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« L’installation m’a offert une meilleure qualité de vie »

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Vie de famille. Alison et Nicolas Jobard avec leurs enfants Gabriel, Léane et Maxine. © Reportage photos : Jean-Charles Gutner

Alison a choisi de s’installer hors cadre familial. Après une phase de développement économiquement délicate, elle doit atteindre, en fin d’année, un rythme de croisière permettant de diluer le montant des investissements.

Fille d’un père britannique et d’une mère française, Alison est née outre-Manche où elle a grandi jusqu’à ses 6 ans, avant que ses parents s’installent en banlieue parisienne. Sans attache familiale paysanne, c’est son attrait pour les chevaux qui la conduira à suivre des études agricoles, d’abord à Troyes (Aube) pour y passer un Bac STAE, puis à Nevers (Nièvre) où elle...
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Fille d’un père britannique et d’une mère française, Alison est née outre-Manche où elle a grandi jusqu’à ses 6 ans, avant que ses parents s’installent en banlieue parisienne. Sans attache familiale paysanne, c’est son attrait pour les chevaux qui la conduira à suivre des études agricoles, d’abord à Troyes (Aube) pour y passer un Bac STAE, puis à Nevers (Nièvre) où elle obtient un BTS productions animales. À Troyes, elle rencontre Nicolas Jobard, son futur époux, qu’elle rejoindra dans l’Aube où il reprend l’exploitation céréalière de ses parents. De son côté, Alison va occuper un poste de technicienne en production laitière chez Sodiaal, l’amenant à intervenir sur une large zone géographique : l’Aube, la Côte-d’Or et la Haute-Marne.

« J’ai décidé de m’installer après avoir été salariée pendant dix ans, explique Alison, aujourd’hui âgée de 36 ans. J’ai fait ce choix pour être plus près de mes enfants, deux filles de 10 et 8 ans et un garçon de 2 ans. Désormais, je déjeune en famille tous les midis. L’après-midi, je garde Gabriel, le petit dernier, avec moi sur la ferme et je suis à la maison tous les jours à 17 heures, où j’ai le temps de faire les devoirs avec mes filles, Léane et Maxine. C’est un discours­ que l’on n’entend pas souvent, mais aujourd’hui, je peux dire que j’ai une meilleure qualité de vie en tant qu’éleveuse, même si j’ai parfois mal dormi et si, économiquement, c’est encore difficile. »

« Le coût de la stabulation neuve ne peut s’amortir que par les volumes »

Pour concrétiser son projet, Alison a repris l’exploitation de Dominique Tassin à 8 km de son domicile, en zone de collecte AOP brie de Meaux. La reprise comprend une stabulation libre à aire paillée intégrale de 50 places, un troupeau holstein et un quota de 400 000 litres chez Lactalis. Sur 130 ha, 25 ha sont repris en propriété. Ce sont des terres argileuses, peu portantes, avec un potentiel de rendement limité, de 10 à 12 tonnes de MS/ha en maïs ensilage.

Alison commence son activité en novembre 2014, après avoir rejoint Sodiaal. Avec sa coopérative, elle obtient une attribution de 300 000 litres, plus 500 000 litres de développement en volume B. Il faut préciser qu’elle a un délai de cinq ans pour livrer ces 500 000 l : c’est-à-dire 100 000 l de lait supplémentaires à produire chaque année, pour atteindre 1,2 Ml à échéance 2020. Ce choix du volume interpelle, mais il est cohérent avec le projet de vie du couple : « Pour concilier élevage et vie de famille, nous avons convenu dès le départ que le projet ne se ferait pas sans robot de traite, souligne Alison. Or, mon expérience de technicienne m’a appris que la qualité du lait est difficilement maîtrisable dans un système associant robot de traite et aire paillée. Sachant que la proximité de la stabulation avec les maisons d’habitation de la commune ne permettait pas de réaménager un bâtiment sur ce site, il a fallu prévoir la construction d’une nouvelle stabulation ex nihilo, un coût de 600 000 € qu’il n’était possible d’amortir que par les volumes. »

La nouvelle stabulation de 117 places, accueillera donc deux robots Lely pour un coût de 210 000 €. Avec le hangar de stockage, l’investissement total s’élève à 1,3 M€ (900 000 € d’investissement et 400 000 € de reprise) pour lequel Alison a perçu 170 000 € de subvention. Un équipement tout confort pour les hommes comme pour les animaux. Mais il ne sera mis en service qu’un an plus tard, en décembre 2015.

« Un objectif de 55 vaches par robot pour préserver la qualité du lait AOP »

Dans l’attente, la première année se fait dans l’ancienne aire paillée, avec une salle de traite 2 x 4 et un leitmotiv : livrer le maximum de lait afin de diluer le poids des annuités d’un projet conçu pour 1,2 million de litres. Pour y parvenir, Alison peut s’appuyer sur le cédant qui est resté salarié sur la ferme pendant un an. Il est ensuite remplacé par un apprenti, Colin Claude, aujourd’hui en CDI à plein-temps. « Lorsque l’on est une femme seule, c’est une aide physique parfois très précieuse », reconnaît Alison. Cela d’autant plus que la venue au monde du petit Gabriel se précisait.

Mais elle doit aussi faire face à de vrais handicaps qui vont retarder la course au lait qui s’est engagée : 45 ha de prairies naturelles très dégradées, peu productives et surtout un troupeau hors normes en leucocytes, devant suivre un protocole d’éradication de la paratuberculose impliquant la réforme des vaches positives et de leur descendance (16 vaches sur 50). L’éleveuse a donc acheté des vaches et conservé toutes les femelles saines. Ainsi, dès la première année, le troupeau va compter jusqu’à 70 vaches traites sur une aire paillée conçue pour 50 : « La qualité moyenne du lait livré était bonne, mais pour cela, il a fallu en jeter beaucoup. » Dans ces conditions, les livraisons de 2015 s’élèvent à 551 659 litres, avant le déménagement dans la nouvelle stabulation. Dans ce bâtiment, l’adaptation aux deux robots de traite avec 70 vaches se fait sans difficultés, dans un contexte de croissance continue du troupeau : « Je garde toutes les femelles et insémine jusqu’à ce qu’elles soient pleines (IVV de 415 jours). L’objectif de 110 vaches, c’est-à-dire 55 vaches par stalle pour préserver la qualité du lait AOP, sera atteint dès cette année [NDLR : 105 vaches en décembre 2018], en même temps que la fin du programme contre la paratuberculose. Jusqu’alors, je courais après le lait avec des vaches au potentiel génétique limité et 50 % de primipares, ce qui pénalise la valorisation de la ration et m’amène à distribuer trop de concentrés. La stabilisation des effectifs va enfin me permettre de ne plus subir les réformes et d’entamer la sélection en vue d’améliorer le potentiel génétique du troupeau pour réduire mes coûts alimentaires. »

La ration de base des laitières se compose de deux tiers de maïs, un tiers d’herbe ensilée précocement en première coupe, 2 kg de maïs grain humide, 2 kg d’orge et 1,3 kg de correcteur azoté. La complémentation au robot comprend en moyenne 0,7 kg de correcteur (soja-colza), 2,5 kg de VL et jusqu’à 5 kg pour les plus fortes productrices. Cette année, du fait de la sécheresse très pénalisante pour le maïs (7 t de MS/ha), la ration hivernale comprend 50 % d’herbe de qualité (1,01 UFL, 14,5 % de MAT). Signe que le renouvellement des pâtures est payant. « Cette ration fonctionne bien, avec du maïs grain humide. Face aux sécheresses qui se répètent, c’est une alternative qui permet d’être moins dépendant du maïs ensilage à l’avenir. »

Au printemps, via une porte de tri intelligente et des chemins d’accès, les vaches ont accès à 23 ha d’herbe, divisés en 17 paddocks de deux jours. La conduite des fourrages est assurée intégralement par l’ETA de son mari.

« Je me donne cinq ou six ans pour réaliser mon droit à produire »

« Je suis bien consciente que si Nicolas n’avait pas en parallèle une exploitation déjà bien assise, la banque n’aurait pas suivi, admet Alison. Je n’aurais pas pu faire ces investissements aussi vite et prendre un salarié. » Sans rémunération de son travail, le prix d’équilibre 2018 s’élève à 371,20 €. Il est presque couvert par le prix du lait, grâce à la prime AOP, mais aussi à la sous-réalisation qui permet de livrer tous les volumes au prix A. « Je me suis fixé l’objectif de réaliser mon droit à produire au bout de cinq ans. Un volume nécessaire pour amortir mes coûts et commencer à prélever un salaire. Mais il faudra peut-être six ans, car je n’avais pas prévu la baisse du prix du lait et du blé de 2016. »

Jérôme Pezon
Stabulation. La proximité de l’ancienne stabulation avec les habitations a conduit à en bâtir une nouvelle, de 117 places, à l’extérieur de la commune. © J.-C.g.
Les options du robot permettent de suivre au quotidien l’évolution des cellules, des matières grasses et protéiques, mais aussi des critères de santé tels que le poids des vaches, la rumination ou les chaleurs potentielles. Des outils d’aide à la décision précieux pour une éleveuse inséminatrice. © J.-C.g.
Il s’agit de deux Lely A4, installés au cœur de la stabulation. L’accès libre autorise une fréquentation de 2,7 traites/jour. Après la traite, les vaches peuvent être orientées vers un espace de soins, avec une cage de contention qui sert au parage et aux soins de la mamelle. Au printemps, des portes de tri intelligentes gèrent l’accès à 23 ha de prairies naturelles conduites sur le principe du pâturage tournant. © J.-C.g.
La stabulation est claire et bien ventilée à l’aide de rideaux. Les 117 logettes sont équipées de tapis et paillées. L’auge est en Inox et la ration repoussée par un robot pousse-fourrage Lely. À l’entrée du bâtiment se trouvent les box de soins et de vêlage, une aire paillée pour la phase de préparation au vêlage des taries et une autre pour les animaux fragiles, avec une cage de parage. © J.-C.g.
D’abord apprenti, Colin Claude est désormais en CDI à plein temps. Il assure un week-end par mois et permet au couple d’avoir deux semaines de vacances. Ici, l’astreinte est évaluée à six heures par jour à deux UTH.  © J.-C.g.
Pendant une semaine, les génisses sont élevées en niches individuelles, puis en cases collectives dans l’ancienne aire paillée, avec du lait reconstitué distribué au Dal. Après le sevrage, la ration repose sur du foin et du concentré fermier distribué au Dac, ou du foin et de l’enrubannage après 6 mois. Elles ne sortent pas à l’herbe en première année. © J.-C.g.
Elles sont d’abord élevées au foin avec 1 kg de concentré fermier, dans l’ancienne aire paillée. Trois semaines avant la mise bas, elles retournent en stabulation pour la préparation au vêlage avec du maïs, 0,5 kg d’orge, 0,5 kg de correcteur, un minéral spécial tarie et du chlorure de magnésium.
La ration est préparée et distribuée une fois par jour à l’aide d’une mélangeuse achetée d’occasion : le télescopique, la mélangeuse, un tracteur et une bétaillère constituent l’intégralité du parc matériel de la ferme. Les fourrages sont stockés dans un silo d’herbe et deux de maïs (dont un sous le hangar de stockage). Une cellule de stockage et un aplatisseur sont également prévus pour les céréales autoconsommées. © J.-C.g.
Brie. Un système bâti pour le cahier des charges

L’ODG brie de Meaux s’est accordée sur un nouveau cahier des charges, dont les seules exigences jusqu’ici se limitaient à une zone géographique et des analyses de listéria, salmonelles­, E. Coli et staphylocoques. Déjà validé en France par l’Inao, celui-ci doit encore être approuvé par la Commission européenne fin 2019.

Dans l’attente, le collège producteurs de l’interprofession a décidé de le mettre en œuvre dès le 1er janvier, avec un montant de prime renégocié avec chaque laiterie : elle passe de 30 à 35 €/1 000 l chez Sodiaal. Membre du groupe de travail au sein de sa coopérative, Alison a bâti un système­ qui répond aux nouvelles exigences du cahier des charges : 150 jours de pâturage­ (20 ares au minimum par vache), 3 kg de MS d’herbe au minimum hors période de pâturage, dont 2 kg de légumineuses, un élevage sur paille (logettes ou aire paillée), avec de la paille stockée à l’abri, ou encore un maximum de 2 tonnes de concentré par vache…

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