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Le Premier ministre s’attaque au suicide des agriculteurs

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La cellule d’identification et d’accompagnement pour les agriculteurs en difficulté, mis en place dans 75 départements par l’État, a reçu 2 100 signalements depuis septembre dernier, a indiqué le ministre de l’Agriculture. © Cédric Faimali/GFA

À la demande d’Édouard Philippe, le suicide en agriculture fera l’objet d’une mission parlementaire, a rapporté Didier Guillaume, le 12 décembre 2019, au Sénat.

Le premier débat au Parlement sur le suicide des agriculteurs a frappé fort ce 12 décembre 2019. Et il témoigne au moins d’une avancée, à l’instar du film « Au nom de la terre » d’Édouard Bergeon et du livre de Camille Beaurain, écrit avec Antoine Jeandey, « Tu m’as laissée en vie » : celle d’avoir fait tomber un tabou.
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Le premier débat au Parlement sur le suicide des agriculteurs a frappé fort ce 12 décembre 2019. Et il témoigne au moins d’une avancée, à l’instar du film « Au nom de la terre » d’Édouard Bergeon et du livre de Camille Beaurain, écrit avec Antoine Jeandey, « Tu m’as laissée en vie » : celle d’avoir fait tomber un tabou.

Le mea culpa des sénateurs

Il a aussi permis cette prise de conscience politique. À l’issue du discours du sénateur Henri Cabanel (RDSE), initiateur de la réflexion, le ministre de l’Agriculture a en effet annoncé la mise en place d’une mission parlementaire. « Le Premier ministre a souhaité confier une mission à un parlementaire sur le sujet du suicide », a-t-il indiqué. Ce travail sera mené en relation avec celui des sénateurs et le ministère de l’Agriculture. Il a pour objet de « nous permettre d’avoir une analyse approfondie » du sujet.

Durant environ 2 heures de débat, tous les partis représentés au Sénat se sont exprimés, certains parlementaires, agriculteurs de profession, ont regretté de n’avoir pas mis plus tôt le sujet sur la table. Des mea culpa et des prises parole unanimes sur la volonté, de tous les groupes, d’enrayer le fléau du suicide en agriculture. Il reste à en trouver la manière.

Des revenus trop faibles et une pression sociétale trop forte

Car si les moyens de prévention viennent à s’accumuler, aucun ne parvient à endiguer l’hémorragie. Et c’est même pire, puisque le nombre de suicides en agriculture est désormais d’un par jour.

Parmi les solutions, un prix rémunérateur a été avancé à plusieurs reprises, notamment et contre toute attente, par le ministre de l’Agriculture. « Affirmer que la faiblesse des revenus et l’endettement sont la seule cause du suicide serait une simplification. Mais il ne faut pas réfuter l’évidence : la faiblesse des revenus, le manque de visibilité sereine est certainement la cause principale du désarroi du monde agricole. »

« Les études montrent aussi une forte pression sociétale qui pèse sur les agriculteurs, a ajouté Didier Guillaume. La société leur demande toujours plus, et parfois ils sont démunis pour y répondre. »

« Celui qui montre le bâton et celui qui vous tend la main »

Plus tôt, le sénateur Henri Cabanel a souligné également la déficience des moyens en place : « J’ai interpellé des conseillers juridiques, des agriculteurs… Tous relèvent une contradiction : comment peut-on demander à un organisme d’être à la fois celui qui prélève les cotisations sociales, souvent sans ménagement, et celui qui peut vous aider quand ça va mal ? Celui qui montre le bâton et celui qui vous tend la main ? Pourquoi n’y aurait-il pas un organisme qui prélève et un autre qui vient aider, comme l’Urssaf et la CPAM ? », a-t-il défendu.

Le parlementaire, viticulteur dans l’Hérault, a interrogé aussi sur la manière d’apporter plus d’humanité dans les démarches administratives et les contrôles. « C’est tout un système social qui doit être réformé. »

À l’origine, il pointait les banques dans sa proposition de loi visant à mieux prévenir le suicide : « Je reste persuadé qu’elles ont un rôle majeur à jouer : elles sont au premier plan pour observer les comptes d’exploitation mais aussi privés qui virent au rouge. » Mais « trop compliqué », lui a-t-on rétorqué, tout comme le fait que le problème économique n’était pas le seul en jeu, que des outils existaient déjà depuis 2011, date à laquelle le gouvernement avait demandé à la MSA de s’emparer de la prévention. « D’accord, a-t-il poursuivi, sauf que le compteur continue à tourner. »

« Il faut changer de méthode »

« Agri’écoute, opération Sentinelle, service de remplacement, des psys, des assistantes sociales… Et toujours plus de suicides. […] Pourquoi continuer à énumérer les outils alors que le constat est leur manque d’efficience ? L’évidence est donc qu’il faut changer de méthode. Si les enjeux posés sont ceux de l’avenir de notre agriculture et celui fondamental du juste prix rémunérateur dans un marché mondialisé et libéral, notre mission sera bien la prévention du suicide en agriculture. »

À l’issue des discussions, la proposition de loi a fait l’objet d’une motion de renvoi en commission des affaires économiques du Sénat. Les sénateurs ont indiqué souhaiter approfondir la réflexion. Un rapport d’information devrait en découler et être mis en articulation avec la mission parlementaire lancée en parallèle par le Premier ministre.

2 100 signalements depuis septembre

Selon le ministre de l’Agriculture, 3 560 agriculteurs ont bénéficié d’une aide au répit en 2017. Le dispositif d’écoute, Agri’écoute, reçoit 300 appels par mois. Les cellules pluridisciplinaires mises en place en 2012 au sein des caisses de la MSA ont détecté 1 654 situations en 2018. Et la cellule d’identification et d’accompagnement pour les agriculteurs en difficulté, mise en place dans 75 départements par l’État, a reçu 2 100 signalements depuis septembre dernier.

Rosanne Aries

Voir aussi : Livre : « Augustin, tu ne t’es pas suicidé, tu as été tué » (30/10/2019)

Voir aussi : Film et débat : Comment arrive-t-on au suicide ? (26/09/2019)

Voir aussi : Agriculteurs en difficulté : « Le refus du malheur », interview du président de l’association « Solidarité Paysans », Patrick Bougeard

Bénédicte Bergeon : « Il faut simplifier les mesures comme l’année blanche »

Lors de ses travaux, Henri Cabanel a rencontré Bénédicte Bergeon, la mère du réalisateur Édouard Bergeon. Vingt ans après le suicide de son époux, et toujours exploitante, elle prône plusieurs solutions « pour aider les agriculteurs à ne pas choisir la mort comme solution ultime », a rapporté le sénateur. Parmi lesquelles :

• Mettre autour d’une même table les banques, la MSA, l’expert-comptable pour ensemble discuter en toute confiance et trouver des solutions. Par exemple, simplifier les mesures comme l’année blanche de cotisations sociales et bancaires.

• Des aides de ménage, de garde d’enfants pour soutenir les femmes dont les maris vivent une période difficile, car les compagnes doivent alors prendre le relais et assurer la multiplication des démarches administratives tout en gérant leur travail et la famille.

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