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La phéromone d’apaisement pour limiter les effets du stress

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Prévention. Vêlage, séparation mère veau, transport, changement de lot… Les conséquences de ces moments stressants pourraient être atténuées avec l’application, avant l’événement, de la phéromone d’apaisement bovine. © Stéphane Leitenberger

Un nouvel outil. Cette phéromone de synthèse, appliquée sur le bovin quelques heures avant un événement stressant, pourrait en prévenir les effets négatifs, notamment sur le système immunitaire. D’autres études devront le confirmer.

La phéromone d’apaisement sera-t-elle utilisée demain en routine dans les élevages de bovin ? Cette phéromone est secrétée par les glandes sudoripares et sébacées de la cuisse et de la mamelle des femelles mammifères. Elle a été découverte pour la première fois chez la truie, puis chez d’autres espèces : cheval, bovin, chien, chat, etc. Cette phéromone est détecté...
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La phéromone d’apaisement sera-t-elle utilisée demain en routine dans les élevages de bovin ? Cette phéromone est secrétée par les glandes sudoripares et sébacées de la cuisse et de la mamelle des femelles mammifères. Elle a été découverte pour la première fois chez la truie, puis chez d’autres espèces : cheval, bovin, chien, chat, etc. Cette phéromone est détectée par l’organe voméronasal (situé à la surface inférieure de la cavité nasale) du jeune qui vient de naître, et lui envoie une communication chimique d’apaisement alors qu’il découvre son nouvel environnement. En plus imagé, le message reçu est : « Ne crains rien, maman est là. » Cela induit une réponse comportementale directe, sans besoin d’apprentissage, qui participe à l’attachement du veau à la mère. On ne connaît pas encore le mécanisme physiologique de ce phénomène, mais plusieurs études ont montré l’intérêt de cette phéromone pour réduire le stress chez plusieurs espèces. Chez le cheval, la phéromone d’apaisement spécifique diminue le comportement de peur lors d’un événement stressant. Chez le porc, on a montré une réduction des comportements agressifs entre les individus en engraissement.

Un produit naturel à appliquer en pour-on

Ces observations ont été réalisées en utilisant des phéromones apaisantes de synthèse. C’est l’institut de recherche Irsea qui a pour la première fois, en 1995, isolé et reproduit cette phéromone d’apaisement chez le chat. D’autres espèces ont suivi : le chien, le cheval et les animaux de rente. Aujourd’hui, I’Irsea et sa filiale Signs, chargée de développer et de commercialiser les produits, disposent de plus de 400 brevets sur les phéromones de synthèse, dont celle d’apaisement bovine : Secure Cattle, récemment commercialisée. Il s’agit d’un produit naturel, sans résidus (c’est un mélange d’acides gras volatils), à appliquer en pour-on entre les cornes ou sur le cou du bovin à l’aide d’un pistolet applicateur. La rémanence du produit est de quinze jours. Dans un lot, chaque animal est vecteur du produit pour ses congénères. La dose recommandée est de 5 ml par animal, quatre à six heures avant un épisode stressant. Cela peut être le sevrage, le vêlage, la séparation mère veau, un changement de lot, un transport, etc. L’objectif, en limitant le stress de l’animal, est d’augmenter ses performances et de renforcer son système immunitaire et ainsi d’éviter le développement et la persistance d’infections. Chaque dose coûterait entre 40 et 50 centimes d’euro.

Moins de signes cliniques sur les JB traités

Un premier essai indépendant dont l’objectif était d’évaluer les effets de la phéromone d’apaisement sur bovins a été conduit en 2017 par l’Institut de l’élevage. Il s’agissait de vérifier l’impact sur le stress et l’apparition de troubles respiratoires pour des jeunes bovins dans les quatre premières semaines d’engraissement. « C’est une période de stress accru où, en l’espace de quelques jours, les animaux sont sevrés, transportés, puis mélangés à des congénères non familiers dans des bâtiments. Ces phases peuvent avoir un impact direct sur le fonctionnement du système immunitaire des JB donc sur le développement d’infections », notent les auteurs. Au total, 265 JB, non vaccinés,­ ont été inclus dans le dispositif expérimental. Une solution de 5 ml contenant la phéromone de synthèse a été appliquée à 159 JB. Le lot témoin, de 106 JB, a reçu une solution placebo. Les activités et les comportements de tous les animaux ont été observés avec précision ainsi que tous les signes cliniques en lien avec les maladies respiratoires. Enfin, les performances des animaux ont été mesurées (GMQ, conformation).

Concernant les observations du comportement, la phéromone d’apaisement n’a pas modifié les activités des animaux ni le nombre d’interactions entre les JB lors des 30 premiers jours d’engraissement. Mais à la fin de l’essai, les animaux traités présentaient significativement moins de signes cliniques en lien avec la broncho-pneumonie infectieuse (jetage, toux, écoulement oculaire) que les animaux du lot témoin. Cela ne s’est pas traduit par de meilleures performances de croissance ou de conformation valorisables par les éleveurs. « Toutefois, la diminution du nombre de JB présentant des signes cliniques en lien avec des troubles respiratoires indique un potentiel impact de la phéromone d’apaisement sur le statut sanitaire des animaux et l’intérêt de mieux maîtriser les phases de stress », notent les auteurs. Par ailleurs, l’analyse de l’expression de marqueurs immunologiques à partir d’échantillons sanguins a pu montrer la modulation de certains de ceux-ci par la phéromone. Cette observation permettra aux immunologistes d’orienter leurs recherches pour identifier plus précisément les mécanismes de protection mis en jeu par la phéromone.

Un essai sur vaches laitières à confirmer

Sur vaches laitières, nous ne connaissons à ce jour qu’une seule évaluation de la phéromone d’apaisement bovine. Elle a été conduite en Italie, en 2014, sur des vaches de race valdostana. C’est une cousine de l’hérens, originaire du Val d’Aoste. Cette vache de montagne passe l’hiver dans des étables entravées. Elle sort pour pâturer, en journée seulement, de mi-avril à fin mai, dans des parcs fermés proches du bâtiment, avant de rejoindre les larges alpages pendant tout l’été. Cette première mise au pâturage, après le long confinement hivernal, est très stressante pour les animaux : changement total d’environnement et de ration bien sûr, mais surtout, c’est la période où s’établit la hiérarchie sociale à l’intérieur du troupeau, entre vaches dominantes et dominées. Un comportement très exprimé et parfois violent chez cette race.

L’Institut agricole régional d’Aoste et l’Irsea ont donc construit une expérimentation sur cette période avec deux groupes de 15 vaches, issues d’un même troupeau mais pâturant deux parcs identiques séparés de 200 m. Le lot expérimental a reçu la phéromone d’apaisement (5 ml entre les cornes), six jours avant la première sortie au pâturage et ensuite tous les sept jours pendant 28 jours. Le lot témoin a été traité de la même façon mais avec un placebo.

« La production laitière a été significativement plus élevée dans le lot traité (16,83 kg/jour contre 15,18 kg/j) et l’écart a été particulièrement marqué après les premiers jours de pâturage. Le niveau de cellules dans le lait est aussi significativement moins élevé dans le lot traité (110 370 contre 124 700/ml). L’hypothèse est que la réduction du stress, grâce à la phéromone apaisante, a effectivement permis une meilleure production et une immunité accrue », concluent les auteurs de l’expérimentation. Des résultats qui mériteront confirmation sur un échantillon plus large de vaches laitières.

Dominique Grémy
L’avis de…
« Nous avons besoin d’études complémentaires » L’avis de… Marlène Guiadeur, Institut de l’élevage, chargée de projets santé et bien-être des ruminants, qualité du lait et des produits laitiers

« Nous avons construit cette expérimentation sur jeunes bovins pour évaluer l’effet de la phéromone d’apaisement sur le stress et donc potentiellement sur les maladies respiratoires. Nous l’avons appliquée une fois en pour-on avant le transport vers l’engraissement. L’essai n’a pas permis de montrer un effet positif sur les performances des animaux mais nous attendons d’en savoir plus sur les paramètres de l’immunologie pour mieux comprendre un mécanisme d’action de la phéromone. Quant à l’essai réalisé sur des vaches laitières, l’effectif animal me semble trop faible et les indicateurs mesurés insuffisants pour se prononcer sur un effet positif sur les infections mammaires et donc l’évolution des comptages cellulaires. Pour moi, la phéromone d’apaisement n’est pas un produit miracle sur lequel on peut tout miser pour réduire le stress des bovins en élevage, mais elle pourrait être un outil parmi d’autres pour les éleveurs, à condition que de nouvelles études nous permettent, à terme, de faire des recommandations. »

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