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« Sortir des schémas classiques pour assurer la relève »

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Frédéric et Louison (52 ans et 23 ans) sont associés du Gaec de l’Agora à 50 -50  des parts. Après un BTS ACSE, Louison a fait un CS élevage laitier à Poisy pour acquérir les gestes pratiques. Cette formation, effectuée en alternance sur l’exploitation, a permis aux éleveurs de vérifier qu’ils fonctionnaient bien ensemble. Sabine, la maman, assure la comptabilité. © Bréhier/Covid

Dans le Haut-Bugey, la famille Donier adapte son système tout herbe au changement climatique et prépare en amont la transmission de l’exploitation.

Sensible depuis une trentaine d’années, le changement climatique est devenue une réalité à Izernore, au sud du Jura . « De continental, notre climat devient méditerranéen et le paysage change, observe Frédéric Donier, associé en Gaec avec son fils, Louison, depuis le 1er janvier 2019. Depuis dix ans, les résineux, les sapins et les buis disparaissent. Alors qu’autrefois, notre secteur figurait parmi...
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Sensible depuis une trentaine d’années, le changement climatique est devenue une réalité à Izernore, au sud du Jura . « De continental, notre climat devient méditerranéen et le paysage change, observe Frédéric Donier, associé en Gaec avec son fils, Louison, depuis le 1er janvier 2019. Depuis dix ans, les résineux, les sapins et les buis disparaissent. Alors qu’autrefois, notre secteur figurait parmi les zones les plus neigeuses de France, nos hivers sont devenus doux, ce qui n’exclut pas au printemps des gelées ou des chutes de neige brutales. Si les précipitations restent globalement abondantes avec1 600 mm par an, elles sont plus centrées sur l’hiver. Les températures montent, parfois au-dessus de 25 °C dès avril. Déjà limités sur nos sols caillouteux et séchants, les rendements risquent de baisser. »

Faire encore plus de stocks quand c’est possible

Dans ce contexte difficile, la famille Donier essaie de piloter au mieux un système tout herbe pour produire près de 500 000 litres de lait sur 103 ha de prairies et 17 ha de triticale. Nourries à l’ensilage d’herbe ou à la pâture, les 65 montbéliardes à 6 700 kg de lait par an reçoivent au maximum 4 kg de VL 19 par jour, en mouture à façon, plus 2 kg de pulpe de betterave déshydratée en hiver. Début avril, les laitières, qui avaient déjà effectué un premier tour de pâturage, ont été remises à l’ensilage. Faute de pluie depuis mi-mars, l’herbe n’a pas repoussé.

Pour faire face à ces situations de plus en plus fréquentes, la confection de stocks de report importants a été renforcée. « Nous nous sommes encore plus équipés pour récolter l’herbe au bon stade. Quel que soit le profil de l’année, nos prairies produiront toujours, entre mars et novembre, 5-6 tonnes en moyenne de MS à l’hectare, avec une fertilisation minérale limitée à 60-30-60 unités de NPK/ha, et des fumiers(1). Il faut juste être organisé pour prendre l’herbe quand elle est là. Le pire est d’avoir à gérer deux années déficitaires consécutives. La sécheresse que nous subissons ce printemps empêche une bonne utilisation des fertilisations azotées. » Outre des rendements faibles et hétérogènes, les ensilages prévus fin avril devraient présenter une faible teneur en MAT. Seuls les trèfles violets semblaient se satisfaire de ces conditions restrictives.

Pour s’assurer d’un maximum de fourrage de qualité, les éleveurs ont fait évoluer la flore de leurs prairies. « Il y a vingt ans, nous faisions du RGA à grande échelle. Ce n’est plus possible. Nous sommes passés à des dactyles-fétuques-RGA, puis à des RGH-trèfle violet. En terres séchantes, cette association donne une première coupe riche en énergie et une bonne repousse. Depuis deux ans, pour valoriser les orages de juillet dont nous bénéficions désormais (jusqu’à 50 mm), nous implantons aussi du brome associé à la luzerne et au trèfle violet. Bien adapté à l’affouragement en vert, le brome présente, comme le RGH, une très bonne valeur alimentaire avec des UF et des sucres. Dans nos mélanges prairiaux, nous ajoutons 2 kg de trèfle blanc, une plante qui occupe le sol en fin de cycle et enrichit le sol en azote avant une céréale. Pour semer correctement ces espèces, nous avons acheté un double semoir Kuhn spécial prairies. » Dotée de deux couloirs d’alimentation, la nouvelle stabulation permettra d’affourager massivement les vaches. Construite dans le cadre de l’installation de Louison, elle prend en compte le besoin de confort des vaches (70 en lactation, 15 taries et quelques vaches en préparation au vêlage) dans un climat qui change, avec des étés particulièrement chauds.

De la lumière, mais pas de soleil ni de chaleur dans le bâtiment

Ouvert sur quatre faces, sans murets ni portes, le bâtiment à charpente métallique est couvert par un toit dépourvu de tout translucide, source de chaleur. Le faîtage est à 12 m de hauteur, et la pente du toit est de 30 %. « Avec la ventilation naturelle latérale et l’aspiration de la chaleur par le haut, il n’y aura pas besoin d’ajouter des équipements intérieurs coûteux tels que brumisateur ou ventilateur », pointent Frédéric et Louison. Un choix qui peut paraître risqué en moyenne montagne. « Mais en l’absence de murs, l’air ne butte nulle part, il n’y a pas de passage préférentiel et donc pas de courant d’air. Si besoin, pour 50 000 €, on pourra toujours remettre des filets brise-vent, mais dans notre ancienne étable déjà ouverte sur trois faces, nous avons constaté qu’ils étaient toujours levés. »

Les éleveurs ont veillé à implanter la nouvelle stabulation dans un site abrité au nord-est par un petit bois et attenant à un îlot de 25 ha de pâtures. Carrée et compacte, avec les animaux très groupés autour du robot de traite, la forme de la stabulation est bien adaptée à la montagne, où il est difficile de trouver des coins plats. Avec les logettes éloignées du bord du bâtiment, les animaux sont protégés. L’été, ils seront toujours à l’ombre, l’hiver ils bénéficieront d’une lumière naturelle, apportée également par une faîtière éclairante et ventilée d’une largeur de 3,5 m sur toute la traversée du bâtiment. Cette construction originale est le fruit d’une réflexion poussée dans les moindres détails, ainsi que du dévoppement de la propre vision des éleveurs.

Un concept venu de Hollande

Hypertechniques, ils sont allés en Hollande et ont fait évoluer leur projet au fil des visites, des devis et des équipements présents sur le marché. Le choix de l’aspirateur à lisier, technologie disponible depuis deux ans pour le constructeur français CRD, leur a épargné de coûteux et difficiles travaux de maçonnerie sur la roche (fosse à lisier sous caillebotis) et leur a permis de respecter le budget qu’ils s’étaient fixé : 7 500 € par vache logée, robot et stockage des effluents en géomembrane compris. Avec quatre couloirs, cet équipement que les agriculteurs sont allés voir fonctionner en Mayenne n’est pas plus onéreux que plusieurs racleurs mécaniques. « Dans nos régions, l’agriculture souffre énormément et il est difficile, même en gérant serré, de tirer une rentabilité satisfaisante de nos exploitations, souligne Frédéric. Sortir des schémas classiques en matière de construction devient indispensable pour réduire les coûts et permettre aux jeunes de prendre la relève. »

Initialement prévue pour février, la mise en service du robot de traite a été reportée à fin mai pour ne pas avoir à gérer en même temps la sortie au pâturage et le bâtiment. Depuis le 1er avril, la stalle robot n’est utilisée que pour distribuer le concentré, une VL 19 élaborée à partir de triticale et de maïs grain. Acheté neuf, le VMS 300 doit être saturé avec 70 vaches. Toutes auront accès à l’extérieur grâce à deux portes intelligentes dont une à trois voies. À partir du 4e mois de lactation, les laitières sortiront sur 10 ha de prairies gérées en pâturage tournant. Avant, elles se contenteront d’un parc de 2 ha attenant.

La robotique pour se libérer plus facilement

Les éleveurs, qui ont eux-mêmes dessiné le plan de leur bâtiment, puis l’ont modélisé en 3 D avec le logiciel SketchUp, ont pris soin de concevoir une stabulation évolutive. « C’est un bâtiment miroir. Il peut permettre de monter si besoin jusqu’à 120 vaches avec deux lots en parallèle et deux stalles robot. » Il peut tout aussi bien fonctionner avec 70 vaches en lactation et Louison tout seul, le jour où Frédéric prendra sa retraite. L’introduction de la robotique dans l’élevage est une garantie de pouvoir se libérer plus facilement. Un point important pour Louison qui vient d’être élu conseiller municipal d’Izernore, une commune de 2 600 habitants. Montrer qu’il existe encore une vraie économie agricole dans le secteur, défendre la vision des éleveurs, constitue un enjeu accru avec la crise du coronavirus.

Anne Bréhier

(1) Avec le nouveau bâtiment, l’exploitation sera autonome en potasse et disposera de 3 000 m3 de lisier supplémentaires.

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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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