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« Cap2R me donne des pistes pour réduire mes émissions »

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Climat. Éleveur bio, Pascal Poulard a découvert, grâce au bilan Cap2R (1), qu’il est déjà performant sur le plan des émissions de gaz à effet de serre. Et il peut encore progresser.

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En Gaec avec son frère dans le Maine-et-Loire, Pascal Poulard est passé en bio en 2012. « Nous avons franchi ce cap parce que nous poursuivons un objectif d’autonomie à tous les niveaux de l’exploitation », explique-t-il. C’est ce qui les a conduits aussi à installer des panneaux photovoltaïques en 2010. À partir de leurs 30 km de haies, ils ont développé une filière de bois déchiqueté qui alimente des chaudières de la ville d’Angers toute proche. Une petite méthanisation (50 kWh) est venue compléter ces équipements en 2018, pour augmenter la production d’énergie non carbonée. L’essentiel de l’alimentation du digesteur se fait à partir de l’exploitation : lisier pailleux, Cive, refus alimentaires. S’y ajoutent des déchets de pommes d’une entreprise voisine. La chaleur sert à sécher le foin et à chauffer des logements. Le liquide produit est renvoyé dans le circuit d’irrigation.

Une MAE pour valoriser les prairies inondables

L’élevage s’est engagé dans une MAE visant à valoriser les prairies inondables toutes proches. Ces surfaces peuvent être pâturées et fauchées en mode très extensif. Elles contribuent ainsi à augmenter les ressources fourragères tout en préservant la biodiversité. En 2013, les éleveurs ont commencé à introduire des jersiaises dans leur troupeau laitier. « Elles produisent moins en première lactation mais montent en puissance ensuite. Elles vêlent seules, valorisent bien les fourrages, vieillissent bien et ne sont pas sensibles à la maladie de Mortellaro. » Les éleveurs utilisent des doses sexées pour parer au problème de la faible valorisation des veaux jersiais. Ils font aussi un peu de vente directe de viande de veau.

Tout cela conduit à un ensemble cohérent qui fonctionne. L’élevage achète toutefois 10 tonnes de soja par an, essentiellement pour attirer les vaches au robot de traite : le mélange de pois et féverole ne suffit pas à maintenir le taux de fréquentation. Et les rendements en féverole sont aléatoires. Pascal souhaitait réaliser un bilan carbone de son exploitation­ car il se sent concerné par le réchauffement climatique. Il commence à en sentir les effets chez lui. « Avant, les prairies inondables étaient sous l’eau en hiver et neuf fois sur dix, on commençait à faucher ou à pâturer en avril. Désormais­, on a des inondations fin mai-début­ juin, un an sur deux », précise-t-il. Les récoltes de fourrages sont fortement réduites et la biodiversité est pénalisée. Dans ce contexte, Pascal­ était curieux de connaître les émissions de gaz à effet de serre de son activité. Et il souhaitait avoir des pistes pour la réduire. Le bilan a été réalisé en 2019 par Vianney Thin, de la chambre d’agriculture, sur les résultats de 2018. De ce fait, il n’intègre pas la méthanisation qui était en cours d’installation. Pour réaliser ce bilan, l’élevage a été aidé financièrement par sa laiterie (Sodiaal) et par la Région. Pascal a aussi bénéficié de deux jours de formation.

En pratique, le calcul se base sur la comptabilité. Il débouche sur l’évaluation de l’empreinte carbone nette, qui est la différence entre les émissions et le stockage. Le bilan détaillé met en évidence les points forts et faibles de l’exploitation sur le plan des gaz à effet de serre. Il situe l’élevage par rapport à des références établies pour différents systèmes de production, dans le cadre du programme Carbon Dairy.

Un faible excédent d’azote, grâce à un système autonome

Parmi les contributions positives, on note un excédent faible du bilan de l’azote : 14 kg N/ha. Cela est lié à l’autonomie du système, avec un bas niveau des entrées d’azote. Parce qu’il est bio, l’élevage n’achète pas d’engrais et distribue peu de concentrés. Certaines pratiques, tels l’utilisation d’une rampe à pendillards et l’enfouissement rapide des déjections après épandage, contribuent à améliorer le bilan. Le taux de renouvellement faible (25 %), l’âge au vêlage (28 mois) et la proportion des génisses sur l’ensemble des UGB de l’atelier (45 %) améliorent aussi le bilan de l’exploitation.

En revanche, d’autres critères apportent une contribution négative. C’est le cas de la productivité par vache en lait corrigé (5 086 l/VL) ou du temps passé au pâturage (138 jours/VL/an, sachant qu’un jour correspond au cumul de vingt-quatre heures). De plus, les consommations de carburant et, surtout, d’électricité dépassent les valeurs de référence. Pour le carburant, cela s’explique en partie par d’importants travaux de défrichage effectués en 2018.

Au final, l’empreinte carbone nette de l’exploitation s’établit à 0,58 kg équivalent CO2/l de lait corrigé, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne des élevages comparables. Mais c’est mieux que le chiffre de 0,93 kg éq. CO2/l de lait retenu en moyenne pour les exploitations laitières. Ici, les émissions se situent bien, tandis que le stockage reste inférieur aux valeurs de références. L’atelier lait de l’exploitation compense 33 % de ses émissions grâce au stockage, un très bon résultat, selon Vianney Thin. Le poste principal d’émissions vient de la fermentation entérique, et donc des animaux. L’élevage se positionne bien sur la gestion des effluents. La méthode de calcul, qui ramène les émissions au volume de lait produit, peut se révéler pénalisante pour un élevage bio, peu productif. Mais l’objectif est bien d’évaluer l’empreinte des produits de l’élevage.

La meilleure piste de réduction des émissions concerne donc la limitation du nombre d’animaux improductifs et l’augmentation de la productivité laitière. « On constate que sur la plupart des élevages laitiers, réduire l’effectif improductif, pour augmenter le lait produit par vache présente, offre le meilleur moyen de limiter les émissions de méthane par litre de lait », souligne Vianney Thin.

« Il est vrai que notre productivité est assez faible, car nous sommes en bio et sur des terres à faible potentiel. Notre système de production est adapté à ces conditions, et on n’envisage pas de tout changer », analyse Pascal.

Prise en compte de la méthanisation dans le bilan 2021

Néanmoins, l’éleveur réfléchit à la manière de réduire le cheptel improductif, peut-être en vendant des génisses amouillantes. Mais il va continuer à conserver les vaches de réforme pour les finir car cela permet de mieux les valoriser. Ses jersiaises vêlent à 24 mois. Ramener l’âge au vêlage des holsteins à ce niveau semble compliqué en maintenant un mode d’élevage plutôt extensif. L’arrêt des achats de soja n’est pas envisageable avec les objectifs de fréquentation du robot. Et en acheter davantage pour booster la production aurait des conséquences économiques importantes. « On ne peut pas remettre en cause l’économie de l’exploitation », souligne Pascal.

Un nouveau bilan sera réalisé en 2021. La méthanisation sera intégrée et la prise en compte de cette énergie non carbonée devrait réduire l’empreinte de l’élevage. La consommation électrique liée au séchage en grange sera nettement plus faible. La méthanisation réduit aussi les émissions de méthane liées à la gestion des effluents. Si la situation s’améliore, Pascal ne pourra pas vendre des crédits carbone : cette possibilité est réservée à ceux qui ont réalisé un premier bilan en 2020 après un appel d’offres. Mais là n’était pas la motivation de l’éleveur.

Pascale Le Cann

(1) Calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants.

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