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La réduire, un défi accessible

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troupeau laitier au paturage en hiver dans le finistere en bretagnePHILIPPE MONTIGNY/FILIMAGES

En optimisant leur conduite technico-économique, les éleveurs peuvent baisser leur empreinte carbone de 20 %, objectif fixé par la filière laitière pour 2025.

Il y a au moins trois bonnes raisons à ce que les éleveurs laitiers fassent de la réduction de l’empreinte carbone de leur exploitation un défi. La première : ils sont les premiers concernés par le réchauffement climatique. La deuxième : il vaut mieux prendre les choses en main plutôt que de subir un durcissement de la réglementation et les attaques des associations anti-élevage. « L’Europe...
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Il y a au moins trois bonnes raisons à ce que les éleveurs laitiers fassent de la réduction de l’empreinte carbone de leur exploitation un défi. La première : ils sont les premiers concernés par le réchauffement climatique. La deuxième : il vaut mieux prendre les choses en main plutôt que de subir un durcissement de la réglementation et les attaques des associations anti-élevage. « L’Europe s’est fixé une baisse de ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % entre 1990 et 2030 », indique Jean-Baptiste Dollé, de l’Institut de l’élevage. Il travaille depuis dix ans sur le sujet. « Les éleveurs sont de plus en plus montrés du doigt par rapport aux gaz à effet de serre, mais aussi au bien-être animal, dit Cédric Wyart, de la toute nouvelle AOP Éleveurs Novateurs Dairy (lire ci-contre). Montrer que nous sommes actifs est un bon moyen de nous reconnecter à la société. »

Efficiences économique et environnementale : même combat

La troisième bonne raison est l’accès au marché. L’alimentation non OGM des animaux va devenir une condition sine qua none à l’achat des produits laitiers. On peut imaginer ce scénario demain pour leur empreinte carbone. Les pessimistes risquent de balayer d’un revers de main ces arguments, y voyant plus une contrainte qu’un challenge.

Pas de panique ! « La bonne nouvelle, c’est que réduire l’empreinte carbone de son exploitation revient à réduire ses charges, et cela quel que soit son système de production, insiste Catherine Brocas, collègue de Jean-Baptiste Dollé. Les éleveurs laitiers les plus performants en matière technico-économique sont aussi ceux qui ont l’empreinte carbone la plus faible. »

À la suite des diagnostics réalisés avec l’outil CAP’2ER d’Idele, c’est ce que montre la moyenne des émissions de 3 135 élevages laitiers comparée à celle des 10 % meilleurs. « Ces derniers  émettent 17 % de gaz à effet de serre en moins. Cela alors même qu’ils stockent un peu moins de carbone dans le sol à travers les prairies et les haies. » Leurs recettes : moins de concentrés pour plus de lait par vache, moins d’animaux improductifs, meilleure gestion de la fertilisation azotée, etc. La filière laitière a repris ce chiffre de 17 % et l’a arrondi à 20 % pour définir l’objectif de réduction par les élevages laitiers entre 2015 et 2025. Ce cap est le moteur de la démarche Ferme laitière bas-carbone que le Cniel a lancée en 2015, et qui s’est consolidée l’an passé par la signature d’un partenariat avec Idele, France Conseil Élevage et les chambres d’agriculture. Le diagnostic CAP’2ER est son bras armé. Le Cniel a, en effet, fixé un second objectif : en 2023, 50 % des élevages dotés de son niveau 1 (30 critères analysés sur l’atelier lait) ou de son niveau 2 (130 critères sur l’exploitation construisant un plan de réduction). « CAP’2ER est réactualisé en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques, souligne Jean-Baptiste Dollé. Par exemple, le stockage du carbone dans le sol via l’agriculture de conservation ou la réduction du méthane entérique par l’ajout de lipides. » Sans doute ces prochaines années, des progrès techniques permettront d’aller au-delà des 20 % par les algues, des inhibiteurs de nitrification des engrais minéraux et lisiers ou la génétique. Aujourd’hui, dépasser ces 20 % réclame d’investir (méthanisation, etc.).

Nouveau : un label pour monétiser ses efforts de réduction

Pour la Ferme laitière bas-carbone, tous les moyens sont bons pour inciter les éleveurs à s’engager. Elle voit donc comme une vraie opportunité le tout nouveau label bas-carbone. Il permet une certification des réductions et leur monétisation une fois transformées en crédits carbone. Comment ? Des éleveurs vont se constituer en collectif pour les regrouper. Ils les vendront sur un marché de gré à gré à des entreprises, des collectivités qui veulent encourager la lutte contre le réchauffement climatique ou compenser leurs émissions de GES. C’est ce que va faire l’AOPEN Dairy.

Bien sûr, pour bénéficier de ce label, il faudra montrer patte blanche par un plan d’actions construit sur cinq ans et la comptabilisation des émissions. La filière est prête. Le ministère de la Transition écologique et solidaire vient de reconnaître la méthode Carbon Agri, déposée par Idele avec le Cniel, Interbev, la Confédération nationale de l’élevage et l’I4CE-Institute For Climate Economics, un think tank fondé par la Caisse des dépôts et l’Agence française pour le développement. « Carbon Agri s’appuie sur le CAP’2ER niveau 2 complété de modalités supplémentaires, précise Jean-Baptiste Dollé. Idele travaille avec Bleu-Blanc-Cœur et d’autres acteurs déjà engagés dans des démarches de crédits carbone à une harmonisation des méthodes, souhaitée par le ministère. »

Jusqu’à 4 000 € si la tonne de carbone en vaut 10 €

L’étape suivante est la création d’une structure qui sera le relais entre les porteurs de projets, les financeurs et les services de l’État. Là aussi, c’est chose faite depuis la mi-avril. Les éleveurs ont pris l’initiative. Le syndicalisme majoritaire, via la FNPL, la FNB, la FNEC (caprins) et la FNO (ovins), vient de créer France Carbon Agri Association pour assurer l’engeenering des projets. Une façon de s’assurer que l’argent des financeurs ira bien dans la poche des éleveurs. « Déposer un projet au ministère de la Transition écologique sera une démarche assez lourde. L’association les regroupera en organisant un ou deux appels à projets par an. »

Jusqu’à présent, seuls les livreurs de Danone pouvaient accéder à un financement par la plate-forme participative Miimosa. Par le label bas-carbone, un éleveur qui abaisse ses émissions de 100 à 400 tonnes sur cinq ans peut espérer entre 1 000 € et 4 000 € si la tonne de carbone vaut 10 €. Cela pourrait être plus, les crédits carbone étant « chargés » aussi de biodiversité grâce aux prairies et aux haies.

Claire Hue
Émissions laitières. Décryptage

L’empreinte carbone ne se résume pas aux seules émissions de CO2. L’élevage bovin émet du protoxyde d’azote et du mé-thane entérique. Ces deux gaz sont convertis en équivalents kilos de CO2. C’est pourquoi on parle d’em-

preinte carbone. L’élevage bovin stocke également du carbone dans les prairies et les haies. La filière laitière en tient compte dans ses calculs, pas les calculs nationaux officiels, ce qui gonfle l’empreinte carbone de l’élevage laitier.

L’avis de…
« Les crédits carbone appartiennent aux éleveurs laitiers » L’avis de… Cédric Wyart, pour l’AOP éleveurs novateurs Dairy,(700 adhérents des OP Danone-Bailleul, Lactalis-Cuincy et Savencia-Nouvion-en-Thiérache)

« Dans les Hauts-de-France, nous venons de créer l’AOPEN Dairy. Plutôt que d’engager chacune une démarche bas-carbone, nos trois OP ont décidé de le faire ensemble, explique Cédric Wyart. Le but est que tous les adhérents aient réalisé dans cinq ans le diagnostic CAP’2ER niveau 2 (avec un plan de réductions). La Région nous apporte son soutien financier. Nous espérons obtenir le label bas-carbone du ministère de la Transition écologique qui nous permettra de vendre nos crédits carbone sur le marché. Ils appartiennent aux éleveurs. Notre crainte était que les industriels qui financent les diagnostics les utilisent à leur profit. C’était le risque avec Danone. Nous avons conclu un accord avec lui. Il pourra communiquer sur nos résultats mais pas valoriser nos crédits carbone. »

Les industriels ont besoin des producteurs

Les émissions de gaz à effet de serre des producteurs (GES) représentent 80 % de l’empreinte carbone des laiteries. Sous la pression de leurs clients et des consommateurs, elles n’ont pas d’autres choix que d’associer les livreurs à leurs efforts de réduction, définis dans leur démarche RSE (responsabilité­ sociale des entreprises). Pour l’instant, cela ne se traduit pas ou très peu par une rémunération des éleveurs.

Parmi les leaders français, c’est Danone qui communique le plus sur le sujet. Le groupe affiche un objectif de baisse de 15 % entre 2017 et 2025 en moyenne chez ses 2 000 livreurs. Il s’appuie sur la démarche Ferme laitière bas-carbone du Cniel et les diagnostics CAP’2ER qu’il finance. De façon volontaire, mille producteurs ont réalisé le niveau 1 et trois cents le niveau 2 (avec un plan d’actions). Le groupe complète ce dispositif par un cofinancement de projets proposés par la plate-forme de crowdfunding Miimosa. Son cofinancement est de maximum 7 500 € par projet (33 éleveurs concernés depuis un an). Les OP Danone sont d’accord pour jouer le jeu à condition que les efforts de leurs adhérents soient récompensés. Cela fait partie­ des négociations en cours pour le renouvellement des contrats­.

Bel, parmi les premiers engagés dans la Ferme laitière bas-carbone, est plus discret sur ses objectifs. Sa charte affiche une réduction de 8 % des émissions de GES entre 2017 et 2025 dans les élevages. Elle devrait évoluer vers un affichage proche de celui de Danone.

Des démarches encore à construire

De son côté, Lactalis travaille à la révision de sa charte Cap sur l’avenir. Il veut allier bien-être animal, qualité nutritionnelle et empreinte carbone par du verdissement (pâturage) et une complémentation de la ration qui diminue les acides gras saturés. Des tests sont réalisés dans 200 élevages pour définir des indicateurs et des niveaux atteignables en deux étapes : 2023 et 2025. Ils seront prêts fin mai pour un lancement de la nouvelle charte fin 2019. « La baisse de 20 % de l’empreinte carbone en 2025 est dans notre pas de tir. »

Quant à Savencia­, il fixe à - 20 % entre 2010 et 2020 l’empreinte carbone de sa collecte (trois quarts en France). Il utilise son propre diagnostic Production laitière durable, avec dix pistes d’amélioration, qu’il souhaite déployer auprès de 50 % de ses livreurs en 2025, adhérents d’Eurial, Terra Lacta et Bressor inclus. Mille trois cents éleveurs l’ont pour l’instant effectué.

Enfin Sodiaal, dans le cadre de sa démarche Route du lait, demande à ses adhérents de réaliser l’autodiagnostic ­SelfCO2 créé par l’Institut de l’élevage.

Stratégie. Les enseignes de distribution sont de plus en plus intéressées par des démarches « carbone ». Demain, ce sera peut-être un passage obligé. © Cédric FAIMALI
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