S'abonner
Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

LES PRAIRIES PEINENT À TROUVER LEUR PLACE

 -

Malgré les messages répétés sur l'intérêt économique de l'herbe, notamment pâturée, les freins sont nombreux pour une vraie valorisation de cette biomasse économe.

L'ÉVOLUTION DE LA TAILLE DES EXPLOITATIONS LAITIÈ- RES N'EST PAS FAVORABLE à l'utilisation de l'herbe. À la recherche de simplifications, les éleveurs préfèrent recourir aux fourrages stockés, de récolte et de valeurs alimentaires stables. Le maïs-ensilage répond à cette stratégie. Les éleveurs jugent les prairies plus compliquées à gérer, en particulier le pâturage. Leur difficulté...
Contenu réservé aux abonnés de L'éleveur laitier
pour vous connecter et poursuivre la lecture
7%

Vous avez parcouru 7% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant de 2 mois de découverte à L’éleveur laitier
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez la newsletter
  • > Recevez 2 numéros chez vous
J'en profite !

L'ÉVOLUTION DE LA TAILLE DES EXPLOITATIONS LAITIÈ- RES N'EST PAS FAVORABLE à l'utilisation de l'herbe. À la recherche de simplifications, les éleveurs préfèrent recourir aux fourrages stockés, de récolte et de valeurs alimentaires stables. Le maïs-ensilage répond à cette stratégie. Les éleveurs jugent les prairies plus compliquées à gérer, en particulier le pâturage. Leur difficulté à prévoir la pousse de l'herbe est l'un des principaux écueils, l'accessibilité insuffisante des prairies au pâturage alors que leurs troupeaux s'agrandissent en est un autre.

Normandie. Valorisation de son potentiel herbager

« Demain, y aura-t-il encore de l'herbe en Normandie ? », questionnaient de façon provocatrice les chambres d'agriculture de Normandie et les instituts de recherche, à l'occasion d'un colloque qu'ils ont organisé en novembre dernier. La Basse-Normandie a perdu 455 000 ha de prairies entre 1970 et 2007. Malgré tout, elle reste l'une des régions de plaine avec une importante surface en herbe. Les prairies représentent 58 % de sa SAU, dont 88 % de permanentes. « Dans certaines structures, les éleveurs ne savent pas quoi faire de l'herbe, constate Jérôme Pavie, de l'Institut de l'élevage. Ils éprouvent des difficultés à valoriser les parcelles éloignées. Elles risquent d'être remplacées par des cultures, voire par du boisement. » Selon lui, la fin du lien des quotas au foncier avec leur suppression en 2015 pourrait avoir un effet bénéfique sur ces zones herbagères. « La concentration laitière régionale permettrait de ramener des animaux sur ces prairies sous-exploitées. »

Afin de bien identifier la relation des éleveurs normands à leurs prairies, les chambres d'agriculture de Normandie ont interrogé quatre-vingts éleveurs en 2006 (voir ci-dessous). L'objectif est d'apporter des réponses adaptées à leur situation. « Grâce à cette enquête, des arguments en faveur de la valorisation des prairies ont pu être élaborés en fonction du profil du producteur interrogé, explique Jean-Jacques Beauchamp, coordinateur des chambres d'agriculture. Ces données permettent au technicien qui le conseille d'être plus pertinent et percutant dans son accompagnement. » L'autre objectif de cet argumentaire ciblé est que les conseillers de l'élevage normand proposent la même approche de valorisation des prairies. Les techniciens des différents organismes vont recevoir une formation commune à partir de la fin de l'année. « L'instauration de la prime à l'herbe, couplée au souhait de baisser les coûts de production, apportera un regain d'intérêt », espère Jean-Jacques Beauchamp.

Aveyron. La gestion de l'herbe toujours à la peine

La prairie permanente aveyronnaise occupe 50 % de la SAU. L'exploitation laitière type du Ségala, premier bassin laitier du département, se présente avec 50 à 60 ha de SAU, 8 à 10 ha de maïs, autant de céréales et 40 ha d'herbe. Mais pour faire du lait, les éleveurs laitiers misent d'abord sur le maïs, puis sur le stock d'ensilage d'herbe. Et ils sont peu nombreux à fermer le silo de maïs au printemps. « La tradition veut que l'ensilage de maïs se termine quand les repousses des prairies ensilées arrivent début juin. Osons dire que les surfaces en herbe ne sont pas toujours bien valorisées. La gestion trop traditionnelle du pâturage de printemps fait perdre de la matière sèche », explique Michel Weber, conseiller références à la chambre d'agriculture. Pourtant, les chiffres sont répétés depuis des années : le coût de production d'une prairie permanente pâturée est au maximum de 25 €/t de MS, celui d'une prairie temporaire récoltée en ensilage, puis en foin et pâture est à 80 €. Privilégier les stocks ne tient pas économiquement. Mais dans un département traumatisé par plusieurs sécheresses, les stocks rassurent. Fausse assurance, selon Michel Weber : « Bien gérer le pâturage, c'est aussi faire des stocks plus importants, donc optimiser le chargement en allant chercher des tonnes de matière sèche supplémentaires. D'ailleurs, d'après une étude départementale, des exploitations très proches de leur chargement potentiel résistent davantage aux sécheresses. Elles gagnent en autonomie en valorisant toutes leurs surfaces en herbe. Avec un prix du lait à la baisse, c'est aujourd'hui le levier économique le plus important. » Certes, le parcellaire des exploitations aveyronnaises n'est pas toujours adapté à la pâture des vaches laitières. Dans certains cas, l'argument tient, mais pas celui du climat de moyenne montagne, qui limiterait la période de pousse de l'herbe à quelques semaines. Les sommes de température relevées sur une station météo située à 600 m d'altitude ont permis de calculer la date théorique de la mise à l'herbe sur quarante ans : elle s'étale seulement entre le 3 et 25 mars. Mais en Aveyron, on voit encore trop de troupeaux sortis avec deux à trois semaines de retard. « C'est là que le bât blesse, avec une perte importante sur les refus et des stocks d'herbe qui deviennent obligatoires. Fermer le silo de maïs dès mars pour le reprendre en juin ou juillet quand l'herbe n'est plus là serait plus judicieux économiquement », assure-t-il.

Lorraine. Une tendance à la céréalisation

La Lorraine n'échappe pas à la tendance nationale d'une baisse des surfaces en herbe dans les exploitations. Dans les années 1970, une inversion s'est produite dans le comportement des agriculteurs qui ont commencé à implanter davantage de cultures. C'est à cette époque que la céréalisation des surfaces dans la région a commencé, au détriment des prairies permanentes. De 1980 à 2007, elles sont passées de 644 000 ha à 466 000 ha. Dans la même période, les prairies temporaires n'ont progressé que de 4 % pour atteindre 34 000 ha. Face à la bonne conjoncture céréalière de 2007 et 2008, la tendance à la céréalisation des surfaces s'est accélérée. Comme dans toutes les régions de polyculture- élevage, la Lorraine doit trouver le bon équilibre entre ces deux productions. On s'aperçoit que le cheptel laitier ne cesse de diminuer grâce à la meilleure productivité des vaches. Parallèlement, les surfaces en maïs restent relativement stables. Les animaux sont donc davantage nourris avec ce fourrage. Par ailleurs, la taille des élevages a tendance à augmenter. Cette situation n'est pas favorable à une exploitation de l'herbe car le parcellaire n'est pas toujours adapté au pâturage de gros troupeaux. Face à la baisse du prix du lait, les éleveurs pourraient chercher à nourrir leurs animaux avec des fourrages plus économes et donc se tourner davantage vers l'exploitation de l'herbe. Mais on s'aperçoit que pour maintenir leurs revenus, ils cherchent plutôt à s'agrandir au lieu d'optimiser leur système de production. Quant à savoir si le bilan de santé de la Pac et la mise en place d'une prime à l'herbe vont enrayer le mouvement d'une baisse des surfaces en herbe, il est encore trop tôt pour se prononcer.

CLAIRE HUE, DOMINIQUE GRÉMY ET NICOLAS LOUIS
Trois politiques différentes face à l'herbe
Pour les éleveurs normands, la principale contrainte est l'éloignement des parcelles et leur morcellement.© CLAUDIUS THIRIET

TROIS REGIONS

En Lorraine, les éleveurs ne cherchent pas à augmenter la part d'herbe pour optimiser leur système de production. © © CLAUDIUS THIRIET
Les éleveurs aveyronnais, traumatisés par des sécheresses successives, privilégient la constitution de stocks au pâturage. © © PHILIPPE DESCHAMPS
LE REGARD DE...
LES PRAIRIES ONT DE L'AVENIR JEAN-LOUIS PEYRAUD, de l'unité de production du lait de l'Inra de Rennes

«Nous ne connaissons pas l'ampleur du réchauffement climatique, mais nous pouvons tabler sur une élévation des températures ces prochaines années, avec davantage d'accidents climatiques. Dans l'ouest, les hivers seront probablement plus doux et pluvieux, les étés plus secs, ce qui modifiera la valorisation de la prairie. On peut imaginer un ralentissement de la pousse d'herbe encore plus marqué qu'aujourd'hui, à partir de la mi-juin, dans le bassin rennais par exemple. En contrepartie, la mise à l'herbe des vaches pourrait s'effectuer plus tôt, au mois de février, voire janvier, avec une pousse d'herbe plus importante à cette période qu'aujourd'hui. Il serait dommage de se priver de cette biomasse, surtout si elle est pâturée. On risque donc d'aller vers un décalage de périodes de pâturage avec la nécessité d'utiliser plus de stocks en été et un peu moins en hiver, mais toujours en cherchant à maximiser le pâturage pour limiter les coûts de production. L'association pâturage dès que possible et ensilage de maïs en période de pénurie d'herbe restera toujours une solution pertinente. Demain comme aujourd'hui, il faudra jouer intelligemment sur leur complémentarité. »

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
Cet article est paru dans L'Éleveur Laitier
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Sélectionné pour vous

Sélection bovine des taureaux et des hommes

45€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le vêlage : Complications du vêlage, maladies des nouveaux-nés et colostrum

29€

Indisponible

AJOUTER AU PANIER

Maladies parasitaires du mouton 4ème edition

29€

Disponible

AJOUTER AU PANIER