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Les anthelminthiques, c’est plus automatique

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Tri obligatoire. On ne traite jamais toutes les vaches et le tri pertinent­ s’applique aux vaches ayant vêlé au pâturage et à la production­ plus faible. © Christian Watier

Résistance. De récents travaux permettent d’identifier, sur des indicateurs simples, les troupeaux et les animaux qui réagissent le mieux au vermifuge, pour ainsi adopter une stratégie de traitements ciblés. Une réponse efficace au risque avéré de résistances­ des parasites aux molécules existantes.

Cela fait des décennies que la lutte contre les strongles digestifs repose quasi exclusivement sur l’utilisation de vermifuges. C’est un levier efficace, facile à administrer, à un coût modéré. Mais ces traitements sont souvent systématiques, sans se soucier de la réalité du risque parasitaire, avec des molécules d’une même famille rémanentes, et les sous-dosages peuvent être fréquents...
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Cela fait des décennies que la lutte contre les strongles digestifs repose quasi exclusivement sur l’utilisation de vermifuges. C’est un levier efficace, facile à administrer, à un coût modéré. Mais ces traitements sont souvent systématiques, sans se soucier de la réalité du risque parasitaire, avec des molécules d’une même famille rémanentes, et les sous-dosages peuvent être fréquents (liés à l’usage des pour-on). Ce défaut de raisonnement de la vermifugation a plusieurs impacts. Économique d’abord, quand l’éleveur traite alors qu’il n’y a pas de bénéfices à en attendre. De même, trop de traitements rémanents sur les génisses retardent le développement de leur immunité contre les strongles digestifs et augmentent le risque d’avoir à traiter les adultes. Autrement dit : trop de traitements conduisent à trop de traitements, un cercle vicieux, coûteux et non sans conséquence.

Des vermifuges qui deviennent inefficaces

Souvent oublié, l’impact environnemental n’est pourtant pas à négliger. Les éleveurs australiens en font déjà les frais : des traitements fréquents, notamment avec des produits rémanents, augmentent les résidus dans les fèces avec un effet toxique sur les bousiers. Les conséquences sur la productivité des prairies pourraient être importantes, la dégradation des bouses passant de 80 à 340 jours.

Tout aussi inquiétant est le développement, depuis les années 2000, de populations de parasites résistantes aux vermifuges.

Comment apparaît cette résistance ? Il y a toujours quelques vers qui survivent aux doses normales du traitement et cette résistance est héréditaire. Plus les traitements sont fréquents, sur tous les animaux, avec une même famille de produits rémanents (des pratiques très courantes), plus on exerce une pression de sélection en faveur de ces parasites résistants avec, pour finir, des vermifuges qui deviennent inefficaces. Or, la ressource en antiparasitaires est limitée et les délais de développement de nouvelles classes de vermifuges peuvent être très longs. Il est donc impératif de protéger les molécules existantes en limitant l’apparition de ces résistances. Cela passe par la préservation d’une population refuge de parasites, soit une population non exposée au vermifuge, donc non soumise à la pression de sélection du traitement. Si cette population est suffisamment importante, elle permet de diluer les parasites résistants. Ainsi les animaux se réinfesteront avec des larves majoritairement sensibles au vermifuge.

Où se trouve cette population refuge ? Chez les animaux qui n’ont pas été traités. Mais aussi avec les stades larvaires présents sur les pâtures infestées, d’où le risque important de placer un lot d’animaux traités dans une parcelle saine (après une fauche). Car tout animal traité n’excrétera que des œufs résistants et cette parcelle sera contaminée avec des parasites résistants aux vermifuges.

Connaissant ces risques économiques, environnementaux et épidémiologiques, comment mieux raisonner les traitements anthelminthiques ? Il s’agit de traiter moins et mieux en sélectionnant les lots et les animaux qui en ont le plus besoin.

Développer l’immunité des génisses contre les strongles digestifs

Première clé : favoriser l’acquisition de l’immunité sur les génisses. Pour cela, il faut optimiser le temps de contact avec les vers du tube digestif sans qu’il y ait de conséquences négatives sur les croissances (intervenir dès que le niveau d’infestation est trop important). Cela se raisonne avec la conduite du pâturage et en fonction des conditions météorologiques. Avec son vétérinaire, l’éleveur pourra définir le temps de contact effectif (TCE) de ses génisses avant le premier vêlage, sachant qu’il faut au moins huit mois de TCE pour un développement de l’immunité. Sur ce pré-troupeau, il n’est pas toujours nécessaire de traiter à la rentrée en stabulation, après la première année de pâturage. Faire un dosage de pepsinogène dans le sang de cinq génisses d’un même lot peut aider à la décision de traiter ou pas à la rentrée.

Bien réfléchir à l’usage de produits rémanents, qui diminuent la durée et l’intensité de l’exposition aux parasites, facilitera aussi l’acquisition de cette immunité.

Vaches adultes : des traitements ciblés

Mieux raisonner les traitements des vaches laitières constitue un enjeu important. Des travaux récents (Oniris, Inra, Ceva), conduits par Nadine Ravinet, enseignante-chercheuse à Oniris, permettent de mettre en œuvre un traitement sélectif chez les vaches en lactation.

Car toutes les vaches ayant accès au pâturage sont infestées par les strongles. Mais l’impact sur la production laitière n’est pas systématique. Il est variable entre troupeaux et entre individus. Il serait donc possible de cibler ces troupeaux, de sélectionner ces vaches à risques et de conduire ainsi un traitement ciblé sélectif apte, rappelons-le, à préserver une population refuge de vers non résistants.

De quels indicateurs disposons-nous pour déterminer les animaux qui ont de bonnes chances d’avoir une réponse positive au traitement ? À l’échelle du troupeau, il y a la DO lait de tank (le dosage des anticorps), le TCE (qui évalue l’immunité), le pourcentage de coproscopie positive (pas opérationnel) et, pourquoi pas, le taux d’herbe pâturée dans la ration.

Un arbre de décision du traitement

À l’échelle de la vache, la DO individuelle, la coproscopie ou le dosage du pepsinogène ne sont pas opérationnels en routine. Il faut rester sur des critères plus larges : numéro et stade de lactation, niveau de production, etc. « Aucun de ces critères n’est parfait, mais nous n’avons pas d’indicateurs spécifiques à la réponse au traitement. Il nous faut obligatoirement raisonner de manière probabiliste, c’est-à-dire développer une stratégie de tri, pas-à-pas, une sorte d’arbre décisionnel où la probabilité d’obtenir un gain de production augmente à chaque étape », explique Nadine Ravinet.

Ce fut l’objet d’une étude menée sur 123 troupeaux (6 228 vaches) dans différentes régions, où la moitié des animaux recevait une injection d’éprinomectine injectable à la rentrée en stabulation, l’autre moitié n’était pas traitée. Ont été mesurés la DO lait de tank, le pâturage dans la ration, les TCE des génisses et la production individuelle pendant cinq mois.

L’herbe pâturée, le premier critère de tri des troupeaux

Premier résultat pour l’ensemble des vaches : si l’on compare les productions de celles qui ont été traitées (3 150) à celles qui ne l’ont pas été (3 078), la réponse en lait au traitement est en moyenne de 330 g/VL/jour pendant cinq mois. Ce n’est pas convaincant pour traiter toutes les vaches.

Quels sont les troupeaux et les vaches traités dans l’échantillon qui ont le plus contribué à cette augmentation de production, donc bien au-delà de 330 g/j ? Nadine Ravinet a d’abord cherché à cibler les troupeaux à risques (voir infographie). Avec la DO lait de tank ? Non, ça ne fonctionne pas, ni avec un TCE inférieur à 8 mois. C’est le pourcentage d’herbe pâturée dans la ration des vaches laitières qui marche. Les troupeaux qui ont un niveau d’herbe pâturée élevé gagnent 1,2 kg/vache/jour. Rien de plus logique que le pâturage puisse refléter l’exposition au parasite.

Mais ce tri des troupeaux peut encore s’affiner en combinant le taux d’herbe pâturée et le TCE : on gagne alors 1,4 kg/vache/jour en moyenne dans les troupeaux où le taux d’herbe pâturée est moyen ou élevé et le TCE faible. Le troisième critère, la DO lait de tank, ne répond ensuite qu’à un troisième niveau de tri (+ 1,8 kg/VL/jour). Mais Nadine Ravinet met en garde sur le faible nombre de troupeaux restant : seulement 17. « Donc, difficile de généraliser ce résultat. Cela montre aussi que la DO lait de tank ne doit jamais être interprétée seule. »

Si l’on sait déterminer les troupeaux les plus à risques, pas question pour autant de traiter 100 % des vaches les composant. Rappelons qu’une des conditions pour maintenir une population refuge est d’avoir des animaux qui excrètent dans la pâture des œufs non résistants. Si l’éleveur traite tous les animaux à la rentrée dans le bâtiment, ils réinfesteront une parcelle quasiment saine après l’hiver avec des larves résistantes.

Les vaches qui répondent le mieux au traitement

Pour sélectionner les vaches cibles, Nadine Ravinet a travaillé avec des critères faciles à utiliser : parité, stade de lactation, niveau de performance au pic de lactation, plus précisément, niveau de performance au pic en cours de saison de pâturage. C’est ce dernier critère qui fonctionne le mieux. Il isole des vaches qui ont vêlé au pâturage et qui expriment un pic plus faible que celui des vaches du même troupeau et de la même parité. Et rien de plus logique : ces vaches supportent sans doute moins bien l’atteinte du parasite et réagissent donc mieux au traitement : + 1 kg/VL/jour quels que soient les troupeaux (environ un tiers des vaches). Et la réponse est encore très positive sur ce critère dans les troupeaux ciblés sur le niveau d’herbe pâturé (+ 1,3 kg/VL/j). Avec un ciblage toujours plus précis des troupeaux combinant herbe pâturée élevée et TCE faible, la sélection des vaches est logiquement plus large : elle inclut celles à performance moyenne et à performance faible au pic. « Attention, nous sommes toujours sur un raisonnement probabiliste. Il est évident que l’expression du pic peut avoir d’autres causes que le parasitisme. Mais cette étude démontre que c’est un indicateur de qualité pour déterminer les vaches à traiter. »

Ce traitement sélectif est possible en vaches laitières puisque nous disposons d’un médicament anthelminthique injectable, qui a un délai d’attente nul pour le lait : l’éprinomectine. Car seule la forme injectable assure une non-diffusion entre vaches traitées et non traitées, à la différence des pour-on qui nécessitent de traiter tous les animaux du lot.

Dominique Grémy
L’immunité.Il faut huit mois d’exposition aux larves, pendant la saison de pâturage, pour que les génisses soient immunisées. Ce temps d’exposition (TCE) est un autre critère de tri pertinent. © WATIER VISUEL
Ce qu’il faut retenir

Les traitements anthelminthiques ciblés sélectifs sont indispensables pour prévenir les résistances et les conséquences environnementales.

On sait maintenant cibler les troupeaux les plus à risques et le pourcentage d’herbe pâturée est le bon critère pour le faire.

Ne jamais traiter 100 % des vaches laitières d’un même troupeau, surtout à l’entrée en stabulation. C’est indispensable pour entretenir une population refuge de parasites.

Le traitement sélectif est toujours possible avec ou sans tri préalable des troupeaux à risques.

Sélectionner les vaches ayant vêlé en cours de pâturage et faibles productrices dans le troupeau est le critère le plus pertinent.

L’éleveur a toujours intérêt à maximiser l’immunité des génisses (faire du TCE, temps de contact effectif ) et donc raisonner les traitements avant le premier vêlage.

La DO lait de tank (anticorps) est un critère insuffisant qu’il ne faut pas utiliser seul.

Attention : ces messages ne sont pas valables pour la bronchite vermineuse.

« Nous avons dorénavant l’outil pour identifier les vaches à traiter »

« Ces travaux nous donnent des pistes pour réaliser des traitements sélectifs sur les vaches laitières. La DO lait de tank que nous utilisions n’est plus un critère pertinent. Nous savons maintenant comment identifier les vaches éligibles à une vermifugation. Dans ma clientèle d’éleveurs laitiers, la part de l’herbe pâturée dans la ration est souvent importante. Je vais donc travailler avec eux sur le deuxième niveau qui introduit le TCE. Le bilan sanitaire pourra être l’occasion de calculer de façon précise ce temps de contact effectif des animaux avec le parasite et de faire en sorte de l’augmenter pour développer l’immunité. Il faudrait aussi aller plus loin et envisager le traitement sélectif sur les génisses. Mais sur les vaches laitières, les strongles digestifs ne sont pas le seul parasite. La douve, le paramphistome et les strongles pulmonaires peuvent impacter la production. »

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