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Le blé se tasse, l’orge décroche

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Un chargement de bateau sur le port de Rouen de la coopérative Sénalia. © Alexis Dufumier/GFA

Tallage, cabinet d’études spécialisé dans les marchés des céréales, oléagineux et protéagineux, nous livre son analyse hebdomadaire.

Le marché des céréales et des tourteaux se détend cette semaine mais le colza repart à la hausse.
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Le marché des céréales et des tourteaux se détend cette semaine mais le colza repart à la hausse.

La mer Noire contrôle ses exportations

Les conséquences de la pandémie se poursuivent : le gouvernement russe a annoncé cette semaine que le mois d’avril serait chômé dans le pays sauf dérogations pour les secteurs vitaux. Pour l’instant, le transport des grains se déroule encore à peu près correctement en Russie mais le déploiement du virus conduit le gouvernement à modifier le programme qu’il avait annoncé concernant les subventions accordées au transport des grains. Ces dernières seront réservées aux flux destinés à servir la demande intérieure mais plus les exportations. Cela est cohérent avec le fait que, par ailleurs, la Russie impose un plafond de 7 millions de tonnes à ses exportations de céréales pour les trois mois d’avril à juin. L’Ukraine a fait de même et le Kazakhstan, après avoir bloqué ses exportations, est revenu en arrière pour annoncer une limitation des sorties de grains et de farine mais pas de blocage complet. Pour le mois d’avril, le pays a permis des ventes de 200 000 tonnes de blé vers l’extérieur du pays à condition que chaque contrat soit accompagné d’une vente de 30 % de son volume vers le marché intérieur.

Le blé s’affaisse

Ces exemples soulignent le mouvement général déjà mentionné la semaine dernière : certains pays exportateurs mettent leurs besoins intérieurs en avant alors que des pays importateurs se dépêchent d’assurer leurs achats. L’Algérie, par exemple, en est à son troisième achat en deux semaines : elle a contracté 240 000 tonnes le 25 mars et 240 000 tonnes le 1er avril. Elle est revenue sur le marché mercredi pour un appel d’offres de 50 000 tonnes qui se termine aujourd’hui pour un chargement sur juin-juillet. L’Egypte, elle aussi, a lancé un appel d’offres cette semaine mais elle l’a annulé quelques heures après : en effet, les exportateurs n’acceptent pas les nouvelles conditions que ce pays veut leur imposer, à savoir de modifier les origines prévues des chargements en cas d’impossibilité liée au coronavirus. Dans ce cas, l’Égypte demandait que le surcoût soit à la charge de l’exportateur.

Au total, depuis deux semaines, les achats liés à des mouvements de panique de la part des consommateurs, la chute de l’euro et les mesures de restriction potentielle annoncées par certains exportateurs ont nettement soutenu le prix du blé. Cette tendance a semblé se calmer toutefois en milieu de semaine, les réductions de demande se faisant de plus en plus vives (en meunerie ou dans le secteur des biocarburants). Les prix du blé repartent quand même à la hausse aujourd’hui dans un contexte où les stocks mondiaux ne seront pas élevés en fin de campagne. En Europe et en France, les exportations continuent bon train et l’approvisionnement des ports se fait quasi normalement malgré quelques retards par endroits. Ces exportations et la montée des prix mer Noire (+8 $/t pour les blés russes cette semaine) soutiennent les prix si bien que le blé rendu Rouen ne baisse que modérément cette semaine, de 3,5 €/t à 187,75 €/t (base juillet) alors que les blés US abandonnent, eux, presque 10 $/t.

L’orge décroche

L’orge fourragère a suivi le mouvement du blé cette semaine mais la baisse de son prix a été beaucoup plus marquée : l’orge française a perdu 13,5 €/t à Rouen, à 153,75 €/t rendu Rouen en base juillet. Elle revient ainsi dans la course après avoir perdu beaucoup de compétitivité par rapport aux orges de la mer Noire et aux orges australiennes qui se sont probablement placées vers la Chine et l’Arabie ces dernières semaines. Les fondamentaux reviennent au galop : le bilan d’orge mondial est lourd et cela pèse sur les prix fourragers. Les orges anglaises de la nouvelle récolte valent actuellement 10 $/t de moins que les orges françaises et constituent aussi un facteur de pression pour la prochaine campagne.

Statu quo pour les orges brassicoles de la nouvelle récolte à 164 €/t et 170 €/t Fob Creil pour les variétés d’hiver et de printemps ; les orges de l’ancienne récolte ne sont plus guère cotées en ancienne récolte. Il n’y a plus d’inquiétude pour les semis mais il conviendra de suivre le déroulement des levées dans les régions qui s’annoncent sèches dans les semaines à venir (nord de la France surtout).

Le maïs à la peine

Les prix du maïs sont en baisse cette semaine dans le sud-ouest de la France (–3/t Fob Bordeaux en base juillet) et quasi stables dans l’Est (+1 €/t Fob Rhin, à 165 €/t). Sur le marché mondial, le maïs est très touché par la réduction des utilisations pour la production de biocarburants, que ce soit aux USA ou dans l’UE où beaucoup d’usines annoncent des chutes de production de 30 % au moins. Les perspectives d’un prix de pétrole qui pourrait rester bas pendant plusieurs mois (malgré les négociations actuelles entre la Russie, les USA et l’Arabie, cf. ci-dessous) ne viennent pas améliorer la situation. Enfin, l’USDA a annoncé cette semaine des intentions de semis de maïs US très élevées, proches de 40 millions d’hectares. Même si les farmers US revoient leurs intentions à la baisse, la situation US et mondiale du maïs s’annonce extrêmement lourde pour la prochaine campagne.

En France, l’arrivée attendue de quelques chargements d’importation au printemps dans le Sud-Ouest est venue aussi s’ajouter à l’ambiance morose.

Les cours du soja en baisse

La crise du coronavirus reste toujours au cœur de l’actualité et continue de paralyser les marchés des matières premières. Cette semaine, les cours américains de la fève de soja ont évolué à la baisse (–8 $/t, à 316 $/t) du fait des craintes croissantes sur la dégradation sanitaire et logistique aux USA où la plupart des États sont désormais en confinement ou ont pris des mesures de restriction des mouvements. Les perspectives de hausse des surfaces US de soja en 2020 et la hausse du dollar ont également fait plonger les prix. Cette semaine, l’USDA dévoilait en effet ses prévisions pour les surfaces qui seront semées ce printemps pour les principales cultures. Avec 33,8 millions d’hectares, la surface de soja pour la récolte de 2020 serait en hausse de 9,7 % par rapport aux emblavements de 2019.

En Amérique du Sud, les récoltes de soja vont bientôt se terminer et les volumes récoltés sont revus en légère baisse. C’est le cas compte tenu de rendements un peu décevants dans le sud du pays. En Argentine, la Bourse de Buenos Aires a revu la production argentine de soja de 2019-2020 à la baisse de 2,5 millions de tonnes à 49 millions de tonnes, faisant suite aux conditions climatiques sèches depuis le début des semis dans la province de la Pampa. Néanmoins, cela n’a pas suffi à dissiper la pression baissière exercée sur les cours du soja, poussés aussi vers le bas par le retrait du prix des huiles de palme, touchées par la chute de la consommation mondiale.

Les prix des tourteaux lestés par la graine de soja

De leur côté, les cours des tourteaux de soja se sont repliés de 15 $/t, à 341$/t, sur le marché à terme de Chicago, dans le sillage de la fève. Sur le marché français, le prix du tourteau de soja a suivi le même mouvement en reculant de 16 €/t à Montoir (à 375 €/t).

En France, les prix du tourteau avaient été fortement soutenus la semaine dernière par l’ampleur des achats des fabricants d’aliments du bétail et par les craintes concernant les capacités d’exportation des ports sud-américains à cause du développement du coronavirus ; enfin, l’arrêt momentané de l’usine de trituration de de colza à Rouen avait aussi dopé les cours des tourteaux (y compris de soja). Aujourd’hui, la situation semble moins problématique en Amérique du Sud — en Argentine notamment où les ports continuent de fonctionner — et l’activité de trituration est repartie à Rouen.

Le pois fourrager, lui, a bien résisté à la baisse des prix des tourteaux et sa valorisation est restée inchangée sur la semaine (à 220 €/t départ Marne).

Les cours du colza rebondissent

Cette semaine, les cours du colza ont évolué en nette hausse, tirés principalement par le rebond des cours du pétrole et la basse de la parité euro/dollar. Les prix londoniens de l’or noir ont en effet marqué une hausse de 22 % sur la semaine. Ce rebond du pétrole, qui a été alimenté par l’espoir d’une entente prochaine entre l’Arabie Saoudite et la Russie, a été renforcé par les propos de Donald Trump ayant appelé à une réduction de la production mondiale de brut de 10 millions de barils par jour. Il reste à voir ce qu’il se passera exactement : Donald Trump essaie de protéger son secteur pétrolier et espère que l’Arabie cédera prochainement (en acceptant de limiter sa production) car cette dernière a besoin des USA pour la soutenir au Proche-Orient. L’Arabie n’est pas mécontente de mettre à mal la production de pétrole du Canada, du Venezuela, voire des USA (pétrole de schiste) et ne semble pas prête à baisser sa production. Enfin, les intérêts russes et ceux des USA sont tellement divergents qu’il n’est pas certain que la Russie accepte une entente même si son économie souffre fortement des prix bas actuels. Cette géopolitique du pétrole reste à suivre de près tant elle influence le prix des huiles végétales et donc des huiles de colza via le biodiesel.

Le prix du colza a également bénéficié du net recul de l’euro face au dollar (–1,1 % sur la semaine). Il a ainsi gagné 9,5 €/t sur Euronext (à 361,75 €/t). Sur le marché physique, la hausse des prix a été plus marquée, avec une progression de 12 €/t en Fob Moselle (à 365 €/t).

Au Canada, les cours du canola sont restés comprimés au début de la semaine. La levée probable des interdictions d’importations par la Chine sur le canola canadien et l’espoir d’une reprise du commerce de la graine dans les mois à venir ont tout de même apporté un peu de soutien, permettant aux cotations de se stabiliser en fin de semaine.

Bonne tenue du tournesol

Portés par la hausse des cours du colza et les bonnes marges de trituration, les cours du tournesol ont évolué à la hausse cette semaine. À Saint-Nazaire, ils gagnent 10 €/t, à 335 €/t. En mer Noire, les cours ont rebondi de 7 $/t, tirés par la hausse des prix du tourteau et de l’huile de tournesol face à une demande très soutenue à l’exportation. Notons que les autorités russes ont suspendu les exportations de graines de tournesol (et de soja) à partir du 10 avril et jusqu’au 30 juin, afin d’assurer l’approvisionnement des usines locales de trituration. La forte baisse du rouble face au dollar de l’ordre de 20 % sur un mois n’est pas sans conséquence sur les mesures prises par le gouvernement russe.

Tallage

À suivre : évolution de la demande industrielle et animale, situation hydrique en Europe et en mer Noire, prix du pétrole

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