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« 200 000 litres en moins, du temps en plus  »

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Yoann Francheteau, Vincent Airiau et Christophe Ganuchaud : les trois associés du Gaec Les Ruisseaux. © Reportage photo : Cédric FAIMALI

Dans l’objectif de maîtriser la charge de travail, le Gaec Les Ruisseaux a diminué son volume de lait de 200 000 litres à l’occasion du passage de quatre à trois associés. En ajoutant l’intensification du système herbager et la conversion bio, il montre aujourd’hui une grande résilience.

C’était la ferme de ses parents et de ses grands-parents. Elle a doublé pour atteindre sa dimension actuelle lorsque Yoann Francheteau s’y est installé en 2007. « Nous étions alors quatre associés avec mes parents et Christophe Ganuchaud. Ils avaient créé le Gaec ensemble en 1990 quand mes grands-parents ont pris leur retraite. » À cette époque, l’orientation est assez intensive avec 90 vaches produisant...
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C’était la ferme de ses parents et de ses grands-parents. Elle a doublé pour atteindre sa dimension actuelle lorsque Yoann Francheteau s’y est installé en 2007. « Nous étions alors quatre associés avec mes parents et Christophe Ganuchaud. Ils avaient créé le Gaec ensemble en 1990 quand mes grands-parents ont pris leur retraite. » À cette époque, l’orientation est assez intensive avec 90 vaches produisant chacune entre 9000 et 10 000 litres de lait, et une trentaine d’hectares de maïs. Le tournant se produit en 2016 à l’arrivée de Vincent Airiau. « Mes parents étaient agriculteurs mais j’ai d’abord travaillé pendant dix-sept ans dans l’électronique, explique-t-il. J’ai repris une formation pour obtenir un BP REA et me reconvertir. » Vincent s’installe tandis que les parents de Yoann partent à leur tour à la retraite. Cela déclenche une réflexion autour du travail. « Nous passions de quatre à trois associés et nous avions tous la volonté de travailler seulement un week-end sur trois, contre un week-end sur deux en binôme auparavant, racontent les deux quadragénaires. Il fallait donc réduire la production pour qu’un seul associé puisse assurer le travail chaque week-end. »

Une formation de deux ans

Cette baisse de volume représente 200 000 litres et le droit à produire descend ainsi à 620 000 litres. « Je me souviens que mes collègues en formation BP REA étaient étonnés de ce choix, souligne Vincent. Pourtant, il était réfléchi et justifié, et notre revenu n’a pas baissé. » En 2017 en effet, l’EBE est de 192 000 € pour une production de 575 000 litres au prix de 0,369 €/l, tandis qu’il était de 189 000 € pour un volume de 765 000 litres et un prix similaire de 0,363 €/l en 2013. Dans la foulée, l’exploitation démarre en 2017 sa conversion vers la production biologique, et livre ses premiers litres certifiés en novembre 2018. « Nous avons réduit la surface en maïs et amplifié le système herbe en suivant tous les deux une formation de deux ans avec le Civam-Gradel (1) », indiquent Yoann et Vincent. De son côté, Christophe fait partie d’un groupe de progrès sur les cultures.

Aujourd’hui, l’objectif de maximisation de la surface en herbe est atteint. Soixante hectares sont consacrés au pâturage des vaches en lactation, soit 77 ares/VL. Ils sont découpés en une trentaine de paddocks de deux hectares chacun environ, sur lesquels les animaux restent deux jours et deux nuits à la saison de pâturage. La mise à l’herbe se fait dès la mi-février quand cela est possible, et les silos d’ensilage sont fermés trois mois entre avril et juin. Durant cette période, les vaches reçoivent un complément constitué du mélange céréalier (triticale, pois, avoine) récolté en grains puis aplati. À partir de mi-juillet, les éleveurs distribuent la « ration d’hiver » à savoir 10 kgMS d’ensilage d’herbe, 5 kgMS d’ensilage de maïs, 1 kg de concentré azoté (à base de tourteau de colza, féverole, pois) et 0,5 à 1 kg de mélange céréalier. Les vaches conservent un accès à l’extérieur sur deux parcelles de 2 ha chacune contiguës au bâtiment, appelées « parcelles parking ». À l’automne et jusqu’à fin novembre, le pâturage est également valorisé en fonction de la pousse permise par les conditions météo.

« Nous testons le dactyle, plus résistant à la sécheresse que le ray-grass anglais »

« Nous réduisons alors la part d’ensilage d’herbe, en revanche nous maintenons la dose de maïs pour garder les animaux en état et favoriser la réussite des inséminations. » Dans cette exploitation située un peu au sud de la Loire, les prairies sont traditionnellement composées d’un mélange de ray-grass anglais, trèfle blanc et fétuque élevée et implantées pour une durée de cinq à six ans. « Avec les sécheresses estivales des dernières années, nous constatons que le ray-grass anglais ne tient pas sur nos terres séchantes. Sans ray-grass, les parcelles se salissent, or l’implantation d’une nouvelle prairie coûte cher. En lien avec le Civam-Gradel, nous avons donc entamé une réflexion et nous mettons en place notamment des essais avec le dactyle. Cet automne, nous prévoyons de semer dix hectares d’un mélange de dactyle, trèfle blanc et fétuque. L’introduction de cette espèce, dont le cycle est plus court, nécessitera peut-être d’augmenter la fréquence des pâturages. »

Les éleveurs réfléchissent aussi à l’investissement dans une autochargeuse afin d’avoir recours à l’affouragement en vert, récolté sur un îlot de 15 ha de l’autre côté de la rivière. Cet îlot est consacré au pâturage des génisses mais celles-ci ne consomment pas tout. « Pour le moment, nous testons cette option en empruntant l’autochargeuse des voisins. Cela pourrait constituer un appoint, notamment à l’automne, et cette optimisation de l’herbe permettrait probablement de produire moins d’ensilage. » D’autres leviers sont également à la portée du Gaec pour qu’il s’adapte au changement climatique, notamment la rénovation des chemins réalisée dans l’objectif de valoriser peut-être davantage à l’avenir le pâturage d’hiver à défaut du pâturage d’été. Dans l’hypothèse d’une moindre disponibilité en herbe dans le futur, les éleveurs ont aussi la possibilité d’ensiler leur mélange céréalier, même si cela les priverait d’une partie de leurs ressources en paille.

Du maïs sans irrigation en semant moins dense

Enfin, ils disposent d’un accès à 9 000 m3 d’eau pour irriguer le maïs en cas de besoin. « En 2019, nous avons réussi à produire 9 tMS d’ensilage de bonne qualité sans irrigation, mais en semant moins dense à 74 000 pieds/ha. De la même façon, nous avons atteint 10 à 12 tMS/ha en 2020. » Grâce à une surface couvrant largement les besoins de leur troupeau, Yoann, Vincent et Christophe se sont lancés dans la diversification de leur production. « En 2020, nous avons cultivé 4,5 hectares d’orge de brasserie pour répondre à la demande de microbrasseries locales, ainsi que 5 ha de blé meunier destiné aussi à une valorisation locale. Contribuer à cette dynamique de territoire est motivant. »

« Nous sommes passés à cinq semaines de congés »

Dans l’état actuel, la maîtrise de la charge de travail que les trois associés avaient inscrite comme priorité, leur donne satisfaction. « Nous sommes passés à cinq semaines de congés cette année, et quand nous travaillons le week-end, nous récupérons un jour dans la semaine. Nous ne sommes pas surchargés, excepté parfois pendant les travaux d’été où la situation peut être un peu tendue. Nous sommes un peu gênés par l’image négative souvent véhiculée des éleveurs laitiers ne prenant ni salaire ni vacances. Notre ferme est modeste, elle n’est pas robotisée mais nous permet de vivre tout en préservant notre qualité de vie. »

Nathalie Tiers

(1) Groupe de recherche en agriculture durable et développement local.

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