fin décembre 2020, les cours sont restés à des niveaux élevés jusqu’au printemps.
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La fin de l’année 2020 a été marquée par une hausse continue et généralisée des cours des matières premières destinées à l’alimentation animale. Après un pic historique fin décembre 2020, les cours sont restés à des niveaux élevés jusqu’au printemps.

Sur un an, le prix des aliments achetés Ipampa lait de vache enregistrait une progression de 13,1 %. Cette conjoncture concerne non seulement les principales matières premières, mais aussi les micro-ingrédients tels que les acides aminés, les minéraux et les additifs, largement importés.

À la fin de l’été, les constats sur les différents marchés opérés montrent une situation qui reste très complexe : sous l’influence des conditions de récolte et de la consommation mondiale, les cours font l’objet d’une forte volatilité et se stabilisent à un niveau élevé. « Ce constat haussier est le même pour toutes les matières premières valorisées en alimentation animale. Les marchés devraient rester tendus au moins jusqu’aux prochaines récoltes de printemps », s’inquiète le Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (SNIA).

Tourteau de soja : pas de retour à la normale avant l’automne

Emblématique de cette conjoncture haussière, après avoir enregistré une envolée à 480 €/t au premier trimestre, le tourteau de soja semble se stabiliser entre 430 et 425 €/t depuis avril. Cette situation est la conséquence de plusieurs facteurs : d’abord, la boulimie d’achats chinois après la sortie du confinement, jusqu’à épuisement des stocks mondiaux. « Les spéculateurs ont flairé l’aubaine et ont acheté des contrats pour les revendre », explique Karine Noutary, directrice de la société Avena, spécialisée dans le conseil en approvisionnement pour l’alimentation du bétail. Bien sûr, il faut aussi y voir les contrecoups du contexte Covid-19, avec des difficultés d’acheminement depuis les ports de chargement, une hausse du prix de l’énergie et une explosion du coût du transport maritime : un bateau de 180 000 t pour le fret en vrac se louait 8 000 dollars US en janvier 2020, contre 44 625 dollars aujourd’hui ! « Dans ce contexte haussier, la stratégie d’achat pour les éleveurs, consiste à accompagner le marché à la baisse : c’est-à-dire à saisir les opportunités pour réaliser des achats de court terme, en petites quantités. »

Fin août début septembre, à l’approche des récoltes au Brésil et en Argentine, des contrats entre 395 et 403 €/t ont ainsi pu être passés. Très attendu, le rapport USDA (Département de l’agriculture des États-Unis) du 10 septembre rendait compte d’une hausse des surfaces mises en culture et des rendements. « Mais le coût du fret et les fortes ambitions aux achats de la Chine bloquent les prix à un niveau élevé », rappelle Karine Noutary. La conseillère évoque une baisse qui pourrait survenir à l’occasion des semis brésiliens d’octobre, pour des livraisons au printemps prochain. « Cela dépendra notamment des arbitrages dans ce pays entre les surfaces dédiées au soja ou au maïs. Dans tous les cas, on ne devrait pas assister à une baisse conséquente avant les récoltes du printemps et un retour du marché à la normale, c’est-à-dire des prix de 340-350 €, à l’automne prochain, soit deux à trois récoltes pour retrouver l’équilibre. »

Tourteaux non OGM : un vrai risque de rupture d’approvisionnement

Si le prix du soja connaît un léger fléchissement, la tension reste en revanche persistante sur le non-OGM par manque de disponibilités. La prime non OGM (différentiel de prix avec le soja conventionnel) atteint des niveaux records en passant de + 130 €/t au mois de mars à + 280 €/t actuellement. Pire, la menace d’une pénurie plane toujours sur les filières animales. En se reportant du marché US au marché sud-américain, la Chine aurait contribué à casser la production de soja non OGM. « Nous n’envisageons pas encore de suspendre la production d’aliments non OGM, mais le risque d’une rupture d’approvisionnement à partir de novembre existe, prévient François Cholat, président du SNIA. Les fabricants adaptent leurs recettes pour élaborer des formules moins consom­matrices de soja. Mais ces solutions ont un coût qui devra se répercuter au consommateur. Dans ce contexte, nous demandons aux filières animales­ de ralentir le développement des cahiers des charges non OGM. » Désormais, tous les regards sont tournés vers l’Inde et sa future récolte en novembre. Parallèlement, l’alternative colza n’est pas porteuse malgré de bons rendements : en cause, là aussi, une baisse des disponibilités liée à une forte diminution des surfaces emblavées, après les récoltes catastrophiques de 2019 et 2020. Les cours devraient donc rester très élevés, d’autant plus que le canola canadien a subi de plein fouet les effets de la sécheresse.

Coproduits : la concurrence accrue de la méthanisation

Toujours sur le marché de la pro­téine, après trois années de sécheresse qui ont épuisé les stocks, les rendements de la luzerne destinée à la déshydratation ne sont pas à la hauteur des attentes : « Le retard végétatif du mois d’avril n’a pas pu être rattrapé, constate Pierre Begoc, directeur général de Désialis, opérateur de produits déshydratés. Les premières et deuxièmes coupes sont décevantes car elles ont été pénalisées à la fois par un excès d’humidité et un déficit de luminosité. La troisième sera probablement inférieure à la moyenne cinq ans et la quatrième ne concernera qu’une faible partie du parcellaire à cause des retards. Toutefois, nous aurons la capacité de répondre à la demande en pellets (16 à 23 % de MAT) cet hiver et jusqu’à la fin de la campagne, mais la disponibilité en balles déshydratées restera réduite. »

Corrélé aux cours des céréales, le prix des drèches déshydratées s’est renchéri de façon sensible ces derniers mois. Le coût élevé du maïs contribue en effet à maintenir celui du blé et de l’orge à un haut niveau. Les coproduits humides pourraient cependant constituer une opportunité, selon Bernard Margaron, directeur de la société éponyme. « Le marché devra arbitrer entre des industriels qui souhaitent maintenir des prix de vente élevés, tirés par les cours des matières premières, et une forte baisse de la demande liée à l’abondance des stocks fourragers. L’impact de la demande des agriculteurs méthaniseurs, gros consommateurs de coproduits, limite aussi cette baisse potentielle et explique que le marché ne soit pas encore fixé. Malgré la réticence forte des industriels, on peut s’attendre à une baisse du prix des coproduits. » La pomme de terre pourrait aussi constituer une opportunité.

Énergie : dans l’attente de la récolte de maïs grain

Sur le marché de l’énergie, les retards de récolte en céréales d’hiver et la mauvaise qualité aux USA tendent les cours, qui devraient rester élevés jusqu’à la campagne 2021-2022. Le prix de l’énergie subit aussi le manque de disponibilité du maïs, qui demeure cher, car la campagne s’achève avec zéro stock. La très bonne récolte de maïs à venir devra peser positivement sur le prix des céréales et, avec elles, sur le prix des coproduits (corn gluten, wheat gluten…). Mais, là encore, se pose la question du comportement d’achat de la Chine.

Difficile de se rabattre sur la pulpe de betterave comme source d’énergie par manque de disponibilité. Après trois années de sécheresse, mais aussi les dégâts liés à la jaunisse en 2020, qui ont justifié une dérogation pour continuer à utiliser les néonicotinoïdes, l’emblavement de cette campagne est au plus bas depuis 2016. De plus, la betterave sucrière a été confrontée, cette année, à un nouveau problème : le ministère a ordonné la destruction de 5 000 ha de betteraves où a été épandu l’herbicide Marquis. « Même si la météo a été plutôt favorable, le marché restera tendu en raison de la raréfaction des disponibilités, dans un contexte de baisse régulière des surfaces et de concurrence de la ressource avec la méthanisation », souligne Pierre Begoc.

Surcoûts : la nécessité de les répercuter aux consommateurs

Ce paysage des matières premières, sur fond de Covid-19 et d’achats chinois, a un impact direct sur les coûts de production que le prix du lait ne compense pas. En témoigne l’évolution de l’indicateur de marge des ateliers laitiers Milc (voir infographie). Cela d’autant plus que cette conjoncture concerne aussi la paille, l’énergie ou les engrais azotés : au mois de septembre le prix de l’amonitrate 33,5 % s’élevait par exemple à 390 €/t, soit une hausse de 52 % depuis janvier.

Pour François Cholat, ces surcoûts devront inévitablement se réper­cuter sur les consommateurs. « Car nous n’avons plus les moyens de tamponner la hausse des matières premières à travers l’ajustement de nos formules. Aussi, il est essentiel que les éleveurs puissent répercuter cette hausse sur le prix du lait. Les indicateurs de coût existent désormais. Cette conjoncture constitue un baptême du feu pour la loi Égalim. » Même son de cloche du côté de la FNPL, qui rappelle que le prix du lait doit partir du prix de revient agricole. Dans un communiqué, le syndicat réclame des hausses de prix significatives sur les produits laitiers, « sans attendre les négociations commerciales qui viennent de débuter ».

Jérôme Pezon et Claire Hue
« Je perds plus si ma production laitière baisse »
pierre-yves macé, éleveur à Taillis, en Ille-et-Vilaine - « Je perds plus si ma production laitière baisse »

« Avec 53 ha de SAU, mon objectif est de produire le maximum de lait à la vache. Il n’est donc pas question de réduire la quantité de correcteur azoté et de concentré de production. De même, je ne veux pas renoncer à la qualité des aliments que j’exige du fabricant. L’économie réalisée ne compenserait pas la baisse du lait. Je veux des concentrés efficaces grâce à des matières nobles. Pour le correcteur azoté : tourteaux de soja, de colza et de tournesol pour les acides aminés. Pour le concentré de production : méthionine, vitamines, zéro urée et zéro huile de palme. J’actionne plusieurs leviers pour amortir l’envolée de leur prix. Le premier : être réactif en suivant quotidiennement les marchés. En juin dernier, j’ai passé un contrat pour le correcteur azoté à l’auge. Je suis couvert jusqu’en septembre pour un prix moyen de 379 € la tonne. C’est 22 € de plus qu’en 2020.

« Les fabricants d’aliments mis en concurrence »

Le deuxième : je mets en concurrence trois fabricants d’aliments qui sont dans les clous de mes exigences. Cela me permet de moins subir les hausses, en particulier pour le concentré de production pour lequel je ne contractualise pas. Je ne change pas ma stratégie d’une « VL » efficace. En contrepartie, je n’en distribue pas des quantités astronomiques, c’est-à-dire un maximum de 4,5 kg par vache pour éviter la substitution aux fourrages. De même, quel que soit le prix, je ne change pas les aliments choisis pour les génisses jusqu’à leur 7 mois. Il n’est pas question que leur croissance soit retardée par des concentrés moins techniques.

« Mes 3 hectares de luzerne sont déshydratés »

C’est surtout ce que je produis sur l’exploitation qui me permet de tamponner la fluctuation des marchés. Toutes les prairies sont pâturées et les 26 ha de maïs sont précédés d’un couvert ray-gras d’Italie + trèfles. Vingt hectares sont ensilés. Six sont déshydratés en brins longs par la coopérative Deshyouest et destinés aux vaches. Mais c’est la luzerne déshydratée en brins longs à 17-18 % de MAT qui joue un grand rôle dans l’autonomie protéique que je développe, en dépit de ma faible surface. Les vaches en reçoivent toute l’année 4 à 5 kg. La marge sur coût alimentaire calculée chaque mois à la vache par le contrôle laitier m’aide à piloter mon troupeau. En 2020, j’ai distribué 1,68 t de concentrés par vache soit 150 g par litre. »

« Tout augmente, de l’engrais azoté au fuel »
Daniel Blachon, éleveur à Saint-Victor-Malescours (Haute-Loire) - « Tout augmente, de l’engrais azoté au fuel »

Avec un petit groupe de six éleveurs, Daniel Blachon, a choisi une complémentation 100 % matières premières pour mieux maîtriser les coûts, avec des rations de base deux tiers herbe + un tiers maïs : tourteau de soja, maïs grain et pulpe déshydratée. Ensemble, ils achètent en anticipation par semis de 29 tonnes via un négociant (SARL Avena). Ainsi, dès le mois de mars 2020, le groupe avait couvert ses besoins en soja jusqu’en août 2021 au prix de 349 €/t, avant de compléter ses achats pour les mois de septembre et octobre 2021 à 344 €/t. « Dès que le soja se situe entre 340 et 350 €, nous n’hésitons pas à passer commande pour un à un an et demi. Cette pratique a permis d’attendre lorsque les cours sont montés au-delà de 500 €. Nous regrettons aujourd’hui de ne pas avoir fait le choix de nous couvrir pour deux ans. » Difficile néanmoins de se projeter à si long terme, sans visibilité sur le prix du lait. La hausse durable du prix du soja a donc contraint les éleveurs à adopter une stratégie d’achats de court terme, tout en restant vigilants à l’évolution des cours. Ainsi, au printemps, ils ont dû compléter leurs achats pour boucler l’année à 430 € (novembre-décembre), puis 412 € pour les livraisons de février, mars, avril. Début septembre, ils ont su profiter d’une petite baisse pour acheter à 396 € pour les mois de mai-juin. « Sur ma ferme, cela représente cet hiver une hausse de charges de 400 €/mois uniquement pour le soja. Or, tout augmente, de l‘engrais azoté au fuel. La légère hausse du prix du lait ne permettra pas de compenser. » Très concrè­tement, la pulpe a été achetée en avril 220 €/t pour toute la campagne (196 € en 2020) et un espoir subsiste pour le maïs qui sera acheté au moment de la récolte.

« J’espère tirer les bénéfices de mon autonomie alimentaire »
paul de panthou, éleveur à Montigny (Calvados) - « J’espère tirer les bénéfices de mon autonomie alimentaire »

« Je ne peux pas faire beaucoup plus en matière d’autonomie alimentaire, à moins de produire moi-même du soja. Je cultive 10 ha de lupin pour les vaches et les veaux. La protéagineuse supporte bien mes terres acides. Les graines sont séchées puis broyées à la demande par l’ETA. Elle aplatit aussi 30 tonnes d’orge sur les 8 ha cultivés pour un mélange fermier destiné à tous les animaux. De même, 6 ha de maïs sont récoltés en maïs grains et en maïs épi enrubanné. Le premier est transformé en farine par le fabricant d’aliments pour le mélange fermier. Le second est donné aux vaches lors de leur mise à l’herbe.

Côté fourrages, en plus des 22 ha de maïs ensilés, 14 ha de prairies sont pâturés par les vaches et génisses et 12 sont fauchées. À cela s’ajoutent 10 ha d’ensilage de ray-grass d’Italie + trèfles et de méteil implantés en dérobé du maïs. J’expérimente aussi avec l’OP Danone des Trois Vallées 2 ha de sorgho + trèfles. En fin de compte, je n’achète que 15 t de tourteau de soja par an (20 t cette année à cause des faibles rendements en lupin) et 30 t de concentrés production pour les vaches. Ma motivation est d’être  le moins dépendant possible des achats mais au final, j’ai un coût alimentaire de l’atelier laitier assez élevé : 185 €/1 000 l en 2020. À une nuance près. Il intègre 40 à 50 € de frais d’ETA car j’ai peu de matériels. Comme je produis quasiment autant d’aliments concentrés que j’en achète, j’espère cette année tirer les bénéfices de cette stratégie. »

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