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Quatre périodes de vêlages pour mieux planifier le travail

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Herbe. Deux bandes sur quatre démarrent leur lactation au pâturage, qui est le socle de l’alimentation fournie par la ferme expérimentale. Elle a le souci de soutenir les pics de lactation par de l’énergie sous forme de maïs épi. © C. HUE

Test.La ferme de la Blanche Maison a quatre périodes de vêlages dans l’année. Elle veut mieux organiser le temps de travail des salariés et des livraisons régulières. Les génisses et l’adaptation des vaches à une mise à la reproduction cadrée sont les clés.

En 2017, la ferme expérimentale de la Blanche Maison, dans la Manche, décide de passer de deux périodes de vêlages à quatre­. « De 2010 à 2016, les vêlages étaient planifiés d’une part du 25 mars au 25 mai, et d’autre part du 25 septembre au 25 novembre. Nous voulions nous rapprocher de livraisons mensuelles­ équivalentes à 8,33 % du volume annuel, plus ou moins 2 ...
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En 2017, la ferme expérimentale de la Blanche Maison, dans la Manche, décide de passer de deux périodes de vêlages à quatre­. « De 2010 à 2016, les vêlages étaient planifiés d’une part du 25 mars au 25 mai, et d’autre part du 25 septembre au 25 novembre. Nous voulions nous rapprocher de livraisons mensuelles­ équivalentes à 8,33 % du volume annuel, plus ou moins 2 %, explique Lucie Morin, directrice de la Blanche Maison. En réalité, nous obtenions plus ou moins 5 %. Ce n’était pas satisfaisant. »

Mais la ferme expérimentale ne renonce pas à la régularité des livraisons. Elle y ajoute même un autre objectif : l’organisation des congés et des pointes de travail des trois salariés qui s’occupent du troupeau et des cultures. Un objectif que comprennent bien les Gaec à plusieurs associés.

Congés possibles à Noël et en juillet

Quatre périodes de vêlages et inséminations sont donc décidées pour les 90 vaches normandes du troupeau : 1er février-15 mars, 1er mai-15 juin, 1er août-15 septembre et 1er novembre-15 décembre. « Elles sont volontairement fixées en dehors de Noël et libèrent le mois de juillet. Il est ainsi beaucoup plus aisé de planifier les congés des salariés à Noël et l’été. »

De même, elles sont calées en dehors des pointes de travail : mise à l’herbe, ensilages d’herbe et de maïs, et semis d’automne. Après trois années et demie de fonctionnement, Lucie Morin juge le bilan positif. « L’organisation en quatre périodes permet également de planifier des gros chantiers, ajoute-t-elle. Ainsi, durant la période de juillet sans vêlages ni inséminations, la ferme a refait le revêtement de ses chemins de pâturage. » Selon elle, une personne seule sur son exploitation peut aussi y trouver son compte. « Si elle souhaite des congés à Noël et en été, l’absence de vêlage facilitera son remplacement. De même, elle sera moins stressée durant les chantiers de maïs ensilage. »

« Il faut une gestion stricte »

En revanche, les vêlages et inséminations artificielles (IA) entre le 1er mai et le 15 juin coïncident avec les fauches d’herbe et les derniers semis de maïs. « Mais si on les décale, cela demande plus de travail sur les autres périodes. Il a fallu faire un choix. » Lucie Morin apprécie la conduite « carrée » que nécessite cette organisation. Ces quatre périodes ne peuvent pas être différées pour un autre motif. Elles rythment l’année par un protocole sur les IA, les diagnostics de gestation et les tarissements. « Notre attention est vraiment focalisée sur le suivi des gestations et la surveillance liée à la reproduction. En vêlages étalés – l’autre stratégie pour des livraisons régulières –, ce suivi se fait au fil de l’eau, avec le risque d’être moins précis et efficace. »

Synchroniser les chaleurs : non !

La tentation serait de synchroniser les chaleurs pour faciliter la constitution des quatre bandes. Le conseil d’administration de la ferme expérimentale, composé en majorité d’éleveurs, en refuse le principe. Il dit non aux traitements hormonaux sauf en cas de métrite, de corps jaunes bloqués, etc. La Blanche Maison s’appuie donc sur quatre leviers : les génisses pour alimenter les lots, le monitoring, le diagnostic de gestation et… la race normande. « Ses expressions franches des chaleurs (chevauchement et acceptation de chevauchement) sont très utiles, à condition de connaître la chaleur de référence qui débute le cycle ovarien. Les colliers d’activité aident à la déterminer. Dès lors, nous intensifions notre surveillance. » Durant les six semaines de reproduction, les primi- et multipares peuvent être inséminées deux fois. Si les premières chaleurs n’apparaissent pas, elles sont fouillées, ce qui peut mener à un traitement à la prostaglandine. « La fouille s’effectue en même temps que les diagnostics de gestation des primi­- et multipares, qui sont réalisés dix jours avant le démarrage d’une nouvelle période de vêlages-inséminations. » Aux non-gestantes est accordée une seconde chance : elles intègrent la bande suivante pour de nouvelles inséminations. Dans le cas d’un autre échec, elles sont réformées.

Avantage des quatre périodes

Un cadre de travail : des objectifs et des règles bien définis à l’avance facilitent la gestion et aident à prendre une décision. Cette stratégie peut s’appliquer sur des résultats pas tout à fait en conformité avec les attentes initiales. « Les bandes sont hétérogènes. Leur effectif varie de dix laitières, selon les résultats de fécondité. Nous avons décidé que ce n’était pas un problème. Dans tous les cas, l’effectif total du troupeau reste de 87 à 90 vaches. »

Inconvénients

Génisses : l’établissement des quatre bandes repose beaucoup sur les génisses. Elles composent en moyenne 31 % à 36 % du troupeau selon les années. Elles sont primordiales au lancement des lots. Il faut donc anticiper et prévoir des primipares aux dates désirées. « Au passage de deux à quatre périodes de vêlages, la durée de lactation a été allongée entre deux et trois mois, complète Lucie Morin. Cela apportait de la souplesse dans la décision d’inséminer ou pas. »

Réformes : avec un taux moyen de 30 % entre 2017 et 2019, le premier critère de réforme de la Blanche Maison est la reproduction. Cela veut dire que l’on n’arrive pas à les remplir en quatre cycles ovariens. « Cela laisse moins de possibilités de réforme et donc d’amélioration du troupeau sur d’autres critères. Nous devons faire attention. »

Semences sexées : des interrogations

Le taux de réussite à la gestation, c’est-à-dire le nombre d’animaux gestants sur le nombre total mis à la reproduction, n’est pas encore satisfaisant. Il varie entre 40 % et 70 % selon les bandes. « Le recours aux semences sexées en 2017 et 2018 n’a pas porté ses fruits. Elles représentaient 55 % des premières IA, appliquées sur les bonnes laitières. Est-ce l’explication ? C’est en cours d’expertise. Depuis février 2019, toutes les IA sont en semences conventionnelles­. Cela se passe mieux. » Malgré tout, pour Lucie Morin, même si des vaches sont à 3 IA et plus, la ferme remplit son contrat­ : elle a le nombre d’animaux souhaité, a augmenté l’effectif de 20 vaches sans en acheter et a amélioré le niveau d’étable de 1 880 kg de lait brut par vache en trois ans.

Les vaches du lot sont taries le même jour

Logiquement, cette organisation impose quatre périodes de tarissement. Toutes les laitières du lot le sont à la même date, c’est-à-dire une semaine après le dernier vêlage, avec une petite marge de soixante-douze heures si le lot est important.

Avantage

Simplification : tarir le lot sur un maximum de trois jours simplifie le travail et oblige à l’efficacité.

Inconvénients

Durées de tarissement : elles varient au maximum entre quarante-cinq et soixante-quinze jours. Dans le premier cas, ce sont des vêlages qui ont lieu en fin de la période fixée et dans le second, en début de période. « Nous faisons le choix d’un tarissement moyen du lot de soixante jours plutôt que soixante jours pour chaque vache. »

Alimentation : il faut gérer des vaches taries tout au long de l’année mais cela ne gêne pas l’équipe de la Blanche Maison. « Leur alimentation n’est pas compliquée car elles sont à l’herbe neuf mois sur douze. »

Quatre périodes de vêlages, cela signifie également des veaux dans la nurserie toute l’année. Contrairement aux vêlages sur deux périodes, il n’y a pas de temps d’arrêt pour leur allaitement et leur soin. « Une buvée par jour et les veaux à l’herbe à 8 jours dès le mois de février ou mars, selon la portance de la prairie, cela simplifie le travail. »

Claire Hue
Veaux. Même s’il y a des veaux toute l’année, leur mise à l’herbe dès 8 jours permet un long vide sanitaire de la nurserie : de février ou mars, jusqu’ à novembre. © C. Hue
l’avis de…
« Gérer la persistance de lactation plus faible des normandes » l’avis de… lucie morin, directrice de la ferme expérimentale de la Blanche Maison (Manche)

« En race normande, on ne peut pas se permettre un intervalle vêlage-vêlage (IVV) trop long car sa courbe de production faiblit beaucoup plus que la holstein en fin de lactation. Avec 5 200 kg de lait par vache au démarrage de l’essai, nous avions fixé un IVV de douze mois pour cette conduite en quatre périodes. Avec notre niveau d’étable désormais à 7 100 kg, nous pouvons déborder à quinze mois, voire à dix-huit mois pour certains individus. De même, il faut soigner l’alimentation du début de lactation. En deuxième partie de lactation, la normande ne compense pas un faible pic par plus de lait. C’est un point de vigilance dans cette conduite en quatre périodes­ de vêlages. Elle impose logiquement la gestion de quatre pics de lactation. La ration semi-complète avec une distribution des concentrés au Dac est donc recommandée pour adapter les apports au stade de lactation de chaque animal. Il ne faut pas non plus négliger la ration fourragère. La mésaventure de 2017 nous a servi de leçon. Nous avions fermé le silo de maïs ensilage au printemps et en été, et complété la bonne pousse d’herbe par du maïs grains. Cela n’a pas été suffisant. En 2018, du maïs ensilage a été distribué et depuis 2019, c’est du maïs épi. Il est moins encombrant que le maïs ensilage, ce qui favorise l’ingestion de l’herbe pâturée. »

2 questions à…
« En holstein, il est illusoire de fixer des intervalles vêlage-vêlage de douze mois. »« C’est possible avec la holstein mais en s’adaptant à ses particularités » 2 questions à… benoît rouillé, de l’Institut de l’élevage

La Blanche Maison mène la reproduction en quatre périodes de vêlages avec son troupeau normand. Est-ce envisageable en race holstein ?

Benoît Rouillé : C’est effectivement plus facile avec des vaches normandes car elles expriment plus clairement leurs chaleurs par des chevauchements et acceptations de chevauchement. De plus, la race normande demeure plus fertile que la holstein. Cela n’empêche pas de l’envisager avec cette dernière. Il est illusoire de lui fixer des intervalles vêlage-vêlage de douze mois en moyenne pour le troupeau. Sa persistance de lactation exige des IVV de quinze mois.

B.R. : On gère des dates de mises à l’insémination. C’est un cadre dans lequel les vaches doivent rentrer. Il faut donc s’attendre à réformer celles qui n’y parviennent pas. C’est pourquoi cette organisation repose en grande partie sur les génisses. Les élever dans de bonnes conditions­ est donc primor­diales. Si un lot a un taux de gestation faible, il déséquilibrera les bandes­ sur l’année.

De même, il faut s’attendre à gérer des petits lots à des stades de lactation différents tout au long de l’année. Fournir­ des fourrages de qualité­, que ce soit au pâturage ou à l’auge, a encore plus d’importance. C’est payant à la Blanche Maison. La ferme a augmenté ses livraisons­ de 33 % entre 2017 et 2019. Le niveau d’étable est passé de 5 200 kg de lait brut en 2017, liés à un système relativement économe en concentrés, à 7 084 kg en août 2020.

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