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« Il y a urgence à vider les bergeries »

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Les agneaux qui ne pourront pas être vendus à temps vont coûter cher. Ils vont continuer à consommer des aliments et ils seront mal payés car trop lourds, ils seront déclassés. © M.-F. Malterre/GFA

La filière ovine subit de plein fouet les conséquences du confinement. Avec l’arrêt de la restauration et l’interdiction des regroupements familiaux pour passer les fêtes religieuses, les besoins en viande d’agneau se sont effondrés. Les producteurs avancent des pistes pour désengorger le marché.

En semaine 13, du 23 au 27 mars 2020, « 12 000 agneaux seulement ont été abattus au lieu des 100 000 prévus », constate Michèle Boudoin, la présidente de la Fédération nationale ovine (FNO). Jusqu’à la semaine 17, du 20 au 24 avril 2020, près de 100 000 agneaux français par semaine auraient dû être abattus. Résultat, des milliers d’agneaux se retrouvent...
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En semaine 13, du 23 au 27 mars 2020, « 12 000 agneaux seulement ont été abattus au lieu des 100 000 prévus », constate Michèle Boudoin, la présidente de la Fédération nationale ovine (FNO). Jusqu’à la semaine 17, du 20 au 24 avril 2020, près de 100 000 agneaux français par semaine auraient dû être abattus. Résultat, des milliers d’agneaux se retrouvent bloqués dans les fermes.

À lire aussi : Face au recul de la demande, ralentir la croissance des agneaux en urgence (27/03/2020)

« Sortir l’agneau néo-zélandais des rayons »

« Il y a urgence à vider les bergeries, clame Michèle Boudoin. La distribution doit jouer le jeu de l’agneau français. Il faut aussi sortir l’agneau néo-zélandais des rayons. Un peu plus de 1 100 tonnes ont été importées au début de 2020 en prévision des fêtes religieuses. » Cela représente 38 % de plus que l’année dernière à la même date.

« La moitié est constituée de congelé et peut être stockée, estime-t-elle. Pour l’autre partie, sous forme de “chilled” (1), il faut que les GMS puissent faire don de cette marchandise aux cuisines des hôpitaux, des prisons, des pompiers, des maisons de retraite… L’État doit aider à la mise en place de ce type de dons “défiscalisables”. »

« La distribution ne joue pas le jeu »

Toutes les enseignes ne jouent pas le jeu de la production française. Carrefour est pointé du doigt notamment par la responsable syndicale. « Le distributeur propose des côtes d’agneau avec une communication sur l’origine France, alors que lorsqu’on lit attentivement les petits caractères de l’étiquette, les côtes proviennent en réalité de la Nouvelle-Zélande », déplore-t-elle.

Bruno Aleyrac, éleveur à Lauzes, dans le Lot, est remonté lui aussi contre les grandes surfaces. « Elles vendent peu la production locale, lance-t-il. Une enquête menée en 2019 a montré qu’une grande partie de la viande d’agneau achetée dans le Lot était produite à l’extérieur de notre département. Pourtant, lorsqu’on interroge les consommateurs autour de nous, ils sont prêts à acheter préférentiellement de la viande produite près de chez eux. »

Pour la Coordination rurale, « il revient aux pouvoirs publics de prendre les mesures adéquates pour contraindre lorsque c’est nécessaire », les distributeurs à privilégier l’approvisionnement en viande ovine française.

Une campagne de communication au début d’avril

Autre piste pour trouver des débouchés, Michèle Boudoin sollicite les pouvoirs publics pour accompagner la filière dans l’exploration des possibilités d’exportation, notamment sur le pourtour méditerranéen. La présidente de la FNO demande également que les possibilités de stockage privé puissent être évaluées.

L’interprofession ovine a aussi dépensé 300 000 € dans la campagne de communication, qui commencera au début d’avril, pour favoriser la consommation de viande. Espérons que le confinement favorise la préparation de recette et stimule la consommation. « Nous garderons une partie des femelles pour la reproduction au lieu de les vendre », ajoute Michèle Boudoin, précisant qu’il faudra que les règles de la Pac soient ajustées en conséquence (règle de temps de présence des animaux, productivité du troupeau…).

La vente directe chronophage

Denis Perreau, de la Confédération paysanne, dresse lui aussi un tableau noir de la situation. Le boucher à qui il vend sa production par exemple, qui travaille en partie avec des restaurateurs, n’abattra qu’une trentaine d’agneaux par semaine, soit deux ou trois fois moins que les années « normales ».

« C’est une catastrophe, les agneaux qui ne pourront pas être vendus à temps vont dépasser 23 kg de carcasse, prévient-il. Ils ne correspondront plus à la demande et seront fortement déclassés. Augmenter la vente directe sur notre exploitation est une solution qui demande à la fois du temps et un carnet d’adresses étoffé. »

« Ce n’est pas toujours possible, estime-t-il. Il semble néanmoins que la demande locale soit en augmentation. » Les abattoirs et les ateliers de découpe souffrent eux aussi d’un manque de main-d’œuvre. « Du coup, ils privilégient les gros clients, observe Denis Perreau. Il n’est pas toujours facile pour un petit producteur de faire abattre cinq ou six têtes. »

Chiffrer les pertes

« Il faudra que l’on chiffre le montant de nos pertes pour que l’on puisse négocier des indemnisations par la suite, avance Denis Perreau. Compte tenu du contexte et des difficultés économiques que vont rencontrer de nombreux secteurs, il sera compliqué de se faire entendre. »

Concernant les chevreaux, « jusqu’à maintenant, ils étaient encore collectés dans les fermes, indique Denis Perreau. Les éleveurs n’ont aucune information sur la date et le montant du paiement. Certains producteurs du Sud-Est nous ont alertés que la collecte devait s’arrêter prochainement. »

Les prix au plancher sur les marchés

Le Modef, dans un communiqué de presse, conseille aux éleveurs qui ne pourront pas commercialiser leurs agneaux et chevreaux d’activer le Fonds national de gestion des risques agricoles (FNGRA) par le biais du régime des calamités agricoles afin d’être indemnisé des pertes économiques en raison du coronavirus.

Sur le terrain, quelques marchés continuent leur activité. Aux Hérolles (Vienne), ce jeudi 26 mars 2020, les prix se sont effondrés, comme quelques jours plus tôt à Châteaumeillant. Près de 90 % des 400 agneaux présentés se sont vendus entre 3,00 et 3,50 €/kg vif. « Nous n’avons pas le choix, nous devons vendre, explique Romain Deshais, membre du comité de direction et éleveur dans la Vienne. Nous revivons une situation comparable à celle de l’été 2019 alors que les agneaux britanniques sont arrivés en masse pour concurrencer notre production. »

M.-F. M.

(1) viande réfrigérée

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