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« L’autonomie alimentaire est notre credo depuis l’installation »

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Michaël Bonnault et Guillaume Decrozant ont repris, hors cadre familial, une exploitation laitière en Isère. Ils ont modifié le système de production en place en réduisant la surface du maïs et en développant celle de l’herbe.

ÀBlandin, dans les Terres froides, les conditions de production sont plutôt favorables au lait. Dans cette vallée montagnarde creusée par les glaciers, où les moraines ont laissé de gros galets, les limons sablo-argileux gardent l’humidité et drainent bien. « Les racines de luzerne descendent jusqu’à 1,50 m de profondeur, pointent Michäel Bonnault et Guillaume Decrozant, les deux associés du Gaec de Soivieux...
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ÀBlandin, dans les Terres froides, les conditions de production sont plutôt favorables au lait. Dans cette vallée montagnarde creusée par les glaciers, où les moraines ont laissé de gros galets, les limons sablo-argileux gardent l’humidité et drainent bien. « Les racines de luzerne descendent jusqu’à 1,50 m de profondeur, pointent Michäel Bonnault et Guillaume Decrozant, les deux associés du Gaec de Soivieux. Les prairies multi-espèces produisent en moyenne 12 tonnes de MS à l’hectare, les permanentes 6 à 7 t. Les bonnes années sans irrigation, les maïs atteignent 17 à 18 t de MS/ha, 15 t en 2018 malgré la sécheresse. » Dans ce contexte agronomique, il est plus facile de diversifier les assolements, même s’il faut tenir compte des évolutions climatiques. « Avec les fortes chaleurs de l’été, plus de 35°C, la période de végétation active se resserre. Au printemps, le démarrage de la pousse est plus précoce. Les précipitations diminuent. L’été, les montagnes tiennent les orages. Nous sommes du bon côté du Rhône. »

« Choisir le système maïs aurait été plus facile »

« Même si le système maïs est plus facile », les deux jeunes éleveurs, installés hors cadre familial, ont choisi d’emblée de modifier le mode de production en place. Initialement très intensif, le système maïs ensilage a évolué vers plus d’autonomie. « Notre objectif est de produire environ 8 000 à 8 500 kg de lait par vache avec une ration à 50-60 % d’herbe, expliquent-ils. À l’exception des tourteaux de soja et des minéraux, les achats d’aliments du commerce ont été arrêtés. Nous cherchons à récolter et à faire pâturer de l’herbe riche en UF et PDI. Nous gardons le maïs par sécurité. »

Dès la première année de leur installation, en 2015, les éleveurs ont commencé à modifier l’assolement. Six hectares de prairies multi-espèces et six de luzerne (en mélange avec de la fétuque) ont été semés en remplacement de maïs. Les six hectares initialement consacrés au blé et à l’orge sont désormais implantés en méteil destiné au grain, un très bon concentré pour les génisses. Le méteil est cultivé dans le cadre d’une rotation simple : trois à quatre ans de prairies à base de luzerne, trois ans de maïs (éventuellement derrière un ray-grass anglais ou couvert), un an de méteil.

Une grande attention est portée à l’exploitation des surfaces en herbe dont 17 ha sont attenants au bâtiment. Toutes les prairies implantées en luzerne-fétuque élevée sont ensilées. « Nous faisons jusqu’à douze ou treize chantiers de récolte par an, précisent les agriculteurs. L’autochargeuse acquise l’an passé dans le cadre d’un GIEE, créé avec deux exploitations voisines, nous est bien utile. En 2017, nous avons rentré en moyenne 12 t de MS/ha à 0,9 UFL par kilo de MS et 17-18 points de MAT. C’est mieux qu’un maïs à 15 t de MS mais 8 points de MAT. »

Pour atteindre ces tonnages, les agriculteurs veillent à bien entretenir leur sol en apportant chaque année du fumier composté (25 tonnes par hectare), en chaulant tous les trois-quatre ans et en mettant un peu d’azote au printemps. Dans les silos, les coupes et les espèces sont mélangées. « Nous passons du temps à bâcher et à débâcher les silos, mais les complémentarités sont positives. Les graminées, 5 à 8 ha de ray-grass avant maïs, apportent l’énergie et les sucres. La luzerne, les protéines et les fibres sécurisent l’alimentation. Les fourrages sont analysés systématiquement pour caler au mieux la ration. »

Valoriser le pâturage malgré une route à traverser

Sur les pâtures bien exposées, les vaches sont lâchées de plus en plus tôt, le 28 février cette année, trois semaines après les chutes de neige (45 cm). Le 18 mars, les éleveurs abordaient leur second tour de déprimage, à raison de 50 ares par jour et par vache. « L’herbe pousse calmement, observait alors Guillaume. Mais ça devrait s’accélérer avec les 40 mm d’eau reçus la semaine dernière et le beau temps annoncé. » Les parcelles seront alors cloisonnées et un pâturage tournant mis en place (sortie à 5 cm). Les vaches sortent la nuit tant qu’il y a de l’herbe, jusqu’à mi-juillet si les conditions le permettent.

Faute d’herbe à pâturer en quantité suffisante, les silos restent ouverts l’année. Fin février, la ration donnée à l’auge est équilibrée à 27,6 kg de lait (voir encadré). La complémentation moyenne au Dac était de 1,7 kg de maïs grain et de 0,44 kg de soja 49. Sur la base d’un prix forfaitaire de fourrages à 120 €/t (372 €/t pour le soja) – « Avec l’autochargeuse, moins onéreuse qu’une ensileuse automotrice, le coût de production des ensilages d’herbe sur l’exploitation est inférieur à ce coût forfaitaire », souligne Guillaume –, le coût de cette ration rendue à l’auge était chiffré à 135 €/t, soit 16 €/t en dessous du coût moyen de la référence de groupe du Conseil Élevage de l’Isère. La quantité de concentré était de 171 g par litre. Pour concentrer davantage la ration en amidon et simplifier le travail, quelques kilos de maïs épi seront introduits dans la ration l’hiver prochain. « Sur des rations à dominante herbe, on économise de la protéine, mais on peut vite perdre en énergie (un point de TP en moins en 2018) », note Michaël. Pour stocker le maïs épi, l’un des silos de 8 m de large sera divisé en deux. Les éleveurs souhaitent également passer d’une ration semi-complète à une ration complète. En effet, avec une route à traverser, les laitières mises à l’herbe ont un accès limité au Dac et à l’auge. Cela pénalise en particulier les primipares en début de lactation. Elles n’ont pas le temps de consommer suffisamment. Par ailleurs, le maïs grain distribué au Dac n’est pas très bien valorisé. Pour améliorer la qualité de l’ensilage d’herbe malgré les préfanages bien réussis, des conservateurs seront aussi utilisés.

Quatre ans après leur arrivée sur l’exploitation, les jeunes éleveurs tirent un bilan positif de la première étape d’installation. Pourtant, les deux premières années ont été compliquées : il a fallu gérer la construction du bâtiment des génisses et de stockage du fourrage, la cheville cassée de Guillaume une semaine avant la naissance du deuxième enfant chez Michaël, et l’explosion de la fosse à lisier. En 2016, avec la baisse du prix du lait, la chute de la moyenne laitière à 7 500 kg par vache et un fourrage en faible quantité (toutes les luzernes étaient en première année d’exploitation), ils ont douté.

« Au début, nous n’avions pas la production fourragère suffisante »

« Nous avions opéré un changement de système sans avoir la production fourragère en face. Heureusement, nous avions gardé le maïs. » Des vaches ont été perdues à cause de problèmes métaboliques après vêlage. Aujourd’hui, le troupeau est sain, les vêlages, les délivrances et les démarrages de lactation se passent bien. Les charges ont été réduites plus vite que prévu, ce qui a compensé le manque de produits.

Humainement, la mayonnaise a pris. Avant de s’installer, les jeunes éleveurs avaient travaillé tous les deux comme conseiller d’élevage. Ils étaient animés par le désir d’appliquer ce qu’ils prônaient aux éleveurs et de créer leur propre entreprise. Reprendre cette exploitation alors qu’ils habitaient à 5 km de là était une opportunité. Il n’y avait pas besoin de chambouler les lieux de vie et les emplois des conjointes. En dehors des périodes de pointe et de gros chantiers, le système mis en place doit permettre à chacun de se libérer un week-end sur deux et de prendre quatre semaines de vacances par an. C’est un choix de vie.

Anne Bréhier
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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