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Abattage à la ferme : la dernière ligne droite

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Initiatives. Emboîtant le pas du décret d’avril 2019 de la loi Égalim qui ouvre la porte à l’expérimentation d’abattoirs mobiles, deux projets concrets et très proches du territoire sont en phase d’aboutir.

«Maîtriser les conditions de vie de ses animaux jusqu’au bout. » « Ne pas les voir partir à plusieurs centaines de kilomètres pour un abattoir dont on ne connaît le nom qu’au retour du ticket de pesée. » « Leur éviter le stress lié au transport, au mélange avec d’autres animaux inconnus, au temps d’attente dans les bouveries… » Le souhait d&rsquo...
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«Maîtriser les conditions de vie de ses animaux jusqu’au bout. » « Ne pas les voir partir à plusieurs centaines de kilomètres pour un abattoir dont on ne connaît le nom qu’au retour du ticket de pesée. » « Leur éviter le stress lié au transport, au mélange avec d’autres animaux inconnus, au temps d’attente dans les bouveries… » Le souhait d’un certain nombre d’éleveurs de voir leurs bêtes abattues là où elles sont nées et élevées devrait bientôt devenir une réalité. Emboîtant le pas du décret d’avril 2019 de la loi Égalim actant l’expérimentation d’abattoirs mobiles sur quatre ans, deux initiatives sont dans la dernière ligne droite.

Flotte de caissons mobiles dans l’Ouest

Le premier projet émane de 150 éleveurs de Loire-Atlantique et du nord de la Vendée, regroupés il y a trois ans dans l’association l’AALVie (Abattage des animaux sur leur lieu de vie). Le dispositif qu’ils ont imaginé s’organise autour de caissons mobiles et d’une unité fixe de mise en carcasse. Ces caissons se déplacent de ferme en ferme pour l’abattage. Une fois l’animal assommé au matador, ce qui le plonge en mort cérébrale, il est sanglé et levé au chargeur frontal au-dessus du caisson, puis saigné par l’opérateur d’abattage (sang recueilli dans un double fond étanche). L’animal abattu est ensuite acheminé en moins d’une heure dans le caisson fermé vers l’unité fixe pour y être transformé en carcasse (éviscération, dépeçage, refroidissement). C’est la raison de la limite du rayon d’action de la flotte de caissons à 60 km au maximum autour de l’unité fixe. Deux unités de mise en carcasse sont ainsi en projet en Loire-Atlantique : la première à Machecoul-Saint-Même, la seconde autour de Plessé. Montant total des investissements : 7 M€, incluant les 10 à 12 caissons (10 000 €) par unité fixe. Chaque unité, qui emploiera 12 à 15 personnes (dont 6 dédiées à l’abattage), traitera jusqu’à 20 carcasses par jour.

Dans cette organisation, les éleveurs restent propriétaires de la carcasse et libres de choisir son débouché. Grâce aux économies sur le transport des animaux vivants et à la logistique prévue, « le coût d’abattage devrait être égal à celui d’un abattoir industriel », dit l’AALVie. Soutenue par les collectivités locales et l’Afaad (Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité), elle a lancé une campagne de financement participatif sur Miimosa.

Elle devrait sécuriser le dispositif en récoltant 1 M€. Le reste du financement sera porté par les membres de la Scic (Société civile d’intérêt collectif) en cours de création. Elle rassemblera les éleveurs, les ateliers de découpe, les collectivités… L’objectif est de démarrer la première unité en 2022.

Un abattoir mobile en Bourgogne

C’est une solution aux antipodes qu’a choisie Émilie Jeannin. Cette éleveuse de charolais en Côte-d’Or, en Gaec avec son frère, représentante de la Confédération paysanne à Interbev, est une des chevilles ouvrières auxquelles on doit que la loi ait ouvert la porte à l’abattage à la ferme. Son idée est d’importer en France un dispositif fonctionnant en Suède : un abattoir mobile qui va de ferme en ferme. Il s’agit d’un camion avec deux remorques disposant de toute l’infrastructure et des équipements pour l’abattage, la mise en carcasse et le ressuyage de ces dernières en frigo. Il est évidemment conçu pour répondre aux normes d’hygiène et de sécurité alimentaire. Cinq personnes, sous le contrôle systématique d’un vétérinaire, assurent ainsi l’abattage et la préparation des carcasses.

Pour amortir l’investissement d’1 M€ que représente ce camion, tout en restant économiquement­ viable avec 6 bovins abattus par heure (80 dans un abattoir industriel) et une ferme par jour (deux heures à deux heures et demie sont nécessaires pour installer l’abattoir, et deux heures pour le nettoyer), Émilie a imaginé de créer une filière. C’est la SAS Le Bœuf éthique, fondée avec son frère, qui achètera les animaux abattus et les vendra sous la marque du même nom. La SAS, qui emploiera à terme 12 salariés, dit avoir une centaine d’éleveurs de Côte-d’Or et de la région limitrophe prêts à travailler avec elle. Le créneau choisi est celui d’une viande premium vendue 5 à 10 % de plus à l’étal que du bio. « La réduction du nombre d’intermédiaires de cette organisation et la meilleure valorisation de cette viande doivent permettre de rémunérer les producteurs au niveau des coûts de production tels qu’évalués par Interbev. Ce qui reviendrait à acheter les animaux 1 €/kg de plus que la viande conventionnelle actuelle », précise Émilie Jeannin.

Le Bœuf éthique : une charte à respecter

Les éleveurs qui utiliseront les services de l’abattoir mobile s’engageront à respecter la charte du Bœuf éthique, en train d’être peaufinée. Elle impose notamment que les animaux pâturent dans leur vie, qu’ils aient reçu zéro aliment OGM (ni huile de palme). Pas d’ensilage de maïs ou d’herbe non plus en engraissement. Un niveau d’autonomie fourragère minimum est demandé. Il n’y a pas de restriction de race. Mais la démarche sera réservée aux femelles, aux bœufs et peut-être ensuite aux veaux de boucherie. Pas de taurillons donc, vu le créneau commercial visé.

Le financement de ce projet à 1,8 M€, dont 1 M€ pour le seul camion, est bien engagé. La SAS a déjà levé 600 000 € de fonds auprès de cinq investisseurs privés convaincus par la démarche et le business plan. Un financement participatif sur Miimosa a été lancé en juillet pour réunir les 250 000 € permettant de boucler­ le budget de la première phase : la construction du camion (en 5 jours, 83 % du montant cible était atteint).

Deux options sont sur la table : le constructeur finlandais qui a fabriqué le camion suédois, ou un des deux français en lice.

La SAS se donne comme calendrier de démarrer son activité mi-2021, le temps de mettre en place le circuit de distribution. Des prises de contact sont en cours avec des bouchers, des restaurateurs. Des GMS seraient intéressées par la démarche. Le temps aussi de trouver des partenaires pour le stockage et la découpe des carcasses. La SAS vise en première année une activité de 550 tonnes de viande par an, au rythme modeste de 5 à 6 bovins abattus par jour. En deuxième année, elle entend doubler le tonnage.

Jean-Michel Vocoret
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Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
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