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« Jeunes et heureux de nous être installés en Gaec »

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Mouvement. Michel Chorin © Reportage photo : Cédric FAIMALI

Renouveler un Gaec exige des associés en place de faire preuve de souplesse, et aux entrants de comprendre leur parcours. Au Gaec de la Trébisière, dans l’Orne, cette posture fonctionne. L’entrée de Quentin Fromont et Antoine Garreau le remodèle, sans en remettre en cause la philosophie.

Lorsque des jeunes, motivés par le lait, n’ont pas la possibilité d’une installation en famille, plutôt que de remplacer un associé dans un Gaec, ils préfèrent reprendre une ferme, seul ou en couple. L’envie d’être son (sa) propre patron (ne), et surtout, la crainte d’une mésentente entre associés les détournent des Gaec, pourtant plus nombreux. Ce n’est pas le cas de Quentin Fromont et Antoine...
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Lorsque des jeunes, motivés par le lait, n’ont pas la possibilité d’une installation en famille, plutôt que de remplacer un associé dans un Gaec, ils préfèrent reprendre une ferme, seul ou en couple. L’envie d’être son (sa) propre patron (ne), et surtout, la crainte d’une mésentente entre associés les détournent des Gaec, pourtant plus nombreux. Ce n’est pas le cas de Quentin Fromont et Antoine Garreau. Ils apprécient la sécurité technique et financière que donne le Gaec de la Trébisière à leur installation et aux projets lancés depuis deux ans. La volonté de Michel Chorin et Stéphane Mesnil­ – les deux associés historiques – de faire leur maximum pour les deux amis, et le choix de la sagesse, en testant leurs relations dans un contrat de parrainage, ont été déterminants. Depuis 2014, pierre après pierre, le processus de transmission se construit. Il commence par l’entrée de Quentin dans le Gaec en octobre 2016. Il se poursuit par celle d’Antoine, le 1er janvier 2019, qui rachète les parts sociales de Michel Chorin.

Entre les deux installations, le Gaec évolue à vitesse grand V. L’arrivée du premier s’accompagne de l’acquisition de 12 hectares et 10 vaches supplémentaires, celle du second de la construction d’une yaourterie pour de la vente directe. « Je suis plus âgé que Stéphane de huit ans, dit Michel. La première étape était de préparer mon départ à la retraite, initialement prévu en 2017 mais reporté à 2019. » Stéphane, lui, partira en 2026.

« J’ai pris l’initiative de contacter Quentin »

Conscient que son remplacement ne se fera pas d’un coup de baguette magique, Michel prend l’initiative. Il contacte Quentin, salarié dans une ferme non loin de là. Ils se connaissent déjà : Stéphane et le père de Quentin sont cousins germains. « Mes parents ne sont pas agriculteurs, précise Quentin. Après avoir été salarié un an et demi, je cherchais une exploitation laitière mais pas en production conventionnelle. Je ne veux pas cautionner le soja venant du Brésil ni l’usage des pesticides. » À ses yeux, le Gaec de la Trébisière présente trois atouts. Il est en agriculture bio depuis 2012. Avec 42 000 €, le ticket d’entrée est dix fois moins élevé que la reprise d’une exploitation en individuel (voir infographie). Enfin, sans liens familiaux, les deux associés ont bâti une organisation qui sépare les vies privée et professionnelle. « Sinon, c’est le clash annoncé », confirme Michel. Par exemple, le bureau est sur l’exploitation, et non au domicile d’un des deux associés. Michel ajoute aujourd’hui son regard de retraité. « Mon habitation est proche de la ferme, je vois ce qui s’y passe. Il faut laisser pleinement la place à la nouvelle association, et résister à la tentation d’y venir régulièrement. Quand la maison est sur le site de l’exploitation, il est préférable que le cédant déménage. »

« Le parrainage constitue un test à blanc  »

Quentin, Antoine et Stéphane, eux, soulignent l’importance du contrat de parrainage (lire L’Éleveur laitier n° 300, p. 92). Ils en sont d’inconditionnels défenseurs. Celui de Quentin a duré un an, suivi d’un CDD de six mois. Celui d’Antoine était plus court huit mois, en 2018 – mais avec un pied dans l’exploitation dès 2017. « Copains depuis le lycée agricole, nous évoquions régulièrement la possibilité d’une installation ensemble, moi dans la transformation en circuits courts. Je me suis tenu informé dès le début du projet du Gaec », raconte ce dernier. « Le contrat de parrainage est un test à blanc de la capacité des futurs associés à travailler ensemble, reprend Stéphane. Enclencher les projets liés à l’installation sans véritablement se connaître est une erreur. Le risque est de se laisser entraîner par leur mise en œuvre. Si des désaccords surviennent, il est trop tard car des engagements financiers sont pris. » Mais un Gaec ne se limite pas à des associés ensemble dans le travail. C’est aussi une vision commune de l’entreprise, et des valeurs partagées. Les deux contrats de parrainage ont donné à Stéphane, Quentin et Antoine le temps d’exprimer ce qui est important pour eux. « Notre objectif n’est pas de produire plus de lait mais de le valoriser du mieux qu’on le peut, de façon économiquement et écologiquement durable. Les investissements sont réfléchis pour améliorer les conditions de travail et le revenu », résume Antoine.

« Pousser plus loin ce qu’ont entrepris Michel et Stéphane »

Les deux amis s’approprient ce qui a guidé Michel et Stéphane dans leur conversion bio en 2012. En proposant la fabrication et la vente de yaourts bio au sein du réseau Invitation à la ferme, ils poussent cette logique jusqu’au bout. La structure compte aujourd’hui cinq équivalents temps plein salariés. Six à huit sont prévus dans les deux à trois ans.

Stéphane avoue tout de même être parfois perturbé par la nouvelle dimension du Gaec. « Je n’aime pas les changements, il me faut du temps pour les intégrer, reconnaît-il. Mais si on accueille de nouvelles personnes dans un Gaec, il faut accepter d’en bouger les lignes. »

Pour jeter les bases humaines de sa version 2, à l’arrivée de Quentin puis d’Antoine, le Gaec de la Trébisière a fait appel à Isabelle Maillou, consultante en ressources humaines à CERFrance Orne. « J’accompagne chaque associé dans la définition de son caractère et de ses objectifs, explique Isabelle Maillou. La mise en commun permet de définir un cadre équilibré. » Et la consultante d’ajouter : « Chaque personne se définit par son éducation et ses expériences. Dans un Gaec, il est donc nécessaire de comprendre le fonctionnement de ses associés. » Message reçu cinq sur cinq, à la Trébisière ! Stéphane, Quentin et Antoine en plaisantent même : « J’ai besoin de gérer plusieurs projets à la fois, tandis que Stéphane est prudent », détaille Quentin, qui travaille avec lui en binôme sur la ferme. En charge de la yaourterie, Antoine, lui, se dit entre les deux.

Isabelle Maillou leur a insufflé le sens de l’écoute bienveillante, c’est-à-dire laisser à chacun la possibilité de s’exprimer, et respecter le rythme de l’autre. Et ce ne sont pas que de belles paroles : face à la fatigue qu’exprime Stéphane après trente-cinq ans d’élevage, les trois associés ont examiné ensemble comment le décharger un peu. De même, ils se sont organisés pour prendre chacun quatre semaines de congé par an, et pour que Stéphane et Quentin ne traient qu’un week-end par mois. « La solidité financière du Gaec et la main-d’œuvre salariée facilitent les adaptations, estime Quentin. Ce niveau de congés est un des grands avantages de l’installation en Gaec ». Quentin et Antoine bénéficient aujourd’hui des investissements prudents de Michel et Stéphane. Ils le reconnaissent très volontiers, tout comme ils saluent leur volonté de limiter leurs emprunts JA : 42 000 € de rachats de parts sociales. « Nous nous sommes posé deux questions à l’évaluation des bâtiments, du matériel et du cheptel : sont-ils fonctionnels ? L’EBE que dégage le Gaec permet-il leur remboursement ? Cela nous a conduits à une estimation comprise entre 110 000 € et 180 000 €, soit une valeur basse de la part sociale de 600 € et une valeur haute de 900 €. Nous avons retenu 700 €. »

« Il faut de la trésorerie pour limiter les comptes associés »

Parallèlement, il est décidé que le Gaec assume les comptes associés. « Pour cela, il faut de la trésorerie », soulignent les associés. En 2018, Michel profite d’une trésorerie excédentaire pour prélever 30 000 €, soit près de la moitié de son compte associé. Le restant est intégré dans l’enveloppe de 560 000 € empruntés en 2018 pour la yaourterie. Stéphane, lui, a profité du versement d’une subvention de 120 000 €, toujours liée à la yaourterie, pour réduire son compte associé de 60 000 € début 2020. L’objectif est de poursuivre ainsi jusqu’à son départ en retraite si les résultats du Gaec le permettent.

Claire Hue
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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