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Dossier. Une cause perdue sans les éleveurs

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Le bien-être animal ne se résume pas aux moyens que les éleveurs mettent en œuvre pour offrir à leurs animaux des conditions optimales. Il considère leur santé physique et mentale. C’est un pas de plus dans la relation entre l’éleveur et l’animal.

I l y a dix ans, le bien-être animal en élevage ne faisait pas ou peu l’objet de discussions en France. Aujourd’hui, sous l’impulsion de vidéos et d’actions chocs, il s’invite régulièrement dans les débats médiatiques mais aussi avec les voisins, les amis et au sein des familles. « Personne n’est à l’abri, aujourd’hui, d’une photo postée sur les réseaux sociaux, soupire...
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I l y a dix ans, le bien-être animal en élevage ne faisait pas ou peu l’objet de discussions en France. Aujourd’hui, sous l’impulsion de vidéos et d’actions chocs, il s’invite régulièrement dans les débats médiatiques mais aussi avec les voisins, les amis et au sein des familles. « Personne n’est à l’abri, aujourd’hui, d’une photo postée sur les réseaux sociaux, soupire Philippe, un éleveur normand. C’est ce qui a failli m’arriver l’an passé. Mon parc d’attente est visible d’un chemin de randonnée. Un promeneur en a pris une photo alors que je démarrais la traite. Je m’en suis aperçu et lui ai demandé de l’effacer, en l’invitant à revenir pour visiter la ferme. » La communication avec ses voisins, les consommateurs et le grand public, c’est ce que défend Luc Mounier, enseignant-chercheur à VetAgro Sup, campus vétérinaire de Lyon. « Je milite pour que les éleveurs invitent les consommateurs à venir chez eux. Leur intérêt est d’avoir des animaux en bonne santé et en état de bien-être. Il faut le leur dire », insiste-t-il.

Nous ne sommes plus aujourd’hui dans le temps du débat. La formalisation du bien-être animal rentre dans les élevages. Des entreprises comme Danone, la Laiterie Saint-Denis-de-l’Hôtel ou la Prospérité Fermière ont donné le coup d’envoi il y a deux ou trois ans, avec une grille d’évaluation. Après trois ans de travail, le Cniel leur emboîte le pas. Producteurs, coopératives et industriels privés­ se sont mis d’accord sur seize indicateurs officialisés en juin 2019 (voir encadré page 31). Ils seront intégrés dans la nouvelle version de la charte des bonnes pratiques d’élevage qui devrait rentrer en vigueur courant 2021. L’interprofession s’est appuyée sur l’expertise de l’Institut de l’élevage (Idele) qui se fait le relais des connaissances scientifiques sur le sujet. Car la bonne nouvelle, c’est que la définition du bien-être animal repose sur des recherches scientifiques, non sur des intuitions ou des interprétations. En France, l’équipe de recherche Caraibe (Comportement animal, robustesse et approche intégrée du bien-être) de l’UMR Herbivores est sans doute la plus connue car, en plus de l’Inrae, elle rassemble­ des enseignants-chercheurs de VetAgro Sup campus vétérinaire de Lyon, la seule école à proposer une chaire d’enseignement sur le bien-être animal. « Il ne faut pas confondre bien-être animal et bientraitance­, souligne Alice de Boyer des Roches, qui en fait partie. La bientraitance est nécessaire mais pas suffisante. Elle est fondée sur une obligation de moyens, par exemple proposer des logettes dans un bâtiment. Le bien-être prend en compte les émotions de l’animal. Il repose sur une obligation de résultat, comme de s’assurer que la vache peut se coucher confortablement. On regardera l’utilisation de la logette par l’animal. » Les grilles d’évaluation du bien-être reposent donc sur l’observation des animaux, plus exactement de l’animal. « Selon leur caractère ou leur ressenti, ils ne réagissent pas de la même façon à une situation donnée, dit-elle. Il ne s’agit pas de faire de l’anthropomorphisme ni de remettre en cause l’élevage, mais de se placer du point de vue de l’animal pour améliorer le système d’élevage. » En Europe, les évaluations et les travaux de recherche s’appuient sur le protocole européen Welfare Quality validé scientifiquement en 2009. Il définit quatre grands principes, déclinés en douze critères et trente-trois mesures pour la vache laitière.

« Il n’y a pas un système plus favorable qu’un autre au bien-être global »

Pour cela, le protocole a repris les cinq libertés de l’animal établies en 1992 par le Farm Animal Welfare Council : absence de faim et de soif, absence d’inconfort, absence de douleur, de blessure et de maladie, liberté d’exprimer les comportements naturels propres à l’espèce, absence de peur et d’anxiété. « Le Cniel n’a pas retenu le protocole Welfare Quality, car il demande une journée de diagnostic, mais la grille française BoviWell, plus simple, indique Nadine Ballot, en charge du dossier au Cniel. Elle est adaptée pour auditer les seize indicateurs. Schématiquement, les notes seront agrégées pour donner une appréciation globale du niveau de bien-être de l’élevage. »

Comment se positionnent les élevages laitiers français par rapport à ces cinq libertés dans la conduite quotidienne des animaux ? À vrai dire, peu d’études sont publiées. Du test grandeur nature des seize indicateurs, le Cniel s’est attaché à vérifier la faisabilité dans 50 élevages, pas à déterminer leur niveau de bien-être animal. Les diagnostics réalisés par les entreprises, eux, ne sont pas publiés pour l’instant. Même si elle paraît un peu ancienne, l’évaluation par l’équipe Caraibe-UMR Herbivores de 131 élevages laitiers en 2010-2011, avec le protocole Welfare­ Quality, met le doigt sur ce qu’il faut améliorer. De race holstein ou montbéliarde, ils sont en plaine ou en montagne, en aire paillée ou en logettes, avec une traite robotisée ou en salle de traite. « Selon les critères­, y compris la relation homme-animal ou l’état émotionnel du bovin, le niveau variait entre « acceptable » (au-dessus des recommandations minimales) et « amélioré » (ou bon) », commente Alice de Boyer des Roches.

Douleur à l’ébourgeonnage : pas assez prise en compte

C’est encourageant car, depuis, les éleveurs ont amélioré, et continuent d’améliorer les conditions de logement, la prévention des boiteries, des mammites, etc. « Certains problèmes comme la douleur à l’écornage sont rencontrés partout. D’autres variaient selon les caractéristiques de l’exploitation. Par exemple, les élevages holsteins avec logettes avaient souvent des problèmes de confort et de blessures. Il n’y a pas un système plus favorable au bien-être global qu’un autre », conclut-elle. Cela n’empêche pas de continuer à travailler les points de vigilance que l’étude met en évidence­. Sans les évoquer tous, l’abreuvement des animaux, en particulier dans les troupeaux de plus de 100 vaches, et leur propreté en font partie. Idele, dans son document Des vaches laitières en bonne santé publié l’an passé (www.idele.fr), rappelle les normes et bonnes pratiques à respecter.

Veau. Sans doute le principal point de vigilance est-il la prise en compte de la douleur des veaux à l’ébourgeonnage, par une anesthésie locale et des anti-inflammatoires. « La douleur à l’ébourgeonnage est un risque majeur pour le bien-être de l’animal, pointe Alice de Boyer des Roches. Des formations et des fiches techniques sont désormais disponibles pour écorner facilement, efficacement et sans douleur. »

Logettes. Un autre grand intérêt de cette étude est la quantification des blessures en logettes. Près de 70 % des vaches en ont au moins une, principalement au niveau des tarses (41 %) et des épaules. Les logettes sont mal réglées au gabarit et leur sol n’est pas confortable. Là encore, dans sa brochure, Idele indique les valeurs de réglages en fonction des gabarits. « Au-delà de ces normes, il faut regarder l’animal. Comment utilise-t-il la logette ? S’y couche-t-il en cinq secondes, ou quinze ? Il faut se placer du point de vue de l’animal. » C’est ce qu’a fait le Gaec du Midi, dans le Puy-de-Dôme (lire page 38). « Nous avons remplacé la barre au garrot par une sangle. Nous avons corrigé plusieurs fois son réglage pour obtenir le bon. »

Ne pas oublier le réglage des cornadis

Moins remarquées sont les lésions occasionnées par les cornadis. Les résultats publiés par l’équipe Caraibe en mars dernier montrent que 29 % des 3 801 vaches observées en présentent au niveau du cou, des épaules et du dos, et 14 % au niveau du carpe. « La recommandation d’une table d’alimentation 15 à 20 cm plus haute que le sol de l’aire d’exercice n’est pas correctement respectée. De plus, on observe que l’écrou est du côté de l’animal alors qu’il devrait être côté extérieur. » Tous ces points sont repris dans la grille BoviWell, tout comme la recommandation d’une place par vache en logette et aux cornadis. « Les vaches sont des animaux sociaux. Elles synchronisent leur comportement. Elles mangent et boivent ensemble. S’il n’y a pas suffisamment de places, la dominée attendra que la dominante en libère une pour s’alimenter. »

De même, la vache aime choisir et contrôler son environnement. Il n’est donc pas étonnant que dans l’évaluation des 131 élevages, les deux catégories « expression des comportements sociaux » et « état émotionnel positif » obtiennent un bon score dans le système race holstein-logettes-robot de traite. Donner la possibilité aux vaches d’aller au pâturage et d’en revenir librement satisfait également ce besoin de contrôle, tout comme le Dac, qui leur permet de choisir quand aller manger. L’idéal est donc de proposer une conduite qui rend l’animal acteur. « Se placer du point de vue de l’animal amène à poser un nouveau regard sur ses pratiques et l’aménagement des bâtiments, sans forcément de gros investissements ou changements », résume l’enseignante-chercheuse. Les brosses rotatives à disposition dans le bâtiment font partie de ces réponses. Elles enrichissent le milieu de vie des laitières, soulagent leur besoin de grattage et créent ainsi des émotions positives.

La filière laitière dialogue avec les ONG réformistes

Comme l’être humain, le bovin peut être stressé ou relaxé, frustré ou content, peureux ou confiant, etc. Ces émotions sont mesurées via l’observation des comportements et des paramètres physiologiques (fréquences cardiaques et respiratoires, taux de cortisol dans le sang, postures, etc.). Les scientifiques vont même plus loin en reconnaissant aux vaches une forme de conscience, notamment au travers de leurs capacités d’apprentissage et d’anticipation. L’exemple typique est leur placement aux cornadis dès que le tracteur tourne. Elles lient son bruit à la distribution de la ration. Associée à des émotions positives, cette capacité de mémorisation facilite les déplacements des animaux, leur tri, leur appréhension de nouvelles situations.

« En s’adaptant à leur univers sensoriel, par exemple une voix douce et des gestes calmes, l’éleveur ou l’éleveuse peut débuter une relation de confiance dès la naissance du veau », affirme Pauline Garcia, éleveuse et comportementaliste (lire page 39). La relation homme-animal­ est d’ailleurs un des seize indicateurs retenus par le Cniel. Elle est mesurée par la distance d’évitement de l’animal à l’approche de l’éleveur ou d’une autre personne. « L’évaluation de cet indicateur a fait l’objet de débats, les producteurs estimant que l’auditeur, inconnu de ses animaux, pouvait pénaliser le résultat », dit Nadine Ballot, du Cniel. Après concertation entre les deux, le test sera donc effectué soit par l’un soit par l’autre.

L’objectif de la filière laitière est de parvenir à évaluer 100 % des élevages laitiers français d’ici à 2025. Les seize critères font désormais partie de son socle, au côté de la qualité du lait, de l’environnement, etc. Rester à ce niveau ou aller au-delà fait aujourd’hui l’objet de négociations entre producteurs et industriels­. « En introduisant des critères de bien-être animal dans nos élevages, je crains que nous répondions à des consommateurs et des ONG qui, de toute façon, ne veulent pas de l’élevage », intervient Jean-Christophe, un éleveur manchois, pourtant à la pointe sur le sujet. Le Cniel ne partage pas tout à fait son analyse. « Ce souci est inhérent à notre filière. À nous d’objectiver les pratiques des éleveurs », répond Caroline Fenaillon, en charge des relations avec les ONG. L’« interpro » a fait le choix d’engager un dialogue avec les réformistes, c’est-à-dire sans messages antispécistes (CIWF France, Welfarm, OABA et LFDA). « Il est important d’arriver à se comprendre car elles ont un pouvoir dans la société civile. Elles sont aussi un relais. » Pour le Cniel, c’est une concertation, pas un partenariat. La preuve : les seize indicateurs ont été définis­ sans elles.

Claire Hue
Attitude. Des gestes lents, un comportement et une voix calmes rassurent le bovin et participent à une relation de confiance avec l’éleveur. © C. Hue
Contrôle. La vache aime choisir et contrôler son environnement. Décider d’aller et de revenir librement du pâturage en fait partie. © C. Hue
2 questions à…
« Le pâturage est une vraie force des éleveurs laitiers français » 2 questions à… Lucille Bellegarde, chargée des affaires agroalimentaires à CIWF-France (ONG welfariste)

Quels sont les atouts des éleveurs laitiers français sur le bien-être animal ?

L. C. : Leur première force est la pratique du pâturage, très répandue en France. Ce n’est pas le cas dans tous les pays. Il faut la conserver et encourager le savoir-faire technique des éleveurs. Le pâturage favorise l’expression des comportements naturels des vaches. S’en éloigner, c’est s’éloigner des attentes des consommateurs qui trouvent assez choquant les animaux en claustration. Nous sommes contre les parcs à vaches, qui n’offrent pas des conditions de confort durables [NDLR : l’aire d’exercice, et non le pâturage, fait partie des 16 indicateurs du Cniel]. Bien sûr, nous sommes conscients qu’à lui tout seul, le pâturage ne garantit pas le bien-être des bovins. De même, nous savons que le réchauffement climatique va le compliquer dans les années à venir.

Quelles sont les pratiques que vous désapprouvez ?

L. C. : Nous sommes vigilants sur les stabulations entravées, et le devenir des jeunes veaux. Nous le sommes aussi sur les laitières très hautes productrices, qui ne sont pas les animaux les plus durables. Tendre vers au moins cinq lactations serait un signe très positif. Nous défendons également la durabilité du métier. Si l’éleveur n’en vit pas correctement, le risque est un basculement vers des systèmes qui ne sont pas compatibles avec le bien-être animal. Il est donc important de dialoguer. La concertation actuelle entre les ONG et le Cniel est, à ce titre, positive.

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