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Les vaches holsteins deviennent trop grandes

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La formation des juges a évolué. Désormais, sur les rings (ici au Space 2018), la plus grande vache n’est plus forcément sacrée championne. © THIERRY PASQUET

Dérive. La sélection orientée sur la production conduit à augmenter la hauteur au sacrum des vaches. Les logettes deviennent trop petites. Le nouvel Isu, attendu en 2020, permettra peut-être d’inverser la tendance.

Jusqu’au début des années 2000, la sélection visait à augmenter le format des vaches holsteins. Ce qui conduisait aussi à les faire grandir. L’idée selon laquelle une grande vache valorise mieux les fourrages n’est pas tout à fait exacte. « C’est la corpulence, et donc la largeur et la profondeur de poitrine qui donnent à l’animal une meilleure capacité de transformation des fourrages »...
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Jusqu’au début des années 2000, la sélection visait à augmenter le format des vaches holsteins. Ce qui conduisait aussi à les faire grandir. L’idée selon laquelle une grande vache valorise mieux les fourrages n’est pas tout à fait exacte. « C’est la corpulence, et donc la largeur et la profondeur de poitrine qui donnent à l’animal une meilleure capacité de transformation des fourrages », explique Thierry Ménard, responsable technique à Prim’holstein France. La taille étant corrélée à ces postes, la sélection au cours de cette période a conduit à accroître la hauteur. Dans le même temps, sur les rings des concours, les grandes vaches ont souvent eu la faveur des juges.

La remise en cause est venue il y a une dizaine d’années. Car les éleveurs commençaient à avoir des vaches trop grandes pour être à l’aise dans les logettes. Les observations des techniciens de terrain laissaient penser que la race était arrivée à son optimum. Grandir encore apportait plus d’inconvénients que d’avantages.

Jusqu’en 2012, la hauteur au sacrum entrait positivement dans l’Isu via l’index de synthèse de morphologie. Elle a été neutralisée à cette date, au profit des membres.

Si l’inconfort est le premier signe négatif d’une trop grande taille, des travaux de recherche ont révélé d’autres inconvénients. En France, une étude réalisée en 2009 a montré que les primipares ayant le plus de format vivaient moins longtemps. Elles produisaient aussi plus de lait en première lactation. Des travaux américains (voir encadré) ont conclu à un impact négatif sur la longévité.

De plus, les grandes vaches ont un centre de gravité plus élevé, ce qui nuit à leur équilibre. Sur les sols bétonnés, elles ont davantage tendance à tomber. Mais ces vaches présentent également des atouts. Elles sont plus productives. Et dans les lots de génisses, ce sont souvent celles qui plaisent le plus aux acheteurs.

Une croissance plus subie que choisie

Malgré les alertes, la croissance se poursuit. Les pointages enregistrés depuis 2010 montrent cette tendance régulière. Elle reste identique à celle observée durant la décennie précédente. Les primipares pointées mesuraient en moyenne 148,1 cm au garrot en 2016, soit 1,4 cm de plus qu’en 2010. Une hausse significative. Mais si l’on regarde les index de hauteur au sacrum des taureaux utilisés en élevage, on constate une certaine hétérogénéité. Preuve que les éleveurs ne sélectionnent pas spécifiquement sur ce poste. La croissance de la taille est plus subie que choisie.

Le changement de composition de l’Isu ne s’est donc pas encore traduit concrètement dans les élevages. La taille étant corrélée avec le potentiel laitier qui reste un critère de sélection important, il est normal que les vaches continuent de grandir. « De plus, les conditions d’élevage tendent à s’améliorer, ce qui favorise aussi une meilleure croissance des génisses » précise Thierry Ménard.

Parallèlement, la formation des juges a évolué. Les championnes doivent représenter un idéal des vaches que tous les éleveurs voudraient avoir, des vaches faciles à conduire et rentables. La taille n’est plus une qualité essentielle des championnes.

La tendance va peut-être enfin changer car un nouvel Isu est en préparation. Interrompues depuis dix-huit mois, les discussions devraient reprendre en mai pour aboutir à une nouvelle formule, sans doute en avril 2020. Il est probable que cette fois, la taille sera affectée d’un coefficient négatif. Parmi les taureaux choisis pour leur potentiel laitier, les plus grands se trouveront défavorisés par l’Isu. À la longue, les index hauteur au sacrum des vaches diminueront. Reste à savoir si le nouvel Isu se contentera de pénaliser les taureaux extrêmes ou s’il ira jusqu’à revaloriser les taureaux de petite taille.

Des catalogues riches en grands taureaux

Les États-Unis ont déjà opté pour cette stratégie. Dans leur index de synthèse économique (net merit), la stature est pondérée négativement.

En attendant, l’offre française de taureaux fait encore la part belle aux géniteurs améliorant la taille. Sur les 720 taureaux mis en service en avril dernier, 320 (44 %) avaient un index supérieur ou égal à 1 en hauteur au sacrum. Ils sont 240 sur les 409 taureaux à plus de 150 points d’Isu (59 %). Cela veut dire que si l’on n’y prend pas garde, la sélection entraîne mécaniquement un accroissement de la hauteur au sacrum. Mais il reste 40 % de taureaux neutres ou négatifs en taille et a priori tout à fait utilisables.

Les entreprises de sélection ont pris conscience du phénomène. « Les éleveurs nous ont alertés », souligne Frédéric Lepoint, responsable du programme de sélection chez Gènes Diffusion. « Nous n’avons plus de taureaux extrêmes en taille dans notre catalogue. Mais ce critère n’est pas non plus éliminatoire », poursuit-il. Il constate que les sélectionneurs continuent d’aimer les grandes vaches, contrairement à leurs homologues américains qui cherchent des taureaux négatifs en taille. Tant que l’Isu ne pénalisera pas les grands taureaux, la sélection sur le lait continuera de faire grandir les vaches.

Pascale Le Cann
Aux USA, les petites holsteins ont une vie productive plus longue

Une étude conduite pendant plus de vingt-cinq ans a montré la supériorité des petites vaches en matière de longévité et de coûts vétérinaires.

Aux États-Unis aussi, la sélection sur la productivité laitière a fait grandir les holsteins. La tendance peine à s’inverser alors que des travaux ont montré que les vaches de taille moyenne sont plus efficaces.

En 1966, l’université du Minnesota a lancé une étude sur deux troupeaux expérimentaux de vaches holsteins aussi proches que possible en âge, origine et productivité laitière (troupeau Crookston). Les deux lots existent toujours.

L’un des deux a été accouplé chaque année avec les trois taureaux les mieux indexés en taille, l’autre avec les trois plus petits. Tous se trouvaient dans la première moitié du classement sur le potentiel laitier. Vingt-cinq ans après, les vaches du premier lot ont considérablement grandi (720 kg au troisième vêlage) quand les autres ont conservé le même format (641 kg). Les niveaux de production sont comparables (lait et taux). Mais les petites vaches ont une durée de vie productive plus longue de 88 jours, soit 15 %. Les grandes sont mieux notées sur la conformation de la mamelle, mais moins bien sur les membres.

30 % de coûts de santé en moins pour les petites vaches

Sur plus de mille lactations, les coûts liés à la santé sont plus élevés avec les grandes vaches (54,15 dollars, contre 38,09), soit un écart de 30 %. Il s’explique à 70 % par des problèmes métaboliques. Les petites vaches ont aussi proportionnellement moins de besoins d’entretien et atteignent donc des niveaux plus élevés d’efficacité alimentaire. De plus, elles restent adaptées à la taille des logettes. Actuellement, aux États-Unis, les vaches holsteins gagnent en moyenne 25 kg de poids vif tous les dix ans. Plus qu’un choix, cela résulte de la corrélation positive entre la taille et la hauteur de la mamelle. Dans le même temps, leur efficacité alimentaire diminue. Le revirement se produira peut-être lorsqu’une réelle sélection sur l’efficacité alimentaire sera possible. Des recherches sont en cours.

« Il est évident que la sélection sur la taille n’a aucune justification économique », conclut Les Hansen, chercheur à l’université du Minnesota. Couplées à une hausse de la consanguinité, ces faiblesses des vaches holsteins conduisent aujourd’hui des éleveurs américains à changer de race, souvent au profit de la jersiaise, ou à croiser.

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