S'abonner
Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Traitement sélectif contre les strongles, mode d’emploi

réservé aux abonnés

 - -->
Rapide. Nicolas Lecerf et Jérôme Debieu, avec leur vétérinaire Elsa Gazengel, repèrent les vaches préalablement sélectionnées pour le traitement. © d. G.

Nouveau. C’est simple, c’est économe et cela préserve l’environnement et de l’apparition de résistances : quatre bonnes raisons de mieux cibler les traitements antiparasitaires. Première mise en pratique dans un élevage de la Manche.

Il y a exactement deux ans, (L’Éleveur laitier n°278, de janvier 2019), nous vous présentions les résultats des travaux de recherche de Nadine Ravinet, enseignante-chercheuse à Oniris. Ils permettaient, avec des indicateurs simples, de sélectionner les troupeaux et les animaux qui réagissent le mieux aux anthelminthiques, l’objectif étant de ne pas vermifuger tous les animaux mais de les cibler. Aujourd’hui, au Gaec de la...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
8%

Vous avez parcouru 8% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

Il y a exactement deux ans, (L’Éleveur laitier n°278, de janvier 2019), nous vous présentions les résultats des travaux de recherche de Nadine Ravinet, enseignante-chercheuse à Oniris. Ils permettaient, avec des indicateurs simples, de sélectionner les troupeaux et les animaux qui réagissent le mieux aux anthelminthiques, l’objectif étant de ne pas vermifuger tous les animaux mais de les cibler. Aujourd’hui, au Gaec de la Vallée, dans la Manche, nous avons suivi la première application concrète de ces recherches avec la vétérinaire de l’élevage, Elsa Gazengel, et la collaboration du laboratoire Ceva.

Rappel des enjeux. Pourquoi adopter une stratégie de traitement sélectif contre les strongles digestifs ? La première raison est d’empêcher l’apparition de résistance chez ce parasite. L’enjeu est important car la ressource en antiparasitaire est limitée et il est indispensable de protéger les molécules existantes. Cela passe par la préservation d’une population refuge de parasites, non exposée au vermifuge, donc non soumise à la pression de sélection du traitement en faveur de vers résistants. Il est tout aussi important de préserver l’environnement en limitant l’écotoxicité des résidus du principe actif dans les fèces, cela pour protéger la microfaune de la prairie, et notamment les bousiers. Enfin, l’argument économique pèse aussi : avec moins de vaches vermifugées, le retour sur investissement du traitement est amélioré. « L’objectif est aussi de favoriser le maintien de l’immunité en contrôlant la charge parasitaire. Traiter tous les animaux, surtout avec des produits rémanents, retarde l’apparition de cette immunité. Il faut être attentif au troupeau des génisses mais la vache adulte est aussi une catégorie intéressante pour le traitement sélectif. Ayant acquis une légère immunité en tant que génisse, de nombreuses vaches ne sont pas malades. L’impact sur la production laitière est donc très variable selon les troupeaux et les bêtes. Traiter tous les animaux n’apporte aucune garantie d’avoir une hausse de la production laitière », explique Nadine Ravinet. Rappelons aussi que nous disposons d’une seule molécule anthelminthique avec un temps d’attente nul pour le lait (l’éprinomectine). Il faut la protéger de l’apparition de résistances, en raisonnant le plus possible son utilisation.

Une méthode de tri très simple

Comment sélectionner les troupeaux puis les vaches qui répondront le mieux au traitement ? À l’échelle de la vache, la DO individuelle (dosage des anticorps) ou le dosage du pepsinogène (1) ne sont pas opérationnels en routine. Il faut trouver des critères simples, sans examens complémentaires. C’est ce qu’a validé Nadine Ravinet après une étude sur 123 troupeaux et plus de 6 000 vaches. Et le critère simple, le plus stable, est le niveau de performance au pic de lactation chez les vaches qui ont vêlé au cours de la saison de pâturage. Celles qui expriment un pic plus faible supportent certainement moins l’agression du parasite que leurs congénères du même troupeau et de la même parité. Elles réagiront donc mieux au traitement. Ce sont ces vaches qu’il faut cibler pour le traitement. C’est ce qui sera fait au Gaec de la Vallée. Quel que soit le troupeau, on peut espérer en moyenne 1 kilo de lait en plus par vache et par jour.

Mais on peut être plus précis, en regardant dans quels troupeaux ces vaches tirent le meilleur bénéfice du traitement, et espérer alors jusqu’à 1,3 kg de lait/VL/jour. « Ce sont les troupeaux qui présentent un niveau d’herbe pâturée élevé : au moins deux mois au printemps, avec trois quarts d’herbe dans la ration, puis deux mois en été-automne avec 50 % d’herbe », précise Nadine Ravinet. Le Gaec de la Vallée n’est pas à ce niveau de pâturage : l’herbe entre à 50 % dans la ration au printemps, et au maximum 25 % à l’automne. Un autre élément à prendre en compte pour estimer la réponse des vaches est d’évaluer l’immunité acquise avant le vêlage. Pour le troupeau de génisses, on parle alors de temps de contact effectif (TCE) avec les strongles. Ainsi, les génisses qui pâturent beaucoup, pendant leurs deux saisons de pâturage, sont normalement immunisées. Il faut pour cela un TCE d’au moins huit mois. Nous n’y sommes pas, au Gaec de la Vallée, avec une première saison de mai à fin août, et pas pour toutes les génisses, et une deuxième­ saison interrompue quelques mois pour l’IA. « Sans avoir réalisé un calcul précis, on peut estimer un TCE limité, donc une immunité acquise des génisses assez faible quand elles rentrent dans le troupeau des adultes. Cela augmente les chances d’avoir un gain de production sur les individus traités. »

34 vaches traitées sur les 111 présentes

L’objectif dans le troupeau est de traiter au maximum 50 % des vaches, de façon à garder une population refuge de vers non exposée au principe actif. On ne vermifugera que les animaux qui ont vêlé il y a moins de 200 jours, pendant la saison de pâturage et qui expriment un pic de lactation plus faible. Pour cela, il suffit d’extraire les données du contrôle laitier et de se servir du tableur Excel. Romain Persicot­, du laboratoire Ceva, a ainsi élaboré un petit programme simple, qu’il peut diffuser aux vétérinaires. Il enregistre le numéro d’identification, le rang de lactation, la date de vêlage et la quantité de lait le jour du contrôle. Comme le traitement a lieu au mois de novembre, on peut déjà écarter toutes les vaches qui ont vêlé avant la mise à l’herbe, ici au 1er avril 2020. Ces quelques « fins de lactation » n’offriront pas de réponse à un traitement. Pour les autres, un tableau croisé dynamique avec Excel affiche la production sur les trois premiers mois de lactation pour en déterminer le pic, ce qui permet, associé au rang de lactation, de sélectionner pour le traitement la moitié inférieure des vaches par classe d’âge. Au Gaec de la Vallée, nous aboutissons ainsi à 34 individus à vermifuger sur un troupeau de 111 vaches. Après ce tri, strictement numérique, l’éleveur a toujours la possibilité d’ajouter au traitement quelques vaches qu’il juge plus fragiles. L’économie sur le traitement est ici de 600 € par rapport à l’année dernière, où tous les animaux étaient traités.

dominique grémy

(1) Le pepsinogène est un enzyme de la caillette qui peut passer dans le sang quand sa paroi est lésée par les strongles digestifs.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Sélectionné pour vous

Sélection bovine des taureaux et des hommes

45€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le vêlage : Complications du vêlage, maladies des nouveaux-nés et colostrum

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le bovin malade et sa prise en charge

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER