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Le blé entre deux feux

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Après l’Arabie Saoudite l’an dernier, l’Algérie serait donc sur le point de s’ouvrir aux blés de la mer Noire, blés russes notamment. © C. Faimali/GFA

Tallage, cabinet d’études spécialisé dans les marchés des céréales, oléagineux et protéagineux, nous livre son analyse hebdomadaire.

Le blé et l’orge repartent à la baisse sur le marché physique mais le maïs grimpe comme les oléagineux.
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Le blé et l’orge repartent à la baisse sur le marché physique mais le maïs grimpe comme les oléagineux.

Blé : l’Algérie sur le devant de la scène

Le marché a pris connaissance des nouvelles mesures algériennes concernant les subventions accordées sur le blé tendre et le blé dur pour la transformation industrielle. Pour le blé tendre, les subventions resteront en place pour la production de farine destinée à faire du pain mais elles seront supprimées pour de nombreux usages secondaires comme la viennoiserie et la pâtisserie. Pour le blé dur, les subventions seront supprimées pour la fabrication de pâtes alimentaires. Ces nouvelles mesures s’inscrivent dans le cadre de la lutte antigaspillage lancée par le gouvernement l’année dernière mais elles montent d’un cran. Leur application réelle et une appréciation de leur impact, produit par produit, seront nécessaires dans les mois à venir pour en estimer les conséquences. Cependant, il s’agit d’un élément à considérer comme plutôt baissier pour la demande et les importations du pays.

Sur le front des importations justement, des opérateurs ont annoncé cette semaine que l’Algérie pourrait, dès son prochain appel d’offres, modifier son cahier des charges et relever le seuil autorisé de grains punaisés. Le seuil passerait de 0,2 à 0,5 % mais cela doit être confirmé. Après l’Arabie Saoudite l’an dernier, l’Algérie serait donc sur le point de s’ouvrir aux blés de la mer Noire, aux blés russes notamment. Si cette modification du cahier des charges est bien mise en place, il reste à voir quelle sera la qualité des blés russes cette année : le taux de 0,5 % de grains punaisés reste bas et tous les blés russes ne seront pas capables de le respecter.

Malgré tout, il s’agit bien d’une menace pour les blés français, pour les campagnes à venir en tout cas ; à court terme, les exportations de blé français vers la Chine sont déjà attendues très faibles, avec un peu plus de 2 millions de tonnes seulement, comme en 2016-2017 (5,6 millions de tonnes en 2019-2020). Cela s’explique par deux facteurs : d’une part, le besoin total d’importation de l’Algérie est en baisse à cause d’une chute des utilisations et une tendance aussi à la réduction des stocks de fin de campagne ; d’autre part, les blés français sont déjà très concurrencés cette année par les blés baltes, allemands et polonais qui ont pris des parts de marché à la France.

Prix mondiaux du blé soutenus mais la France n’en profite guère

La Pologne fait justement son grand retour pour les exportations à destination de l’Égypte (aucun chargement depuis novembre 2019). En effet, cette semaine, 60 000 tonnes de blé polonais ont été retenues par l’Égypte dans le cadre d’un achat total de 215 000 tonnes, le reste fourni par la Russie.

En France, le ministère de l’Agriculture entérine une nouvelle baisse de la production française de blé à 29,5 millions de tonnes contre 29,7 millions le mois dernier. FranceAgriMer, de son côté, révise à la baisse la prévision des exportations de la France vers les pays tiers à 6,6 millions de tonnes (13,5 en 2019-2020). Cette prévision peut être considérée comme encore trop élevée étant donné le manque de compétitivité des blés français et la concurrence européenne et mondiale actuellement.

La France bénéficie toutefois d’une forte demande chinoise qui lui permet de compenser un peu la baisse des exportations à destination de l’Algérie. Si c’est surtout en maïs et en soja que la Chine soutient les cours mondiaux, les prix du blé en profitent indirectement. Ils sont ainsi de nouveau à la hausse à la fin de la semaine à Chicago.

Après un petit accès de faiblesse au début de la semaine, les prix US ont encore gagné entre 3 et 4 $/t cette semaine. Ils sont poussés vers le haut également par les prix de la mer Noire qui n’arrêtent pas de grimper malgré la progression de la moisson les blés russes ont encore gagné 5 $/t, à 229 $/t Fob Novorossiysk (12,5 de protéines). Ils sont soutenus par la rétention des producteurs du sud du pays. Ces derniers jouent la montre avec une récolte beaucoup plus basse que l’an passé (c’est dans le Centre et la Volga que la production a augmentée en Russie) face à une demande mondiale active. En effet, l’Arabie Saoudite a acheté 745 000 tonnes lundi en origine optionnelle (dont 60 000 tonnes de blé à 11 de protéines, le reste à 12,5) le TMO turque (l’office d’État) a contracté 440 000 tonnes de blé meunier, la Corée et le Japon se sont aussi portés aux achats. En Afrique, outre l’achat de l’Égypte, l’Éthiopie confirme des appels d’offres pour 600 000 tonnes et la Tunisie a lancé un appel pour 42 000 tonnes.

Dans ce contexte, le Matif restait à la hausse au milieu de l’après-midi, à 193 €/t pour l’échéance de décembre (contre 188,50 €/t à la clôture vendredi dernier). Le marché physique est toutefois plus hésitant, il est tiraillé entre la hausse des prix concurrents, d’une part, et les mauvaises nouvelles concernant les exportations françaises, d’autre part. Rendu Rouen, le blé français affiche ainsi une petite baisse de 1,5 €/t cette semaine, à 187 €/t (base : juillet).

L’orge fourragère baisse légèrement

L’orge baisse aussi sur le marché physique, abandonnant 1,5 €/t à Rouen cette semaine (à 169,5 €/t, base : juillet). Cette évolution intervient alors que l’euro diminue légèrement face au dollar et que les prix des autres origines mondiales restent soutenus. Les orges ukrainiennes, qui ont déjà été exportées en très grosse quantité vers la Chine (plus de 1,3 million de tonnes en juillet-août), voient leur prix grimper de 7 $/t cette semaine à 203,5 $/t pour les orges destinées au marché chinois et 196 $/t pour les autres. En fait, les chargements ukrainiens vers la Chine ont démarré en trombe : cela soutient les prix de la mer Noire mais vient peser sur les prix français (207 $/t Fob Rouen). L’écart entre les deux origines se réduit cette semaine ; la compétition s’annonce forte pour la réponse à l’appel d’offres en cours de l’Arabie Saoudite pour 540 000 tonnes. La Tunisie aussi est aux achats pour 75 000 tonnes. Ces deux appels d’offres se terminent ce soir.

Les orges brassicoles s’apprécient cette semaine : +3 €/t pour les orges d’hiver, à 176 €/t, et +4 €/t pour les orges de printemps, à 177 €/t, à Creil. La demande chinoise est soutenue et cela soutient les prix.

Le maïs dopé par la Chine

Contrairement au blé et à l’orge fourragère, les prix du maïs augmentent nettement cette semaine : ils gagnent 7 €/t sur la façade atlantique (à 172,25 €/t) et 2,5 €/t Fob Rhin (à 171 €/t). Leur appréciation reflète une récolte qui a nettement souffert de la sécheresse estivale en France et en Europe et des perspectives qui deviennent nettement moins lourdes pour le bilan européen. Mais c’est surtout l’influence mondiale qui se fait sentir cette semaine : après une accalmie au début de la semaine à la suite d’un rapport de l’USDA (ministère américain de l’Agriculture), sans grosse surprise pour le maïs, les prix sont repartis à la hausse à Chicago tirant à leur suite les valeurs de l’ensemble des places.

Les mauvais résultats de la récolte en Ukraine renforcent aussi la tendance de hausse. Néanmoins, c’est surtout la poursuite des achats chinois qui continue de diriger les prix. Ce pays a déjà contracté plus de 7 millions de tonnes de maïs aux États-Unis (USA) pour livraison pendant la campagne de 2020-2021, et probablement avant décembre 2020.

La Chine vient cette semaine de renouveler les quotas de blé et de maïs qu’elle importera à droit réduit en 2021 dans le cadre de ses obligations à l’OMC (Organisation mondiale du commerce), dont 7,2 millions de tonnes de maïs. Si elle utilise de nouveau ce quota en totalité, elle pourrait ainsi encore doubler ses importations en provenance des USA. Le sentiment est donc à l’euphorie sur le marché mondial du maïs. Il convient de garder en tête que la récolte américaine (USA) sera la seconde plus élevée jamais répertoriée. Il sera donc difficile de ramener les stocks US à un niveau d’équilibre en septembre 2021. Après la poussée des achats des derniers mois, il n’est par ailleurs pas garanti que la Chine maintienne un tel rythme d’achat pendant toute la campagne.

Le soja s’enflamme

Sur le marché du soja, les achats réguliers de soja US par la Chine ainsi que la dégradation de l’état des cultures dans une partie du Midwest américain ont fait une nouvelle fois grimper les prix à Chicago. Ainsi, le cours du soja a bondi de 16 $/t cette semaine pour l’échéance de novembre, à 387 $/t. Les ventes de sojas US entre le 4 et le 10 septembre 2020 (déclarées le jeudi 17 septembre) ont atteint le niveau très élevé de 2,55 millions de tonnes, ce qui porte les volumes déjà vendus à 30 millions de tonnes pour la récolte à venir. Le taux de commercialisation de la future moisson de fève US atteint un niveau historiquement élevé. À ces volumes, s’ajoutent les ventes déclarées depuis le 11 septembre par le ministère de l’Agriculture américain, qui s’élèvent à 2,15 Mt à destination de la Chine ou d’autres pays non déclarés. De plus, le ratio de cultures dans un état jugé bon à excellent s’est dégradé à 63 % le 14 septembre (–2 % sur une semaine).

La rétention des agriculteurs argentins, qui résulte d’une volonté de se prémunir contre la chute du peso, ajoute aux difficultés d’approvisionnement des acheteurs de soja sur le marché mondial et fait aussi grimper les prix. Par ailleurs, les disponibilités en huile de soja sont extrêmement limitées sur le marché brésilien actuellement. La demande en huile de soja a fortement augmenté ces derniers mois. En cause, la hausse du taux d’incorporation obligatoire en biodiesel à 12 % en mars dernier, associée au fait que les transports routiers n’ont été que peu affectés par les mesures sanitaires prises contre l’épidémie de Covid-19 dans ce pays. Le Brésil aurait récemment acheté de l’huile de soja à son voisin argentin, phénomène rare, traduisant l’extrême tension sur le marché brésilien. Cela a soutenu le prix de l’huile et par ricochet de la graine de soja en Amérique du Sud et du Nord. Les tourteaux grimpent également, gagnant 7 €/t à Montoir cette semaine, à 357 €/t.

Le prix du tournesol atteint des sommets

En ce qui concerne le tournesol, l’état des cultures est préoccupant dans la zone de la mer Noire. Alors que les récoltes progressent, le rendement du tournesol ukrainien apparaît en baisse de 20 % environ par rapport à l’an dernier. La production ukrainienne pourrait ainsi n’atteindre que 13,5 à 14 millions de tonnes, alors qu’elle a dépassé les 16 millions de tonnes l’an dernier. Les disponibilités pour les triturateurs seront ainsi fortement réduites sur cette campagne. Cela fait s’envoler le prix de l’huile de tournesol dans l’UE (+100 $/t en une semaine à Rotterdam, à 1 080 $/t) à un niveau historiquement élevé. La flambée des prix s’est propagée à la graine de tournesol.

Dans la zone de la mer Noire, le prix a augmenté de 65 $/t en une semaine, et en France, il a grimpé de 30 à 35 €/t à Saint-Nazaire pour atteindre 400 €/t. Sur le marché français, le tournesol est désormais plus cher que la graine de colza ! En raison de l’explosion des prix de la graine et de l’huile, acheteurs et vendeurs sont pour le moment sur la réserve. De nombreux défauts de livraison de graines sont constatés en Ukraine. À l’heure actuelle, il est très difficile pour les industriels de l’agroalimentaire et pour les importateurs de se fournir en huile de tournesol. Cette huile est désormais bien plus chère que l’huile de soja et de colza sur le marché mondial, ce qui devrait largement freiner l’intérêt des acheteurs pour cette huile dans les prochains jours.

Le tournesol et le soja soutiennent le colza

Entre le 10 et le 17 septembre 2020, le prix du colza en France a bénéficié d’un soutien de la part des cours mondiaux des autres graines oléagineuses, et a ainsi augmenté de 11,5 €/t à Rouen (à 392,5 €/t) et de 12,5 €/t sur Euronext (échéance de novembre 2020). Par ailleurs, au Canada, la récolte de canola a démarré et les rendements s’avèrent assez proches des niveaux de l’an dernier. Si le potentiel des cultures semblait très élevé au milieu de l’été, le manque persistant de précipitations en août et septembre, ainsi que des dégâts récents (gels précoces, vents violents), auraient affecté le rendement. Le niveau de récolte pourrait s’avérer proche de 2019 au Canada. Le colza européen a donc été soutenu par le soja, le tournesol et la situation canadienne. Néanmoins, il n’y a pas de tension forte à très court terme : de nombreux bateaux de canola canadien vont arriver dans les ports européens d’ici à la fin de l’année pour alimenter les usines de trituration. Les usines se sont approvisionnées plus précocement que l’an passé. Par ailleurs, les conditions de cultures sont bonnes pour le moment en Australie. Les offres de canola australien ne sont pas encore disponibles, mais la bonne récolte attendue devrait trouver preneur sur le continent européen, vu la faible récolte engrangée cette année.

Tallage

À suivre : attitude des producteurs du sud de la Russie, prochain appel d’offres de l’Algérie, besoins chinois en orge et en maïs, récolte de blé en Australie et Argentine, conditions de semis d’hiver en EU et mer Noire, récolte de soja aux USA, de canola au Canada, de tournesol en mer Noire, conditions climatiques au Brésil (soja), et en Australie (canola), prix des huiles et du pétrole, demandes chinoises et indiennes en huiles végétales.

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