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« S’installer en pleine crise imposait de nous adapter »

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Astrid et Guillaume Carlu. Deux fois par an, ils ouvrent les portes de la ferme au public en lien avec l’office du tourisme, pour expliquer le métier d’éleveur. © Reportage photo : Cédric FAIMALI

Pour faire face au resserrement des marges et à la volatilité, Astrid et Guillaume Carlu ont su faire évoluer leur système vers plus de productivité et d’efficacité, sans négliger le confort de travail à travers la Cuma et l’entraide.

Dans le Pas-de-Calais, à une vingtaine de kilomètres de la côte, Guillaume et Astrid Carlu se sont installés respectivement en mars 2008 et en septembre 2015 : c’est-à-dire à la veille de deux crises laitières majeures. « Se lancer dans ces conditions ne nous a pas aidés, admet Guillaume. La crise de 2009 était moins préoccupante, car Astrid travaillait alors à l’extérieur. Celle...
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Dans le Pas-de-Calais, à une vingtaine de kilomètres de la côte, Guillaume et Astrid Carlu se sont installés respectivement en mars 2008 et en septembre 2015 : c’est-à-dire à la veille de deux crises laitières majeures. « Se lancer dans ces conditions ne nous a pas aidés, admet Guillaume. La crise de 2009 était moins préoccupante, car Astrid travaillait alors à l’extérieur. Celle de 2016 s’est révélée plus difficile, avec un prix du lait perçu de 286 €/1 000 litres. Cela nous a fait prendre conscience rapidement que nous devions nous adapter à travailler avec des marges réduites. »

En 2008, Guillaume prend la succession de son père, après un cursus classique (BTA, BTS ACSE), puis une licence Conduite de projet en milieu rural, suivie d’une expérience dans la filière bois énergie. L’exploitation compte alors deux salariés, dont sa mère, et dispose d’un quota de 380 000 litres, d’une stabulation de 60 places bâtie en 2003, de 105 ha de SAU et d’un petit atelier volailles en vente directe (800 poulets de chair + 800 pintades/an). En s’appuyant sur 18 ha d’herbe accessibles, divisés en 12 paddocks, et sur l’investissement dans un chemin d’accès stabilisé (8 000 €), l’éleveur met d’abord en place un système d’élevage très pâturant, qui prévoit la fermeture des silos pendant deux mois au printemps.

« Rééchelonner les prêts JA pour avoir plus de marge de manœuvre »

La mère de Guillaume prend sa retraite en 2013 et c’est donc fin 2015 que son épouse, Astrid, non issue du milieu agricole, quitte son emploi dans la grande distribution et le rejoint en tant qu’associée. « À travers mon installation, nous recherchions une meilleure qualité de vie. Le travail à la ferme offre plus de souplesse pour s’occuper des enfants, Antoine, 10 ans, Arthur, 9 ans et Louise, 5 ans. Au début, l’objectif était avant tout familial, et puis j’y ai pris goût. » L’éleveuse obtient 200 000 litres de volume A auprès de sa coopérative (La Prospérité Fermière). Mais avec l’émergence d’une nouvelle crise et le maintien d’un prix de base durablement bas en 2017 et 2018, il devenait difficile pour deux jeunes seuls d’assumer financièrement l’intégralité de la reprise d’exploitation. « Il a fallu rééchelonner le remboursement des prêts JA pour avoir plus de marge de manœuvre, explique Guillaume. Cela a permis de réaliser quelques investissements nécessaires en vue d’augmenter les volumes de lait sans reprise de terres, afin de dégager deux salaires. » Le couple n’hésite pas à sursaturer la stabulation (74 vaches pour 60 places) et à remettre en cause le système d’élevage.

Même ici, la sécurité des stocks devient un enjeu

Entre 2015 et 2019, la production va ainsi passer de 7 400 litres à plus de 9 000 l/VL, en travaillant sur trois axes : sécuriser les stocks fourragers en quantité et en qualité dans une zone à potentiel agronomique limité, être moins dépendants des fluctuations du prix des aliments, et améliorer la productivité du travail. Fini la fermeture des silos. La conduite des surfaces en herbe repose sur moins de pâturage et plus de fauche. Toutes les prairies sont ressemées en RGA/TB. Elles sont fertilisées tous les deux ans par un apport de 15 t de compost. Au premier cycle, l’objectif est d’aller chercher la qualité de premières coupes de plus en plus précoces. Cette pratique a d’autant plus d’intérêt que les printemps secs se succèdent. Elle a permis l’année dernière, après un apport d’azote le 10 février, de récolter 20 ha à 1,02 UFL le 12 mai, puis une deuxième coupe le 20 juin, à 0,92 UFL. Cette année, à cause du manque de pluie, cumulé au vent d’est, la deuxième coupe n’avait pas encore eu lieu mi-juin. « Ici aussi, l’évolution du climat pose problème, sourit Guillaume. Depuis trois ou quatre ans, nous sommes confrontés à des printemps très secs. La répartition très inégale des pluies (1 200 mm en 2019, dont 900 de septembre à décembre) complique le travail du sol dans des terres argileuses et pénalise l’herbe d’été. » La tendance est à l’arrêt de la pousse de l’herbe en juillet, avant un redémarrage de la prairie qui permet d’aller chercher 2 à 2,5 tMS/ha d’enrubannage à l’automne.

Le maïs est réservé aux meilleures terres (14-15 tMS), en rotation avec du blé. L’achat de 350 t brut de pulpes surpressées (25 €/t) participe à l’autonomie (sauf en paille) sur la base d’un chargement de 1,97 UGB/ha. La disponibilité en coproduits est aussi un atout : elle permet de saisir des opportu­nités, comme les 60 t de pommes de terre intégrées cette année au silo d’herbe.

Sur le volet des concentrés, un investissement de 45 000 € a été consenti, fin 2018, pour travailler uniquement par achat anticipé de matières premières livrées en camions de 28 tonnes : après avoir un peu subi les cours la première année, les besoins en colza sont couverts pour toute la campagne 2020 au prix de 218 €/t, et en corn gluten de blé à 165 €.

« Un investissement pour réduire le coût alimentaire »

« Plus aucun aliment composé n’entre sur la ferme. Il faut prendre le temps de consulter les cotations, mais c’est un investissement déterminant pour réduire le coût alimentaire, assure Guillaume. Entre un VL40 et du colza, c’est un gain potentiel de 80 à 100 €/t, si l’achat est fait au bon moment. » Pour la première fois cette année, 1,2 ha de betteraves fourragères a été implanté. Une réflexion sur le maïs épis est aussi en cours, dans le but de faire l’impasse sur le concentré de production et la coque de soja. L’idée est de réduire la part de maïs ensilage dans la ration des laitières, au profit de l’ensilage d’herbe et de passer en ration semi-complète. Pour cela, deux Dac équipés d’une pompe à propylène sont en cours d’installation. Dans une stabulation saturée à plus de 115 %, l’éleveur attend de ces équipements une meilleure efficacité des aliments distribués à un troupeau conduit en vêlages étalés, et un gain de lait, tout en améliorant la reproduction : taux de réussite en IA1 de 57 %, et 27 % de vaches à 3 IA ou plus. « Le déficit énergétique des hautes productrices entraîne des pertes d’états pénali­santes pour les performances. Grâce à une meilleure expression du pic de lactation, l’objectif est d’augmenter encore le volume de lait/VL pour diluer les charges. »

« La Cuma atténue la hausse des coûts de mécanisation »

Toutes ces évolutions permettent au Gaec de livrer 696 000 litres de lait, avec moins de main-d’œuvre (départ du salarié et des parents). Pour la première année, le couple a même contractualisé auprès de sa coopérative 25 000 l de volume C : un volume optionnel au prix du marché (330 € début 2020, puis 240 € avec la crise du Covid). Ils visent 750 000 l dans deux ou trois ans. Ce gain de productivité n’aurait pas été possible sans l’adhésion à la Cuma intégrale avec ses deux salariés : « C’est aussi un moyen d’atténuer la hausse constante des coûts du matériel, et de se libérer du temps. » De plus, l’entraide fonctionne à plein au moment du chantier de récolte au sein de ce groupe d’éleveurs adhérents, qui ont su s’organiser pour répondre au problème de main-d’œuvre. La capacité de rebond de Guillaume et Astrid permet aujourd’hui de dégager une marge brute par UTH supérieure à la moyenne du Geda local (voir infographie). Le système n’est pas encore en rythme de croisière et il reste des leviers de progrès technique déjà identifiés, comme la réduction de l’âge au vêlage (31 mois).

Jérôme Pezon
Parcellaire. 18 hectares d’herbe sont accessibles autour des bâtiments. L’exploitation repose sur des terres argileuses et crayeuses au potentiel agronomique très hétérogène. © C. F.
Sur les maïs, Guillaume épand 120 kg/ha d’engrais starter (18/46) en localisé au semis (le 17 avril). Objectif : booster le démarrage et le développement racinaire pour aider la plante à faire face aux aléas du climat. Dans une logique de sécurisation des stocks, il a implanté pour la première fois 1,2 ha de betteraves fourragères. © C. F.
Les veaux ont un plan d’allaitement de neuf semaines au lait reconstitué : soit 2 x 4 litres/jour jusqu’à la septième semaine, avant de descendre à deux repas de 3,5 l, puis de 2,5 l. La mise en place d’un sevrage plus progressif est envisagée pour stimuler davantage l’ingestion de concentrés au moment du sevrage et ainsi soutenir les croissances. Après sevrage, les génisses ont une ration sèche à base de paille + 4 kg de concentrés. © C. F.
Elle est équipée de 60 places pour 72 laitières ! L’hygiène de traite et le nettoyage des logettes deux fois par jour permettent de maintenir un taux de 197 000 leucocytes/litre de lait. Tous les trois mois, les vaches ont un rappel du vaccin Starvac contre les mammites à © C. F.
Fin 2018, les associés ont investi 45 000 € dans un hangar équipé de cellules pour le stockage d’aliments en vrac : tourteaux, aliment énergétique, céréales autoproduites ou achetées. © C. F.
Les génisses ont accès au pâturage à partir de 6 mois, dans des paddocks de 3 à 4 jours. Elles reçoivent une complémentation à base d’ensilage d’herbe ou d’enrubannage + 500 g de colza et 1,3 kg de gluten feed de blé (Milurex : 0,97 UFL), avec l’objectif d’une croissance plus soutenue en vue de réduire l’âge au vêlage. © C. F.
En sortie d’hiver, les vaches ont accès à 7 ha d’herbe (10 ares/VL), puis à 20 ares au deuxième cycle après la réintroduction des parcelles de fauche. Elles ont toujours au moins une demi-ration à l’auge composée, cette année, de 27 kg brut de maïs + 13 kg de pulpe de betterave surpressée + 11 kg d’ensilage d’herbe + 5 kg de colza + 2,5 kg de Milurex (brisures de maïs) + 0,5 kg de coques de soja + 420 g de CMV et 120 g d’urée. © C. F.
Abattus et conditionnés dans un abattoir local, 3 lots de 1 400 poulets + 1 000 pintades sont commercialisés auprès de 200 clients particuliers (5,75 €/kg). La phase d’élevage dure trois mois et demi, et les livraisons sont faites par les éleveurs en camion frigorifique. 3 000 poulets démarrés de 6 semaines sont aussi vendus. © C. F.
Main-d’œuvre. Le choix de la Cuma intégrale

Dès 2013, Guillaume adhère à la Cuma désilage (Désilex). Une automotrice, conduite par l’un des deux salariés à plein-temps employés par la Cuma, assure la distribution de la ration auprès de huit éleveurs une fois par jour, soit une charge de 18 €/1 000 l. Puis, en 2016, il passe en Cuma intégrale avec trois éleveurs du groupe. Le Gaec ne conserve en propriété que deux bennes et deux tracteurs, dont un de 1982 dédié à la pailleuse, et un second de 1999 qui sert de valet de ferme. Seule la moisson est faite par une ETA. La récolte des fourrages est réalisée en entraide, et les salariés de la Cuma apportent un complément de main-d’œuvre : le Gaec les sollicite pour 900 heures de travail/an (hors automotrice). « L’organisation à trois est très fluide, assure Guillaume. Même s’il a diminué, le coût de mécanisation reste élevé (600 €/ha) car je cumule charges de Cuma et amortissements personnels. À partir de 2021, une baisse de 25 000 € de ces derniers permettra de revenir à des niveaux plus cohérents. »

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